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    16 septembre 2020

    Dialogue d'et quart, mais light

    6 commentairess

    « Bonjour Tambour, comment vas-tu ? 🌝

    — Bonjour toi ! Ça va bien, je te remercie. Et toi comment ça va ?

    — Non non non... pas de ça avec moi. Tu crois que je ne te vois pas éluder la question en y répondant par une pirouette ? Dis-moi vraiment comment tu vas et pas juste un « ça va bien ».

    — Ha... on en est là ?

    — Oui...! Je ne lâcherai pas le morceau.

    — Bon... alors... Par où commencer ?

    — Je te guide. Parle-moi du boulot. Tu as l'habitude de bosser beaucoup trop et de te tuer au travail. Je le sais, je te vois faire. Tu m'en as même parlé assez souvent. Tu devais prendre des résolutions... Tu en es où ?

    — Oui, c'est vrai, c'est vrai. Le boulot c'est aussi un refuge, bien que je sois un gros procrastinateur j'aime travailler. Me triturer les neurones, tout ça....

    — Stop, réponds à la question s'il te plait.

    — Alors oui, je devais prendre des résolutions comme je t'en ai déjà souvent parlé, et je crois que je m'y tiens. Ce n'est pas un changement radical, hein. C'est une transition en douceur qui commence par lâcher prise en faisant le ménage et en prenant de la distance avec les choses. Cet après-midi par exemple je me suis encore délesté d'un dossier casse-couilles. Cela ma couté un Chronopost à trente quatre Euros le délestage, mais franchement ma tranquillité vaut bien ça ! Tu vois, progressivement, je chemine. Je me prends beaucoup moins la tête depuis quelques semaines, même si je bosse toujours beaucoup. Lâcher prise, c'est vraiment le maître mot...

    — Et pas qu'au travail... 😏

    — Oui, bon, ça va hein... laisse-moi finir ! Bon...  Qu'est-ce que je disais déjà...? Oui, lâcher prise. Depuis quelques semaines, depuis la fin des vacances je me suis mis à la méditation. 

    — Non ? 

    — Hé si. Ça fait un bout de temps que des amis m'en parlaient, me disaient que cela me ferait probablement le plus grand bien et me conseillaient de m'y mettre. Et puis, bof, tu sais, on entend d'une oreille distraite, on se dit que pourquoi pas sans trop y croire, et finalement on n'essaie rien du tout. Hé bien figure-toi que j'ai téléchargé une application très connue sur mon téléphone pendant le confinement. C'était le moment idéal pour tester. 

    — Et ça t'a plu ?

    — Carrément !! Au premier essai j'ai dormi comme un bébé... incroyable. A chaque fois, le seul fait d'écouter la voix me plonge en quelques minutes dans un état de tranquillité vraiment dingue. Ça m'apaise profondément. Les premiers mois je n'étais pas du tout régulier. Je le faisais quand j'en avais le temps et l'envie, souvent le soir au moment de me coucher. Et depuis deux semaines, j'essaie de ritualiser un peu mon sommeil en faisant systématiquement une séance. Et je sens déjà que ça me fait du bien. Parallèlement j'ai mis en place un truc pour limiter l'usage du téléphone le soir. Passé vingt-trois heures, ça coupe. Plus de Twitter ni d'Instagram ni de tout le reste. J'essaie de travailler la qualité de mon sommeil de manière globale.

    — C'est super dis donc. Tu avais des problèmes se sommeil avant ça ?

    — J'en ai toujours. Je fais un peu d'apnée du sommeil. Il me faut vraiment prendre ça en charge car ça me joue de sacrés tours en termes de prise de poids. Je me trouve énorme en ce moment. Mais j'ai l'impression qu'avec la méditation du soir je dors un peu mieux et que je suis davantage reposé le matin. Il me faudra refaire un test du sommeil pour voir où j'en suis de tout cela.

    — Et ta vie perso, comment ça va ?

    — Ça va, ça va...

    — Tututututut...

    — Oui, oui, oui.... je vais développer. De ce côté-là rien de particulier à signaler.

    — T'es sûr ? 😎

    — Rhaaaaaaaa t'es chiant !

