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  • 15 mars 2016

    La photo du mois de Mars : Un défi ou challenge personnel

    31 commentairess
    Nous sommes le 15 Mars, c'est donc le jour de notre rendez-vous mensuel avec La photo du mois.

    Je vous rappelle le principe : chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

    Le troisième thème de l'année nous a été proposé par Chat Bleu et il s'agit de : Un défi ou challenge personnel.

    Pour expliquer le thème :
    "Il est des envies qui fourmillent dans notre tête. L'une d'elles peut devenir un but, un challenge, le moyen de se dépasser. Alors, que feriez-vous pour y parvenir et le réaliser. Illustrez votre challenge afin de concrétiser votre rêve. Étonnez-nous avec vos photos. Vous avez un mois."
    N'étant pas quelqu'un qui fonctionne par défi ou challenge - des notions qui sont tellement étrangères à ma façon de fonctionner et de vivre - il m'est bien difficile de dire laquelle des innombrables idées qui fourmillent incessamment dans ma tête pourrait devenir le challenge de mes rêves.

    Non pas que je n'ai aucun idéal ni aucun désir, bien au contraire, mais le concept de dépassement permanent de soi renvoie à une manière d'aborder la vie que je fuis car elle renvoie à cette idée épuisante que la vie serait une éternelle compétition. Au secours...

    Aussi je botterai un peu en touche avec ma photo. Lorsque l'on se lance des défis, ne dit-on pas que l'on vise la lune ?  Cela tombe bien, ce sera ma manière d'illustrer ce thème.
    Ma photo a été prise en janvier dernier, alors que la lune était assez basse sur l'horizon, avec un mon appareil numérique et le zoom poussé presque à fond, d'où une image qui manque de définition. Mais le plaisir de photographier la lune et de voir apparaître de si belles images était réellement fabuleux...

    La photo du mois continue sur les autres blogs participants :
    AF News, Akaieric, Alban, Alexinparis, Angélique, Aude, Autour de Cia, BiGBuGS, Blogoth67, Brindille, Calamonique, Cara, Champagne, Chat bleu, Chiffons and Co, Chloé, Christophe, Cocazzz, Cécile, CécileP, Céline in Paris, Dame Skarlette, Danièle.B, DelphineF, Dom-Aufildesvues, E, El Padawan, Estelle, Eva INside-EXpat, François le Niçois, Frédéric, Gilsoub, Giselle 43, Guillaume, Homeos-tasie, J'habite à Waterford, Josette, Julie, Kenza, KK-huète En Bretannie, Koalisa, Krn, La Fille de l'Air, Lau* des montagnes, Laulinea, Laurent Nicolas, Lavandine, Lavandine83, Loulou, Luckasetmoi, magda627, Mamysoren, Marie, MauriceMonAmour, Milla la galerie, Mimireliton, Mireille, Mirovinben, Mon Album Photo, Morgane Byloos Photography, MyLittleRoad, Nanouk, Nicky, Noz & 'Lo, Pat, Philae, Pilisi, Pixeline, Renepaulhenry, Rythme Indigo, Sinuaisons, Sous mon arbre, Suki, Testinaute, Thalie, Tuxana, Voyager en photo, Woocares, Xoliv'.

    9 mars 2016

    Lire le futur dans un tas de merde

    4 commentairess
    Nous y sommes. La tempête qui s'annonçait le mois dernier est là. En plein. Un vrai merdier digne des plus grands épisodes de Dallas. 

    Aller bosser devient un supplice.  Tout le monde est rongé par le stress et l'inquiétude du lendemain. Au quotidien c'est une horreur. Et encore, nous n'en sommes qu'aux prémices d'un cataclysme bien plus destructeur.

    Dur de supporter tout cela et d'encaisser lorsque l'on est une éponge à émotions.

