
Petit je me souviens l'avoir croisée souvent, la cité, alors que, de Toulouse, nous nous rendions en Savoie visiter ma grand mère et mes cousins. C'était alors une étape incontournable sur le trajet. Une figure intangible au milieu des vignes Audoises et qui, sur le long chemin du retour depuis le pied du Mont Blanc, nous indiquait depuis l'autoroute que l'arrivée n'était plus très loin.
Curieusement, si je me rappelle de chacune de mes visites pour y avoir nourri à chaque reprise de nombreux souvenirs, je n'en conserve aucun de ma première fois à Carcassonne. Je me souviens pourtant très bien de nombre de mes premières fois, mais pas de celle-ci. De fait, je suis incapable de la situer sur une chronologie personnelle. Peut-être parce que ce majestueux monument est, par lui-même, hors du temps.
Visiter la cité de Carcassonne, c'est toute une expérience. Le mieux est d'arriver à pied, d'un peu loin, pour la voir se dévoiler progressivement, en distinguer les contours et les formes, apercevoir peu à peu les créneaux, la texture des pierres et d'imaginer le petit monde habitant à l'intérieur.
Passé le pont-levis, nous voilà aussitôt projetés dans un ailleurs, un autre temps, un autre espace, un autre rythme. Nul besoin d'être un grand érudit pour trouver son bonheur. Il suffit de se balader dans les ruelles, de flâner d'échoppe en échoppe dont la rue principale est infestée, de rêver le long des remparts qui offrent une vue imprenable sur les alentours, d'écouter le murmure des pierres et les sifflements du vent, d'imaginer mille histoires fantastiques... J'aime m'y perdre à loisir pour faire le vide, m'évader de mon quotidien et raviver mon âme d'enfant un peu maltraitée en ce moment.
Contrairement à ce que l'on pense, ce n'est peut-être pas le jour qu'il faut voir Dame Carcassonne, mais la nuit. Car la nuit, la cité se trouve alors littéralement "transfigurée" pour pasticher Schoenberg. Délivrée du tumulte des flots de touristes, plongée dans le silence qui lui donne des airs de ville abandonnée, arpenter ces rues de vieilles pierres devient alors une expérience véritablement exaltante tout autant qu'étourdissante. Je vous invite vivement à essayer par vous-même.
Ouverte aux quatre vents été comme hiver, ma promenade préférée est sans conteste celle qui fait le tour des remparts par les lices, librement accessibles à pied. Si par chance le temps est clair et que l'on peut du fond de cet abîme admirer un ciel constellé d'étoiles, le spectacle s'en trouve démultiplié.
J'aime à m'arrêter au pied d'une haute tour dont la base est épaisse de plusieurs mètres puis, levant la tête, m'imaginer quelques siècles en arrière dans la peau d'un éventuel assaillant pour ressentir le vertige glaçant d'une confrontation impossible. Comment ébranler pareil édifice, moi petit homme avec ma lance de fer et de bois ?
Ce doit être pour cela que j'aime autant la cité médiévale de Carcassonne. Monument grandiose, elle inspire au visiteur un sentiment de puissante majesté comme, d'ailleurs, tout ce qui est beau et qui parle à l'âme bien avant que de s'adresser à la raison.
Aussi, c'est avec une immense tristesse que j'apprenais l'autre jour qu'aux termes d'âpres négociations, cédant aux appels des Marchants du Temples (et probablement d'une inattendue manne financière...!), les Conservateurs de ce lieu unique au monde avaient donné leur feu vert à l'installation en janvier 2017 dans l'une des tours de la superbe Porte Narbonnaise, d'un néfaste-food ayant eu longtemps pour effigie un clown prénommée Ronald ...
Selon la presse locale la plus avertie, un sandwich idoine et exclusif - le "Mc Cathare" - aurait même été labellisé en partenariat avec des producteurs locaux. Il se murmure en outre secrètement dans les milieux autorisés qu'il pourrait être servi avec une portion de cassoulet en lieu et place des traditionnelles frites et autres potatoes. Voilà qui n'est pas sans faire tache d'encre au royaume de Loulou et de ses calamars !
Selon la presse locale la plus avertie, un sandwich idoine et exclusif - le "Mc Cathare" - aurait même été labellisé en partenariat avec des producteurs locaux. Il se murmure en outre secrètement dans les milieux autorisés qu'il pourrait être servi avec une portion de cassoulet en lieu et place des traditionnelles frites et autres potatoes. Voilà qui n'est pas sans faire tache d'encre au royaume de Loulou et de ses calamars !
Espérons au moins qu'ils serviront du Filet-O-Fish...
Oh pour moi également la cité est une référence depuis que je suis tout minot, et j'y suis passé n fois, et j'y repasse avec quasiment la même alacrité (c'était juste pour utiliser ce mot). ^^
RépondreSupprimer"Un jour, un mot" avec Matoo :D
SupprimerMême référence pour moi aussi, depuis toujours j'y passe plusieurs fois par an, enfant le lieu me fascinait mais on ne s'arrêtait jamais, j'ai attendu d'avoir la vingtaine pour m'y arrêter !
RépondreSupprimerJe te suggère de lire "la malédiction des Trencavel" de Bernard Mahoux pour l'imaginer au XIe et XIIe siècle.
J'ajoute cet ouvrage à ma liste des livre à lire.
SupprimerPour se figurer la cité, les nombreux relevés et dessins de Viollet le Duc, qui l'a sauvée d'une ruine annoncée, sont également riches d'enseignements.
Filet-o-poisson! Joli en ce premier avril :-)
RépondreSupprimerHéhé, et oui :) D'ailleurs, as-tu cliqué sur le dernier lien du billet ?
SupprimerSi cela devait arriver, l'installation de Ronald, ce ne serait pas pire que les infâmes gargotes qui servent du cassoulet-frites à tire-larigot dans les rues de la Cité à des hordes de touristes dont les mômes achètent des épées en plastique en s'imaginant qu'ils sont retournés au Moyen-Âge...
RépondreSupprimerA ceux qui ont envie d'un peu de fantastique pour aller encore plus loin que les faux merlons apportés par Viollet-le-Duc, je conseille le film de Serge de Poligny, La fiancée des ténèbres, de 1944 (voir https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Fianc%C3%A9e_des_t%C3%A9n%C3%A8bres). On doit pouvoir le visionner sur Internet. On ne verra plus jamais la Porte d'Aude de la même manière...
Ho, j'essaierai de trouver ça alors. Merci !
SupprimerPs : as-tu fait attention à la date du billet ? ^^
Bien sûr, mais c'est à peine un poisson d'avril ! J'ai souvenir d'un Mac ou d'un Quick à Perpignan il y a quelques années à quelques dizaines de mètres du Palais des rois de Majorque !
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