    — Voui... 😎

    — Bon, oui, depuis deux semaines je vois un garçon. Il termine son doctorat en mathématiques. Très sympa, un poil collant mais ce n'est pas gênant. 

     — Eeeeeeeeeeeeet ?

    — Attends attends attends, je te vois venir avec tes gros sabots... laisse-moi finir. Je ne sais pas trop où ça va, je ne me projette pas. Pour l'instant c'est la découverte. On parle beaucoup, hier soir on a mangé ensemble pour la fête nationale du Mexique, c'était cool. Et quand il vient passer la soirée à la maison, les chats-minous sont super jaloux quand il s'en va : ils sont en grosse demande de câlins. C'est très marrant.

    — Tu le vis comment, toi l'inoxydable cœur d’artichaut ?

    — Comme je te le disais, je le vis plutôt bien. Je sais qu'il est très en demande et je vois que je le suis moins. Parfois je m'interroge sur la place que je suis prêt à faire dans ma vie pour que quelqu'un puisse y trouver la sienne. Comme je te le disais au début, je bosse beaucoup parce que j'aime ça et aussi parce qu'une partie de mon boulot se confond avec ma vie personnelle. Tu vois, j'ai un gros projet que je voudrais finaliser d'ici deux ou trois ans. Un sacré truc qui va me demander beaucoup de temps, que je vais avoir plaisir à faire et tout. Et puis, pas plus tard que jeudi soir, alors que je discutais avec quelqu'un, pof ! Une autre idée très précise m'est apparue pour un autre projet, de même nature que le premier, mais qui me demandera un tout autre travail. Intellectuellement c'est hyper exaltant. Et puis parfois je lève le nez du guidon, je regarde autour de moi, je prends deux secondes de répit et je me pose cette question : Quelle place est-ce que je laisse à l'autre en ce moment même ? Réponse : aucune. Absolument aucune. Ma vie est pleine comme un œuf, je fais mille trucs, et le soir je suis crevé. Mais alors, me dis-je, quelle place suis-je prêt à laisser à l'autre ? 

    —  Et ?

    — Je n'en sais rien... Je n'en sais foutrement rien.

    — C'est dur comme constat...

    — C'est dur mais ouvrir les yeux fait du bien. Parfois je me dis que je suis profondément égoïste, ce qui est probablement vrai, et cela me rend triste. Je sais que j'ai beaucoup d'amour à donner mais pas n'importe comment et à n'importe qui.

    — Tu ne veux pas vivre en couple ? 

    — Si, si, c'est quelque chose qui me plairait. Mais ce n'est pas une fin en soi. J'ai croisé des gars qui ne supportaient pas d'être seuls, qui cherchaient absolument à se mettre en couple. Ce n'est pas mon cas.

    — Tu préfères être seul ? 

    — Oui et non. Disons que je maîtrise ma solitude. Depuis le temps que je l'ai apprivoisée, je sais la berner. Tu sais, j'ai été profondément seul une grande partie de mon adolescence. Cela ne veut pas dire que j'étais malheureux, pas du tout. Mais seul. Quelques amis, bien sûr, mais essentiellement seul. Au lycée j'étais le gros qui regarde un peu trop les beaux gosses, qui ne s'intéresse pas aux filles et qui est toujours parmi les premiers de la classe. Le mec qui n'est dans aucun clan. Celui qu'on n'invite pas aux soirées et dont on aime se moquer. J'ai subi les moqueries et une forme de harcèlement dont je garde une profonde rancune à l'égard de certaines personnes. Je rêve encore de leur casser la figure... Et donc pour en revenir à la solitude sentimentale, elle ne me dérange pas. J'ai toujours de quoi m'occuper, beaucoup d'amis avec qui sortir, boire, manger, aller au cinéma.

    — T'es célibataire depuis longtemps ?

    — Hou-là... ma dernière relation un minimum sérieuse remonte à il y bientôt trois ans. Je te l'avais raconté. Tu sais le mec qui habitait chez son « meilleur ami » avec un sens de l'accueil très approximatif ? 

    — Oui oui je me souviens parfaitement. Mais c'était il y a quatre ans très cher... 2016 ! 

    — Quatre ans ?? Ho putain...

    —  Hé oui... le temps passe ! Mais depuis... rien ? 