    Des voix autour de moi me conseillent de penser à moi,  de prendre la poudre d'escampette et d'aller vite voir ailleurs, là où l'herbe ne pourra pas être moins verte. C'est d'autant plus tentant qu'un poste se libère à quelques rues d'ici et que j'y ai mes entrées... Tout n'y est pas rose non plus et il faudra probablement négocier un peu sur les conditions financières. Toujours est-il qu'une porte est ouverte.

    D'un autre côté, j'hésite. J'hésite par couardise de sortir d'une sorte de confort pépère que me procurent mes habitudes et ma connaissance des dossiers. Mais j'hésite peut-être et surtout en raison de la terreur d'avoir à affronter la fureur du Big Boss qui voit ses troupes se décomposer et lui tourner le dos jour après jour. Lui dire que je me casse ne sera pas pour lui plaire, c'est certain.

    Que vaut-il mieux : prendre quelques giclées de lisier en pleine face maintenant et pendant le temps de mon préavis ? Ou risquer de peut-être tomber, dans quelques semaines ou quelques mois, à pieds joints dans la fosse à purin ? 

    Ce n'est pas simple d'affronter la vérité en face et de lire le futur dans un tas de merde.

    3 mars 2016

    La morsure du soleil

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    "Pas si vite ! Tu vas tomber !" invectiva ma mère alors que je dévalais le talus à grandes enjambées. De ma panière de linge frais tenue à bout de bras s'échappait une manche de t-shirt blanc qui semblait vouloir prendre son envol. C'est que j'aimais cela moi, courir  comme un fou et me laisser porter par la pente enherbée qui bordait notre maison, mes grandes jambes s'articulant alors selon un processus automatique qui faisait en sorte qu'elles trouvaient toutes seules leur parfait point d'équilibre.

    Courir comme un dératé et m’arrêter tout au bord du vide, comme pour conjurer la peur. Et tout en bas, par delà la forêt de ronciers et d’acacias aux épines acérés, au loin, il y avait cet océan gris de béton et de flammes d'où émergeaient de temps à autres des bruits inquiétants nous rappelant incessamment que nous étions en guerre.

    Nous habitions alors dans un coin de campagne un peu reculé, à l'abri, sur les hauteurs du Nord, loin des zones de combat. Juchée à flanc de colline, protégée de la vue par une frondaison de châtaigniers sauvages, la bâtisse offrait une vue imprenable sur la vallée et la ville. La ville, et ce qu'il en restait...

    C'est mon père qui avait repéré ce vieux corps de ferme à colombages partiellement effondré qui nous servait de maison depuis maintenant deux ans. Sur sa façade blanche courrait une énorme glycine dont les hampes opulentes n'allaient plus tarder à éclore en grappes de fleurs délicieusement sucrées. La toiture de tuiles rouges avait dû subir maintes réparations de fortune mais opérait son office de nous protéger de la pluie et du vent particulièrement mauvais lorsqu'il venait de l'Est. C'était là, notre chez-nous.

    Ici, loin des raffineries et des puantes usines à viande hors sol placées sous haute surveillance, les milices ne venaient pas et nous avions pour ainsi dire échappé à l'essentiel des bombardements. Une fois, un obus était venu s'écraser sous nos yeux, tuant le chien et une vieille jument estropiée qui paissait là depuis plusieurs mois au milieu d'une ruine dans laquelle elle avait trouvé refuge. Nos fenêtres avaient évidemment explosé sous le coup de la déflagration mais nous en étions sortis indemnes. 

    Chargée de sa panière elle aussi remplie de linge propre, ma mère me rejoignit sur le rebord de talus où je m'étais arrêté quelques secondes plus tôt. Inspirant et expirant bruyamment sous le coup de l'effort, elle se mit à regarder avec moi ce spectacle effroyable de ruines et de fumerolles noirâtres. C'était cela, notre quotidien depuis que la guerre avait commencé alors que je n'avais pas trois ans. Silencieuse, elle observait au loin, les yeux fixés sur l'horizon, les mâchoires crispées, vaguement inquiète, comme à son habitude.

