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  • 7 octobre 2012

    Il n'est si bonne compagnie qui ne se quitte...

    S'il est une chose dont je suis désormais sûr, c'est que je ne suis pas prêt à renouveler l'expérience de la vie en collectivité. Ou alors avec des gens choisis...
    Je m'étais récemment plaint de mes conditions d'hébergement. Hé bien figurez-vous que ma dernière semaine là-bas fut une sorte d'apothéose...  Un condensé en quelques jours de ce que j'ai enduré pendant trois semaines. Allez, asseyez-vous un instant que je vous raconte.

    Tout d'abord lundi matin, en prenant mon petit déjeuner, j'ai la désagréable impression de voir comme un énorme coup de cuillère à soupe dans mon pot de dulce de leche. Un trou béant, alors que je n'utilise qu'un couteau pour me servir. Bon... soit quelqu'un s'est servi sans demander - un peu comme mes deux oeufs frais qui ont mystérieusement disparu quelques jours plus tôt - soit c'est la position de mon sac debouffe dans le frigo qui a donné cette drôle de forme à la pâte à tartiner. Pour que les choses soient claires, il est de règle que chacun emballe sa bouffe dans un sac plastique noué afin de marquer sa propriété et, bien entendu, on ne touche pas aux affaires des autres. 

    Mardi après midi, je suis installé sur la table de la cuisine où je travaille un peu, lorsque surgit J, un type d'une soixantaine d'années, tendance clodo bobo, faussement érudit qui parle de tout avec le plus grand sérieux du monde d'une voix étranglée à peine perceptible, sa bouche masquée derrière une vilaine barbe blanchâtre mal entretenue, et qui regarde toujours les gens par dessus ses lunettes en inclinant la tête en avant. Un concentré de ce qui m'insupporte. J dit ne pas beaucoup manger. En effet, je ne l'ai jamais vu se préparer le moindre truc ni consommer quoi que ce fut qu'il se soit acheté. En revanche je l'ai souvent vu piquer à pleine main dans un paquet de chips, détourner un empanadas abandonné sur un coin du plan de travail, dévaster les assiettes de bouffe non terminée laissées dans le frigo, on encore vider en cati mini la boite de biscuits salés - en libre service - de la cuisine... En fait J mange, même beaucoup, mais toujours dans la gamelle des autres, l'air de rien. Ça aussi, ça m'insupporte.

    Ce mardi après midi là, donc, je vois J ouvrir le frigo et, armé d'une cuillère à soupe, se goinfrer goulûment dans ce qui semble être mon pot de dulce de leche. Aussitôt j'interromps J en pleins agapes, et lui demande ce qu'il est en train de faire. Avec le plus grand aplomb du monde, il me répond, de son insupportable voix gargouillante et la bouche encore pleine, qu'il est en train de manger un peu de ducle de leche. Ce à quoi je rétorque, manifestement excédé, que ce dulce de leche là est à moi et que, avant de s'empiffrer, il aurait pu demander.
    Se faire reprendre ainsi par un petit blanc-bec ne lui a pas plus du tout... Mais alors pas du tout. Il m'a craché quelques ignominies au visage - genre "connard de français", avant de partir comme une furie, toujours en gromellant. Moi j'étais fier de moi, fier de lui avoir démontré que je l'avais parfaitement démasqué et que ses tentatives douceâtres d'apitoiement m'étaient d'une parfaite innocuité. Étrangement, depuis ce jour, J s'est montré particulièrement distant à mon égard, ce qui avait bien entendu tout pour me plaire.

    Le clou du spectacle fut certainement jeudi soir. Ce soir là je rentre de Buenos Aires où je m'étais rendu pour signer les papiers de mon nouveau logement. Il est environ dix heures du soir. La maison est calme. Je prépare ma tambouille et fille dans la chambre pour ranger mes affaires en vue de mon départ définitif le lendemain. Onze heure, tout est prêt, je me couche, demain je me lève tôt en embarquant directement toutes mes affaires, je ne veux pas revenir ici les récupérer après le travail.