    — Ho, si quelques tentatives. Un garçon très sympa avec qui je suis toujours ami mais pour lequel je ne ressentais rien à ce niveau-là. Quelques jolis râteaux dont je ne t'avais pas vraiment parlé par manque de temps et manque d'envie. Et encore en février dernier un joli râteau que je t'avais raconté ici

    — C'est vrai que depuis quelques temps, tu me racontes moins, tu me parles moins qu'avant. Nos débuts étaient tellement flamboyants en comparaison...

    — Oui, c'est ma faute. Je suis souvent crevé le soir en rentrant chez moi et je n'ai pas la force de me mettre à écrire. Parfois je pense à un billet à te confier et puis je me dis que non, que je n'ai rien d'intéressant à te raconter, ou que ce que j'ai à te dire est un peu nul. Du coup je ne le fais pas et ça passe à la trappe. 

    — C'est dommage... Parfois j'ai l'impression que tu me délaisses.

    — Oui, je peux donner cette impression et je m'en veux. Mais tu sais que c'est faux. Tu sais, j'aimerais pouvoir renouer la même relation que celle que nous avions à nos débuts. Nos échanges endiablés, des billets postés tous les deux ou trois jours, des dizaines de commentaires... Mais les choses ont bien changé.

    — Hé oui, je sais bien. Mais... tu m'aimes encore, dis...?

    —  Bien sûr. Et ça tu le sais très bien.

    — A bientôt alors ?

    —  Oui. A bientôt ! »

    27 octobre 2010

    Confidence pour confidence

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    Hier soir en sortant du boulot je suis passé voir un ami chez lui. Un pote très branché "milieu" et qu'il écumait régulièrement jusqu'à tout récemment : Cupidon a frappé à sa porte... Je devais lui apporter des documents et il en a profité pour me montrer les photos d'une soirée précédente. On a bu un café en se remémorant quelques bons moments tout en pouffant comme deux idiots. Il était de bonne humeur et pour une fois les pieds bien posés sur terre.

    La conversation s'est installée d'elle même, naturellement et de fil en aiguille il en est venu à  me parler de son copain, de leur relation, de ses doutes, de certaines petites choses qui commencent à l'énerver ou qui l'exaspèrent franchement et des prises de bec qui commencent à pointer le bout de leur nez dans leur couple naissant.

    On a discuté un petit moment et j'ai été surpris qu'il se confie à moi de la sorte et lève (enfin) le voile sur cette partie de lui qu'il tient à l'abri des regards, celle de l'écorché vif qui déchaîne sa hargne et sa colère dans une sexualité débridée, mais en qui subsiste le petit garçon apeuré qu'il a pu être par le passé,  un grand coeur engoncé dans une armure d'effronterie qu'il s'efforce de rendre impénétrable. Depuis un an que nous nous connaissons, alors même que nous avons souvent bavardé de tout et de rien, jamais il ne s'était livré aussi entièrement.  Je ne sais pas s'il s'en est rendu compte, cela m'a touché.

    Hier soir cet ami m'a appris malgré lui qu'être une  figure emblématique du "milieu" n'empêche pas d'être fondamentalement un mec bien. C'est idiot, mais il m'a fallu du temps pour le réaliser.

    10 décembre 2009

    Confidences de Star !

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    Tambour Major nous reçoit aujourd'hui dans sa somptueuse demeure où il nous a donné rendez-vous afin de nous accorder une entrevue. C'est avec cordialité et amabilité qu'il répond pour vous à toutes nos questions. Exclusivité !

    Tambour Major bonjour, et merci de nous recevoir chez vous. Première question pour nos lecteurs : comment allez-vous ?
    Ho  mais de rien, c'est un plaisir que de vous recevoir. Je vais bien même si un méchant rhume m'astreint à rester chez moi depuis quelques jours. Ce ne devrait bientôt plus être qu'un mauvais souvenir. 

    La grippe A ? 
    Non, non, ce n'est pas la grippe A ; mais c'est toujours embêtant d'être malade. Par contre on va laisser tomber le vous d'accord ?