    Elle m'avait raconté, plusieurs fois, la guerre, les armes, les explosions, les cris et l'odeur du sang. Le bruit des machines et le vrombissement des drones. Les cris et les hurlements. La brûlure des balles et la peur de mourir. Et autant de rêves noirs qui hantaient ses nuits blanches.

    Mon père parlait peu en général et de la guerre en particulier, comme pour nous protéger. Il partait souvent dans la nuit pour revenir au petit matin et s'effondrer en pleurs sur la terrasse de la maison. Parfois ses sanglots me réveillaient. Alors je sortais de mon lit et allais le rejoindre dans la pénombre sur le seuil de la porte. "Papa, qu'est ce qu'il y a ?" - Rien me répondait-il invariablement en me prenant dans ses bras, mes joues essuyant les larmes qui perlaient sur les siennes. Rien". Je savais qu'il mentait mais je faisais semblant de le croire. Et lui faisait semblant de croire que je ne me doutais de rien.

    Ces derniers temps les échappées nocturnes de mon père s'étaient intensifiées et il rentrait souvent passé midi dans un état lamentable d'épuisement. Il portait toujours une arme et, depuis peu, d'un genre que je n'avais encore jamais vu. "Ne touche pas à ça !" avait-il sèchement tonné la première fois que j'avais voulu la prendre dans mes mains. 

    Le vent doux caressant mon visage portait à mes narines des odeurs âcres et métalliques. De loin en loin, l'on percevait de faibles détonations se répondant en échos. Là-bas, quelque part, on se battait. À mes pieds les herbes folles s'agitaient mollement et me fouettaient les mollets. Tout était d'apparence si calme...

    Soudain une ombre noire fendit le ciel qu'elle traversa en un éclair et fit vibrer l'air d'un coup sec, agitant le feuillage des arbres d'un bruissement squelettique. Puis vint un sifflement, long, puissant, croissant, perçant à travers les nuages. Quelque chose était en train de tomber. Lentement. Lourdement.

    Le temps suspendu à cette chute interminable semblait tout entier happé par cet objet dont nous devinions la présence mais que le soleil déjà haut dérobait à notre vue. Ma mère eut un mouvement de recul et me prit par le bras. Elle avait l'air terrorisée, scrutant en vain le ciel, auscultant la ville dont les ruines décharnées ne trahissaient pourtant rien d'autre d'anormal qu'un inhabituel et brutal silence. Je pensais à mon père qui n'était pas encore rentré et au chat que je n'avais pas revu depuis la veille... J'ignorais à cet instant que je ne les reverrais jamais.

    Un flash aveugle foudroya le ciel. Puis un disque lumineux d'une intensité prodigieuse apparut au dessus de l'horizon avant de l'engloutir complètement, comme un soleil géant. Fasciné, je ne pouvais plus décrocher mon regard de ce spectacle ahurissant qui dépassait tout ce que j'avais pu voir et imaginer jusque là. Le soleil dont j'aimais à me repaître était à présent là, devant  moi, boursouflé, dévorant tout sur son passage. Je pouvais presque le toucher. Dans un instant je pourrai le prendre dans mes bras.

    L'air se faisait de plus en plus chaud. À mes pieds l'herbe naguère encore verte commençait à se recroqueviller.

    "Viens ! hurlait ma mère derrière moi, Viens !"

    Mes jambes pourtant si promptes à réagir, refusèrent d'obéir. Lâchant mon panier de linge, il tomba au sol et se consuma instantanément. Je fermai les paupières. Il était déjà trop tard.

    J'étais ivre.
    Ivre de la morsure du soleil.

    19 février 2016

    Petit bout de printemps

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    Quelques taches blanches sur la pelouse
    Petites étoiles au cœur jaune
    Aux fins pétales rangés en corolle
    Comme autant de sourires offerts

    Quelques marguerites posées ça et là
    Parsemant l'herbe verte
    Abandonnées à toute leur langueur
    Entre deux rayons de soleil

    Prélude au printemps qui s'en vient

    Pas grand chose
    Trois fois rien
    Les petits bonheurs
    D'une vie presque ordinaire

    15 février 2016

    La photo du mois : "En chantant"

    48 commentairess
    Nous sommes le 15 Février, c'est donc le jour de notre rendez-vous mensuel avec La photo du mois.