    Onze heure et demi, de la musique, des rires, quelqu'un qui chante, des voix. Impossible de dormir dans ces conditions. Je me lève pour voir d'où vient ce rafus: Hé bien figurez-vous que cette joyeuse bande de branleurs qui ne fout rien de la journée était ni plus ni moins en train de préparer un asado... Oui, à onze heures et demi du soir, en pleine semaine, ils avaient décidé de faire un énorme barbecue dans la grande cour qui borde les dortoirs et avaient invité pour cela une dizaine de leurs potes à venir festoyer avec eux... La comédie a duré jusqu'à une heure et demi du matin. Lorsque l'on doit se lever à six heures et demi, je vous assure que cela fait une nuit un peu courte. Qu'importe, c'était la dernière.

    Vendredi matin, six heures trente, je me lève péniblement, vais prendre ma douche, m'habille, prends mes affaires et les transporte dans le hall d'entrée. Dans le couloir, je croise l'une des "colocataires" qui part bosser. Elle me fait la bise et me souhaite une bonne journée ; elle ignore que c'est la dernière fois qu'elle me voit. Avant de quitter les lieux, par acquis de conscience je laisse un mot - laconique - dans le cahier de correspondance laissé ouvert sur le bureau de l'accueil.  

    "Il n'est si bonne compagnie qui se quitte", écrivait Krn en commentaire sous mon dernier billet. Oui, j'en avais vraiment ras-la-cuve de ce logement et de ses habitants, par dessus la tête de ces gens qui n'en avaient rien à foutre de rien sinon que de leur propre gueule, quoiqu'ils aient pu également avoir parfois de bons côtés, ne noircissons pas totalement le tableau.

    Il est sept heure et demi lorsque je franchis presque clandestinement la grande porte vitrée de la bâtisse. Définitivement.


    Je n'ai dit au revoir à personne. Je ne sais même pas s'ils se doutaient que je partais ce jour là. Je m'en fou. Je ne leur dois rien.

    Quelques minutes plus tard, je suis assis, tranquille, une tasse de cafe con leche assortie de trois media-lunas moelleuses et sucrées à souhait. Je suis libre. Enfin. Libéré de ce lieu, qui fut ma première demeure en Argentine et dont, je pense, je me souviendrai longtemps.

    Depuis que je suis parti pour habiter mon nouveau chez moi (je vous en parlerai bientôt), je revis. Vraiment. Du calme, du silence, de la propreté, pas de foot à la télé avec ces insupportables présentateurs qui hurlent "Gooooooooal" pendant d'interminables secondes, personne qui vient piquer dans mon frigo... Ca fait un bien fou.
    Et comme un signe qu'il était temps que je parte, depuis samedi matin je suis cloué au lit par une très méchante fièvre. Le corps qui craque, certainement. Du coup je me gave de sucreries en regardant plein de films à la télé.

    Malade, mais tranquille... Enfin !

    37 commentaires:

    1. aaah les colocations, sinon tu peux avoir le BBQ dans la cour jusqu'a une heure .. dans Paris . J'ai vécu ça aussi. As tu eu l'odeur de la fumée à supporter ?

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      1. Heureusement non. Mais les 120 décibels de musique étaient déjà largement suffisants...

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    2. C'est pas très "catholique" de partir sans dire au revoir!:)

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      1. Tout aussi peu catholique que de faire chier le monde en ne pensant qu'à sa gueule :)

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    3. Tu aurais du piéger un truc à bouffer pour le rendre bien dégueulasse histoire de "marquer" ton territoire ^_^ #OuiJeSaisJeSuisSadique

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      1. J'ai hésité. Mais souiller une boite de dulce de leche, c'est péché ! :D

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    4. Words like violence...
      Break the silence...
      come crashing in...
      into 'your' little world...
      painful to 'you'...
      pierce right through 'you'...
      can't you understand ...
      Oh my little 'boy' !
      ...
      :)
      Des bises

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      1. All I ever wanted,
        All I ever needed,
        Is here in my arms...