    D'accord. Comme tu veux. Venons-en à ce qui m'amène aujourd'hui : qu'est-ce qui t'a motivé à ouvrir ton premier blog en août 2007 ?
    J'ai toujours aimé lire et écrire. Lorsque j'étais en 6°, ma prof de français me poussait beaucoup à lire et voulait que je fasse des études littéraires. Je me souviens qu'en plus des bouquins que nous avions à étudier en classe, elle me laissait tout un tas de trucs supplémentaires chaque vendredi dans son casier et que je dévorais dans la semaine. C'est elle qui m'a fait découvrir Stephen King ! Finalement j'ai fait des études juridiques, ce qui n'est pas très loin des lettres en définitive car le juriste aime les mots, ce sont ses outils de travail. Pendant mes études j'ai continué à lire régulièrement, et pas que des Dalloz ! Je me souviens avoir commencé l'écriture d'une nouvelle fantastique qui se déroulait chez ma grand mère, une sorte de pastiche d'un peu tout ce que j'avais pu lire jusqu'alors. Des brouillons doivent d'ailleurs encore traîner au fond d'un carton quelque part.
    J'ai ouvert mon premier blog en juillet 2007. A l'époque je faisais mes premiers pas dans le milieu, avais un ami qui bloggait pas mal et suivais ses péripéties par pixels interposés. J'ai compris que cela pourrait être un moyen d'assouvir mon envie d'écrire, de prendre la parole de façon anonyme, d'ouvrir une brèche timide sur ma vie privée et d'extérioriser certaines choses.

    Tu te revendiques clairement comme un "pédéblogueur". Mais ce n'était pas le cas de ton premier blog. Pourquoi ce parti pris ?
    Effectivement, lorsque j'ai ouvert mon premier blog, je n'assumais pas encore tout à fait ce que je suis. Il m'a fallu du temps, même si en relisant certains billets on s'aperçoit que de petits cailloux blancs jonchent les pages, pour qui sait les reconnaître. J'aime bien brouiller les pistes. Puis un beau jour j'ai écrit un billet assez explicite qui m'a valu de très beaux témoignages de la part de mes amis. Lorsqu'en février 2009 j'ai migré sous Blogger, je me sentais déjà assez affirmé, de mieux en mieux dans mes basquets. En fait, la bannière que j'ai réalisée pour ce blog est elle même multicolore : j'ai voulu qu'elle soit un clin d'oeil subliminal au rainbow-flag... Mais la prise de position claire parmi les pédéblogueurs n'a pas été évidente et j'ai longuement hésité à intégrer le "logo" après l'avoir vu chez Matoo. J'avais peur que cela soit réducteur car, comme vous le faisiez remarquer tout à l'heure, mon blog ne parle pas que d'homosexualité. Finalement ce ne fut qu'une étape de plus dans mon cheminement personnel, un acte qui peut paraître anodin de l'extérieur mais qui en réalité fut très fort pour moi. S'il m'a un peu effrayé au départ, aujourd'hui je l'assume pleinement. Toutefois, seul mon blog se revendique ainsi. Dans ma vie je ne suis pas notoire : si je ne fais pas grand chose pour me cacher - je n'ai d'ailleurs pas grand chose à faire pour cela - je n'en parle ouvertement que rarement.

    Comme tu viens de le dire à l'instant, ton blog est plutôt un fourre tout. Pourquoi ne pas avoir choisi une ligne éditoriale claire ?
    Tout simplement parce que ce n'est pas un blog thématique. C'est une sorte de journal de bord tenu régulièrement où je m'autorise à parler de tout ce qui m'intéresse, me fait rire ou pleurer. Ce blog est un peu le reflet de mon quotidien : bariolé, éclectique, un peu foufou parfois.

    Certains de tes billets ne manquent pas d'humour en effet !
    Oui c'est vrai. Le rire est une arme puissante qui permet de mettre un couvercle sur pas mal de choses moins reluisantes.

    Comme quoi ?
    Boarf... des angoisses personnelles qui font que je suis ce que je suis. Nous avons tous les nôtres, et devons apprendre à vivre avec.

    Comme ton homosexualité par exemple ? Tu es sorti du placard assez tardivement...
    Oui, c'est vrai, j'ai eu ma première expérience avec un garçon à 29 ans. Jusqu'à mes 25 ans j'étais "embrigadé" dans des groupes de jeunes Cathos et enlisé dans des convictions religieuses qui diabolisent l'homosexualité. Or lorsque l'on est Chrétien on vous enseigne que l'homosexualité est une grave perversion, que c'est le mal absolu et l'on vous promet la damnation éternelle et tout un tas de réjouissances infernales. Ce fut un très gros obstacle qui m'a fait refouler pendant de longues années, mais terriblement déprimer aussi.