    Je vous rappelle le principe : chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

     Le thème de février a été choisi par Thalie qui nous propose : "En chantant" et nous donne la consigne suivante :
    Comme le dit la chanson : "quand j'étais petit garçon je repassais mes leçons en chantant ; et bien des années plus tard je chassais mes idées noires en chantant [...] la vie c'est plus marrant c'est moins désespérant en chantant". Votre photo devra donc représenter une chanson dont le titre sera à deviner par le reste du groupe.

    A vos appareils, prêts, photographiez ... en chantant ! 
    Ma photo fut prise voici quelques semaines seulement, à Toulouse, non-loin de la Halle aux Grains :


    Alors, quelle est la chanson illustrée par cette photo ? Attention, il y a un petit piège...

    Le petit jeu des devinettes continue sur les autres blogs participants à La Photo du Mois :

    A'icha, AF News, Akaieric, Alban, Alexinparis, Angélique, Aude, Autour de Cia, BiGBuGS, Blogoth67, Brindille, Calamonique, Cara, Carole en Australie, Champagne, Chat bleu, Chiffons and Co, Chloé, Christophe, Cocazzz, Cricriyom from Paris, Cécile, CécileP, Céline in Paris, Dame Skarlette, Danièle.B, DelphineF, Dom-Aufildesvues, Dr. CaSo, E, El Padawan, Estelle, Eva INside-EXpat, François le Niçois, Frédéric, Galéa, Gilsoub, Giselle 43, Guillaume, Homeos-tasie, J'habite à Waterford, Josette, Julie, KK-huète En Bretannie, Koalisa, Krn, La Fille de l'Air, Lau* des montagnes, Laulinea, Laurent Nicolas, Lavandine, Lavandine83, Les bonheurs d'Anne & Alex, Loulou, Luckasetmoi, Lyonelk, magda627, Mamysoren, Marie, MauriceMonAmour, Milla la galerie, Mimireliton, Mireille, Mirovinben, Mon Album Photo, Morgane Byloos Photography, MyLittleRoad, Nanouk, Nicky, Noz & 'Lo, Pat, Philisine Cave, Pilisi, Pixeline, Renepaulhenry, Rythme Indigo, Sinuaisons, Sous mon arbre, Suki, Testinaute, Thalie, Tuxana, Voyager en photo, Woocares, Xoliv'.

    12 février 2016

    Le Roi des Calamars

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    Il doit y avoir quelque chose dans mon Karma en lien avec les calamars. Peut-être en ai-je été un dans une vie antérieure ? 

    J'avais en effet il y a quelques temps déjà raconté ma petite mésaventure avec cette horrible poissonnière à qui je voulais acheter des calamars. 

    Hé bien figurez-vous qu'hier soir, des calamars, j'en ai rencontré le roi...

    Tout commence autour de quelques bières avec l'ami Castor dans un établissement bien sous tous rapports et au sein duquel nous avons un semblant d'habitudes. Papotant au rythme effréné de deux assoiffés qui ne se sont pas vus depuis plusieurs mois, le temps passe et la faim se fait sentir à une heure où il était advenu plus que raisonnable de rejoindre chacun nos pénates.

    Regagnant le chemin de ma voiture, je me mettais parallèlement en quête d'un endroit susceptible d'abriter quelque pitance afin non seulement de me remplir l'estomac, mais aussi d'éponger l'alcool dont j'étais plutôt pas mal imbibé. Je me souvins alors ce cette pizzeria, située non-loin de mon bureau, dans laquelle, au printemps dernier, j'avais eu commandé une pizza pas trop mauvaise et que je sais être ouverte assez tard le soir. Qui ne tente rien n'ayant rien, je m'y rendis donc en quelques enjambées.