        ;-)

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    5. oh maps je n'avais pas trop capté que tu étais parti en argentine pour t'installer :) youhouuuu

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      1. Non non, je ne suis pas parti m'installer définitivement. Je prends simplement possession de ce qui sera mon chez-moi pour les 5 prochains mois ;-)

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    6. Prends bien soin de toi, tu as bien agi avec eux alors le reste pfff...
      J'attends la suite de tes aventures ;-)
      Biz..

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      1. A en croire ma boite mail - vide - mon départ ne les a pas plus ému que cela...

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      2. Vide? pourtant je t'ai écrit!!!

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      3. Je voulais dire : vide de message de leur part. J'ai bien recu tes mails, même si je n'ai pas encore pris te temps de tout aller voir ni de te répondre =)

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      4. Pas grave !!!!
        Profiiiiiite à fond de l'Argentine ,-)

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    7. C'est clair que le barbotage de cuillère de dulce de leche, c'est crime contre la règles de savoir-vivre en collectivité. Nomého ! Fopadec'

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      1. Ha ! Tu trouves toi aussi, hein ? Ca mériterait presque une pendaison testiculaire...

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    8. moi aussi j'aurait piégé plein de trucs, y compris mettre des punaises dans les lits avant de me barrer !
      prends soin de toi maintenant , bisous

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      1. Même réponse qu'à Seb_stbg. Pour les punaises, n'oublie pas que lorsque je suis parti, tôt, tout le monde dormait encore profondément. Normal quand on se couche habituellement à trois ou quatre heures du matin.

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    9. Après lecture, après être passée d'agacée à scandalisée puis à soulagée et apitoyée, je me dis qu'il est donc temps que tu te soignes, dans tous les sens du terme. J'espère que tu seras bien dans ton vrai chez-toi et que ce mois d'hébergement pourrave sera vite balayé à a poubelle !

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      1. Je crois plutôt que j'en rigolerai, dans 20 ou 30 ans ;-)

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    10. C'est quand même un peu triste de te voir te réjouir d'être malade. Je te souhaite d'être rapidement sur pieds pour profiter de la fin tranquille de ton séjour.
      Bises

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      1. Je ne me rejouis pas tant d'être malade que d'être peinard. Je me serais bien passé de cette foutue crève carabinée ...!

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    11. Soigne-toi bien et ressources-toi bien dans ton cocon silencieux ! ;o)

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    12. Je prends le cours de tes aventures argentines et je commence par la fin.... mais que nous réserve la prequel ??? Mais quel pique-assiette ce mec là... brrr, je déteste ça aussi !

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      1. Une semaine après, et ils ne me manquent toujours pas. Étrange non ?^^

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    13. Un peu de lecture pour toi :)
      http://www.sethetlise.com/article-on-avait-presque-oublie-les-joies-de-la-coloc-108881588.html

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      1. Hé hé, ca peut aussi être ca, lorsque cela ne se passe pas trop mal ;)

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    14. Moi je me demande comment moi j 'aurais tenu aussi longtemps à ta place ???

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      1. La meilleure facon de savoir, c'est d'essayer ! Tu veuxl'adresse pour tes prochaines vacances ? :D

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    15. Moi j'aurais fait plein de bruits en partant ! C'est pas beau la vengeance, mais ça soulage !! Guéris vite!!

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      1. Ou joncher le sol de crozets (crus bien entendu) ? =)

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    16. mais t'as quel âge ? on dirait vraiment un vieux machin...

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      1. Je n'ai certes plus 20 ans mais je ne suis pas encore un vieux croûton (ca viendra).
        Cela dit, peut-être ta question est-elle mal posée : que tu ne voies pas pourquoi cette situation m'a gonflée reflête peut-être ton propre manque de savoir vivre...

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    17. J'adore le TNT en illustration ! Sérieux, je sais que je n'aurais pas tenu sans péter un câble. Forcément, le pot de dulce de leche aurait voltigé et ça serait parti en live.
      je suis pleine d'admiration pour ton calme. Je te souhaite de te rétablir vite de ce méchant contrecoup fiévreux et de nous faire encore des super récits comme on aime.

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    18. Au bout d'une semaine ca commence seulement à aller mieux grâce aux antibios ! Hé oui, quand mon corps me dit merde,il ne fait pas semblant...

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