    Et comment as-tu fait ? Tu t'es fâché avec la religion ?
    Non, pas du tout. Je conserve de fortes convictions religieuses que je ne renie pas. Elles font indéfectiblement partie de moi, de mon identité, même si cela paraît contradictoire de premier abord. Il m'a fallu le temps de prendre du recul et de réaliser le décalage qu'il existe entre le discours tenu par l'Eglise et ceux qui le tiennent : je ne suis pas pire que certains prêtres pédophiles, trucideurs de scouts, ou tripoteurs d'enfants de choeur. Pour avoir accès à pas mal de coulisses, je puis vous assurer que tout n'est pas reluisant. De plus je ne pense pas vivre comme un salopard qui répend le malheur et la haine autour de lui, pour qui l'autre est un objet dénué de sens. Ce n'est pas un secret qu'il y a des prêtres homosexuels. Et alors ? Je vaux moins qu'eux ? Paradoxalement, ce sont des témoignages de Musulmans Gays qui m'ont beaucoup aidé dans ma réflexion. L'un d'eux avait écrit que s'il était Gay, c'est parce que Dieu l'avait voulu, qu'il l'aimait ainsi et voulait, comme pour tout être humain, qu'il soit heureux. Cela m'a paru tout à fait pertinent. La religion peut être un outil d'asservissement extraordinaire...

    Tu continues à aller à l'église ?
    Oui oui. Régulièrement.

    Tu viens de nous expliquer comment la religion a pu être un handicap dans ton acceptation, mais comment as-tu découvert ton homosexualité ?
    Rétrospectivement, je crois que je l'ai su assez tôt. C'est assez compliqué et très simple à la fois. Cela passe par exemple, étant ado, par plein de petits signes que l'on a d'abord du mal à interpréter mais dont on ignore le sens parce que je n'en parlais pas avec mes copains. Un élément de déclic important a été un soir que nous regardions un film porno sur Canal+ : mes potes étaient à fond sur les nanas, moi pas. Puis au lycée dans les vestiaires, voir quelques beaux garçons se dénuder pour se changer vous donne des frissons mais vous n'osez pas admettre que cela puisse être à cause de votre attirance pour eux. Et ainsi de suite jusqu'au moment où cela devient on ne peut plus clair dans votre tête...

    Je vois. Et pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour mettre les choses au point ? Ca n'aurait pas été plus facile de t'y prendre plus tôt ?
    Soyons clair : je n'ai pas attendu. Il m'a fallu du temps, en raison notamment de mes convictions religieuses. On ne remet pas fondamentalement en cause toutes ses convictions en un week-end et on ne construit pas une nouvelle façon de vivre en quelques heures... C'est stupide, mais je me disais que c'était impossible que je sois Gay, que c'était comme de dire à un oiseau qu'il est un poisson et qu'au lieu de voleter de branche en branche il devrait désormais apprendre à nager. Je me disais aussi très connement que tant que je passais pas à l'acte, je n'en étais pas... Alors, pendant des années j'ai joué à l'hétéro. Jusqu'au jour où la coupe a été pleine. Mais le temps pris était nécessaire... Comme dit la chanson : chacun sa route, chacun son chemin. L'essentiel est d'arriver au bout, quelque soit la distance parcourue.

    Et pendant ce temps tu as eu des relations avec des filles ?
    A la fac je suis sorti quelques temps avec une nana. On était super complices et on sortait régulièrement ensemble. C'était purement platonique et voué à l'échec car, pour être un peu cru, les nanas ne m'ont jamais fait bander. Je vous fais pas un dessin... Mais au moins pendant ce temps les apparences étaient sauves et on ne me posait pas de question embarrassante. 