    Si de l'extérieur le lieu n'est franchement pas attrayant, son intérieur aurait de quoi faire fuir quiconque ne serait pas poussé par une faim d'ogre. D'apparence sale et vieillot, mal éclairé par un bric à brac d'ampoules de couleurs pendouillant dans tous les sens, l'essentiel des tables d'apparence crasseuses et désespérément vides ce soir froid de pluie grise, le lieu a tout des pires horreurs des meilleurs épisodes de Hell Kitchen

    Surmontant mes craintes, poussé par mon estomac criant famine, et après m'être assuré que la cuisine était encore ouverte, je m'approchai du fond de la salle où je crus me rappeler que se situait la caisse afin de passer commande  auprès d'une madame mal habillée qui me présentait la carte. Hop hop hop, pas de chichi, ce sera une "tarbaise", à base de crème fraîche et de gésiers confits. Non, pas de pizza au saumon fumé, c'est Carême tout de même...

    Tandis que j'attendais ma pizza accoudé à ce qui faisait office de comptoir, s'approche un gros monsieur aux gras cheveux poivre et sel et à la barbe bordélique. Je reconnus aussitôt ce bonhomme, celui là que je croise presque tous les jours assis à une table en terrasse, le dos collé au mur, le teint blafard et l'air passablement patibulaire d'un boucher tueur en série à ses heures... 

    Un sourire vaguement esquissé aux lèvres, il me demande ce que je désire, ce à quoi je réponds que tout est bien et que ma commande a déjà été prise. Je comprends que c'est en réalité le patron.

    La conversation s'engage : 
    - Ha mais, vous travaillez chez xxxx ? me demande le bonhomme.
    - Oui...
    - Hé oui, vous savez, ici, tout le monde se connaît. Et vous, je vous connaissais pas encore.
    - Hé bien voilà qui est fait...

    Poursuivant les présentations il me raconte sa vie dans cette petite ville toute de pierres et de vent et propose de m'offrir à boire.

    - Une Suze, s'il vous plaît !

    C'est alors que survint le premier moment surréaliste de la soirée. Donc, tout en sirotant ma Suze, le bonhomme m'expliquât, le plus sérieusement du monde, que, voici quelques jours, il aurait voulu me faire un croche-pied pour me faire tomber. Me faire tomber ? Oui oui, me faire tomber. Mais l'air de rien, hein. Un petit croche-pied amical, juste pour me faire tomber, puis m'aider ensuite à me relever, en parfait gentleman. Cela lui aurait donné un excellent prétexte pour nouer la conversation...

    [insérer ici un abysse d'incompréhension]

    Aussitôt je songeai à cette anecdote que raconte Amanda Lear. Un conseil que Dali lui aurait jadis donné : 
    "Lorsque tu rencontres quelqu'un pour la première fois, au lieu de lui serrer la main, donne-lui un grand coup de pied dans la cheville. De cette façon tu seras sûre que cette personne se souviendra de toi la prochaine fois qu'elle te verra : Ha mais oui, c'est cette connasse qui m'avait donné un coup de pied dans les chevilles !"
    Je peux vous assurer qu'à défaut de croche-pied autant que de coup dans la cheville, je me souviendrai de cette entrée en la matière avec celui dont j'ignorais alors encore, à cet instant précis, qu'il était Roi.

    Entre temps ma pizza arrive dans son écrin de carton alvéolé. Je sors ma carte bleue et m'acquitte des treize Euros, afin de partir. Me retournant une dernière fois vers mon hôte désormais en grande discussion avec une sorte d'Anglais coiffé comme un torero Espagnol, je l'interroge :

    - Mais au fait, comment vous appelez-vous ? 
    - Moi c'est Loulou ! s'exclame-t-il de sa grosse voix étouffée.

    Et c'est à ce moment qu'eut lieu le second  moment surréaliste de la soirée. A peine avait-il eu le temps de me répondre qu'aussitôt je le vis dégrafer la fermeture éclair de son gilet à capuche, se retrouver en t-shirt noir, se retourner et m'exposer un large dos sur lequel je pus lire imprimé en très grandes lettres blanches : 

    "Loulou le Roi des Calamars"

    - On a les meilleurs calamars de la ville ! me dit-il le sourire encanaillé. 

    Je ne saurais décrire exactement ma réaction, pris entre une forme d'inquiétude et la drôle de sensation d'avoir soudain basculé dans la quatrième dimension... Car ici, hormis dans le Canal du Midi où je doute qu'ils se sentent à leur aise, c'est plutôt tranquille niveau calamars. Très tranquille même.

    Attrapant ma pizza toute chaude sur le comptoir, je saluai Loulou une dernière fois lui promettant aimablement de venir goûter ses calamars et me faufilai entre les tables vides pour rejoindre promptement la sortie.

    Quelques minutes plus tard, attablé devant ma pizza encore fumante, et après m'être assuré qu'elle ne contenait aucun tentacule royal suspect, je l'engloutissais en quelques bouchées. C'est qu'elle était vraiment délicieuse cette pizza. Un régal.

    Peut-être aussi bonne que les fameux calamars de Loulou...

    9 février 2016

    A Pâques ou à la Trinité

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    J'ai besoin de repos, de calme.
    De dormir, intensément.
    Des heures, des jours, des nuits entières.
    Une bonne grosse coupure. Deux semaines seraient parfaites.

    Les dernières vacances ne sont pourtant pas si lointaines, et je suis néanmoins déjà épuisé.

    Hélas, pour l'immédiat prendre quelques jours de congé au-delà d'un simple weekend est inenvisageable et cela même s'il me reste encore deux semaines à prendre au titre de 2015. Je crois que je peux m'asseoir dessus.

    Depuis une semaine l'ambiance est pesante au boulot et cela ne va pas aller en s'arrangeant. La tempête arrive. Les premiers éclairs ont déjà strié le ciel. Au loin gronde le tonnerre. La foudre sera pour les jours prochains.

    J'aimerais partir, pas forcément très loin. En Turquie, en Sardaigne, en Grèce ou à Séville, je ne sais pas trop. L'Argentine me manque, aussi. Changer d'air et de décors, pour refaire le plein. Me vautrer dans une lascivité passive éhontée. Marcher dans des rues noyées de soleil, baignées par un vent tiède. Flâner. Ne plus voir certains visages. Entendre d'autres langues. Voir des gens rire et des arbres en fleurs sur un fond de ciel bleu. M'enivrer jusqu'à l'étourdissement de cet ailleurs qui serait l'espace de quelques jours un autre chez moi.

    A Pâques, peut-être ? Ou à la Trinité. En tout cas avant cet été, question d'équilibre mental.
    Sauf que l'ambiance ici n'est pas exactement propice à parler vacances...

    Ma vie presque ordinaire.

    5 février 2016

    First Step...

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    Je ne crois pas avoir été aussi stressé pour prendre un rendez-vous que la semaine dernière. Alors pourtant que je suis un grand gaillard en apparence sûr de lui, je me trouvais face à cette immense porte capitonnée de cuir vert aussi angoissé que je l'avais pu être jadis lorsque je m'en allais frapper à la porte du CPE... 

    Après avoir cogné avec force conviction, j'entendis un "Oui ?" ferme et plein fidèle à l'autorité naturelle que dégage habituellement la personne qui, de l'autre côté de cette porte, était assise à son bureau. 

    Mon immixtion dans ce lieu de travail habituellement fermé avait tout de cavalier, j'en conviens. Aussi, c'est avec une infinie prudence que je m'avançais à solliciter une entrevue au moment que mon interlocuteur jugerait le plus idoine au vu de son emploi du temps. "A titre strictement personnel, afin de discuter de perspectives professionnelles" précisai-je. Vendredi prochain à 15 heures ? Voilà qui était parfait.