    Qu'est-ce qui t'a finalement poussé à faire ton Comming Out ? C'est un moment particulier pour les Gays en général...
    Oui, c'est un moment très spécial. Je me souviens très bien de ce moment là. Cela remonte à juin 2007. J'ai toujours eu des amis homos. Lors d'un week-end entre potes, mi juin,  je les voyais heureux, bien dans leur peau, tout et tout. Et moi au bord du gouffre. Je me suis demandé pourquoi eux étaient heureux et pas moi. L'évidence m'a sauté aux yeux. Je suis rentré chez moi effondré. Le lendemain matin je croise un de mes potes Gays sur MSN. On commence à papoter et me demande comment je vais. Je lui réponds "pas très bien". Il me demande de quoi il s'agit, et lui réponds que ce ne sont pas des choses dont j'ai envie de parler comme ça sur MSN. Il m'invite alors à passer chez lui le soir même pour en discuter parcequ'il n'aime pas voir ses amis déprimer. J'ai cru que mon coeur allait s'arrêter. L'opportunité de crever l'abscès était devant moi. Tandis que je réfléchisais, je me revois taper "d'accord" puis presser la touche "Enter" de mon clavier, et le texte s'afficher à l'écran, un "d'accord" qui ne m'appartient plus... c'était parti, je ne pouvais plus faire marche arrière.
    Le soir, il est 20 heures lorsque je prends ma voiture, et roule en m'efforçant de ne penser à rien. Je me retrouve chez lui, le coeur battant à 100 à l'heure, un piège à loup me nouant la gorge. J'entre. Il m'accueille tout sourire et enjoué comme à son habitude. Il ne me demande rien et m'offre une bière ainsi que quelques sucreries apéritives. On parle musique, boulot... Puis sur le coup de 1 heure du matin, je finis par cracher le morceau. Il ne s'y attendait pas mais sa réaction fut formidable. Tout d'un coup j'ai senti un poids colossal s'évanouir. On a discuté à bâtons rompus jusque tard dans la nuit ; il m'a beaucoup rassuré. Je lui en serai éternellement reconnaissant.

    Et ta première fois ?
    Hum, c'est indiscret comme question ça ! Oui, il y a bien eu une première fois... et une deuxième, une troisième, une quatrième. Au bout d'un moment j'ai cessé de compter ! (rires)

    Si tu avais à choisir entre être homo ou hétéro, que ferais-tu ?
    La question ne se pose pas. Contrairement à ce que le laissent entendre certains mouvements religieux aux Etats-Unis, on ne choisi pas son identité, pas plus qu'on ne peut en changer. Je ne regrette pas ce que je suis, il n'y a rien à regretter. Je suis ce que je suis, et être Gay est une part de moi au même titre que d'aimer la musique classique, les films d'horreur, les jeux vidéos et la bonne bouffe. C'est une erreur insupportable que de réduire les gens à leur seule orientation sexuelle. Alors,  pour en revenir à ta question, je trouve qu'ill y a déjà fort à faire avec ce que l'on est pour perdre son temps à réfléchir à ce qu'on n'est pas et qu'on ne sera jamais.

    Si l'on ne doit pas perdre son temps à réfléchir à ce qu'on n'est pas, on peut peut-être songer à ce que l'on est... Alors, ma dernière question : qu'est-ce que tu es ? Qui est Tambour Major ?
    Ha ha ! Vaste sujet ! (enfoiré) (rires) Je peux essayer de vous décrire ce que j'étais hier, : un mec coincé, mal dans sa peau, déprimé, qui attendait qu'on lui sorte la tête de l'eau. J'ai une petite idée de ce que je suis aujourd'hui : un Tambour Major épanoui, de mieux en mieux dans sa tête et dans sa peau, même s'il je suis bardé de complexes quant à mon physique. Je prends chaque jour plus  d'assurance et j'ai plein d'ambitions dans la vie. Maintenant, ce que je serai demain, je suis bien incapable de le savoir ! L'identité se construit chaque jour, c'est un édifice complexe dont la dernière pierre ne sera posé qu'à la dernière heure. Qui sait quelle allure il aura à ce moment là ?

    Merci Tambour Major et à bientôt sur votre blog.
    J'espère bien ! A bientôt.


    * * *




    Pour poursuivre :
    Allez donc lire l'album de Ralf König Et en plus il est gaucher dont est extrait le dessin d'illustration.
    Pour des récits de première fois, allez faire un tour en bas de la colonne de droite, ou allez voir par ici.