    Aujourd'hui j'avais donc un rendez vous important. Beaucoup plus que je ne pouvais l'imaginer de prime abord. Un rendez-vous qui jalonne ce chemin des premiers choix, ainsi que j'en parlais il y a trois semaines. 

    Jamais je ne remercierai assez celui qui, un soir de janvier autour d'un verre de vin et de quelques tapas, me conseilla de prendre ce rendez-vous, tant il fut riche. Je rencontrais donc cet après midi une personne qui sût m'écouter, me conseiller, discuter, me comprendre, dans le silence des vieux bois que lustrait la lumière molle d'un vendredi d'hiver, et qui sût par dessus tout, au vu du dossier que je m'apprête à instruire et que je lui présentais de vive voix afin de recueillir son sentiment, me donner confiance dans mon projet. Un beau projet, me rassura-t-elle, et dont je tairai pour le moment la teneur exacte, plus par superstition qu'autre chose.

    "On se revoit et on fait le point régulièrement", me dit mon interlocuteur avant de refermer la porte, le visage illuminé d'un vaste sourire rehaussé par les yeux qu'elle avait plus que d'habitude si beaux. Je ne pouvais pas m'attendre à un meilleur soutien...

    Je regagnais mon bureau le cœur léger. Très léger. Bien sûr mon premier réflexe fut d'appeler ma mère pour lui raconter mais, trop affairée à autre chose, je n'ai pas pu la joindre malgré cinq tentatives étalées sur trois heures... Allez comprendre ! 

    Alors, en bon Tambour Major qui se respecte, j'en avertissais tous les petits animaux de la Forêt Magique : Neunoeuil l'Ecureil, Bridou le Caribou, Paillasson le Hérisson, et même Juliette la Moufette et qui tous se réjouirent de ce premier rendez-vous et de tout ce qu'il avait pu avoir de positif. 

    Certes rien n'est joué, rien n'est fait. Mais c'est un premier pas et un premier signal que la route m'est bel et bien grande ouverte. 

    Et depuis tout à l'heure, je souris un peu bêtement.

    3 février 2016

    Chienlit

    8 commentairess
    Certaines situations paraissent tellement extravagantes que l'on ose à peine imaginer que cela soit possible lorsqu'on les observe de loin, à la télévision ou dans les journaux. Mais lorsque cela se déroule sous vos yeux et que tombent les derniers apparats de bonnes paroles qui jusqu'alors drapaient la trame d'une filouterie vertigineuse, c'est un peu de votre quotidien qui s'effondre aussi.

    En un mot comme en cent : c'est la chienlit en ce moment au boulot. Une bonne grosse chienlit de derrière les fagots, la débandade,  la pagaille, le bordel, le bousin, le chaos... Un truc de dingue.

    Parler de perspectives cataclysmiques serait bien en deçà de la réalité. Et bien entendu, le principal intéressé joue aux abonnés absents, alors que se trame le denier acte d'une pièce surjouée depuis bien trop longtemps.

    Effroyable désastre,
    La ville heureuse va périr.
    L’ouragan, soudain, surgit des montagnes,
    Et la mort jaillit du fond de la mer.
    Effroyable désastre,
    Ô jour infortuné !
    Où trouver un mur pour me protéger ?
    Où est la caverne qui m’abrite ?
    Effroyable désastre,
    Ô jour infortuné ! 
    Faites face, ne tremblez pas,
    Frères, si la lumière du jour s’éteint.
    Ne perdez pas courage,
    Qui lutte contre l’ouragan,
    Que lui sert de geindre et de pleurer ? 
    Grandeur et décadence de la ville de Mahagonni
    Kurt Weill (1900-1950) sur un livret de Bertold Brecht, 
    Acte I - n°10 et n°11.

    Ambiance électrique, grises mines, aucune envie de bosser, évidemment. La démotivation est générale, et à tous les étages.

    La chienlit donc...

    Moi, je suis comme le moussaillon sur le pont et qui, voyant au loin la tempête arriver de front, s'agrippe à ce qu'il peut en attendant la déferlante.

    Entre nous, on en rit, pour mieux faire face à cette situation sordide. Au point où on en est - chaque heure apporte son lot de découvertes fracassantes - rire est à peu près tout ce qu'il nous reste. J'en connais un qui ne rira pas, lui, lorsqu'il rentrera lundi. Ho ça non. De toute façon nous n'avons plus aucune pitié pour lui. Aucune.

    Dire que les semaines à venir vont être éprouvantes est un faible mot.

    Fort heureusement, si mon boulot actuel sera probablement remis en cause, mon avenir professionnel, lui n'est pas directement compromis, n'étant en rien impliqué dans ce qui va être bientôt mis à jour dans tout son terne éclat. Et d'ailleurs, vu que je songeais à partir d'ici, voilà qui devrait m'en donner l'occasion bien plus tôt que prévu. En toute chose, malheur est bon, dit l'adage populaire.

    Et fort heureusement encore il y a, par à côté de cet étrange début d'année, d'autres perspectives plus réjouissantes qui mettent un peu de soleil et de piquant, au milieu de cette grisaille ambiante.

    La chienlit... 

    20 janvier 2016

    La géométrie, les maths et Monsieur D

    6 commentairess
    Parmi les nombreux souvenirs que je garderai de mes années de lycée et plus particulièrement de ma terminale, figure celui que j'étais nul en maths.  

    J'avais pourtant bien commencé au collège où mes notes étaient tout à fait correctes dans cette matière, contrairement au sport. Et puis j'aimais assez ça, les maths. Surtout la géométrie. Là, j'étais très bon. Les angles, les propriétés des figures inscrites, tangentes, diagonales, segments et parallèles, j'adorais ça. J'y trouvais même une certaine poésie. Voir, à partir de quelques phrases, se dessiner un tracé complexe de lignes et courbes au sein desquelles s'inscrivaient d'autres motifs aux propriétés particulières. Il y avait là quelque chose de quasi magique.

    La géométrie produisait sur moi le même genre d'enchantement que la physique et la biologie, disciplines dans lesquelles j'ai toujours eu de très bons résultats. Probablement pour les mêmes raisons : donner à comprendre l'essence de certaines choses, un peu à la manière d'un alchimiste sur le chemin initiatique de la Pierre Philosophale du Savoir.

    A cet égard, j'ai certainement eu beaucoup de chance d'avoir eu, au collège, des profs passionnés et passionnants qui savaient transmettre le goût d'apprendre en suscitant notre insatiable curiosité, nous récompenser pour notre travail et nous insuffler ce petit plus qui nous amenait souvent à aller un peu plus loin que nécessaire. Je me souviens ainsi de cette prof de français qui, en 6ème et estimant que j'avais quelques prédispositions littéraires, me laissait tous les quinze jours dans son casier de la salle de des profs, un Stephen King à lire pour mon plaisir personnel, en plus des lectures obligatoires pour les cours. Grâce à elle je découvris des classiques de la littérature d'horreur : Christine, Cimetierre, Ca et bien d'autres encore...

    Je me souviens aussi de cette prof de physique qui, confrontée à mon irrassasiable soif de connaissances, bien au-delà des limites du programme, m'avait prêté tout un tas de revues scientifiques du type de Science et Vie Junior et probablement un poil trop avancées pour mon âge, mais avec plein d'expériences simples à réaliser, telles que construire un thermomètre, créer des cristaux de sulfate de cuivre et je ne sais plus quoi encore, que je réalisais effectivement et que je rapportait régulièrement en classe. Et cette même prof médusée de s'entendre un jour demander par un grand (je l'étais déjà) bonhomme de 11 ans à la fin d'un cours sur l'électricité : "Madame, c'est quoi la masse critique ?".

    Pour en revenir aux maths, je crois que le basculement s'est opéré en seconde. Je ne sais trop comment ni pourquoi. Un décrochage progressif de cette matière qui devenait de plus en plus obscure, à manipuler des concepts et des théorèmes dont je ne percevais ni la finalité ni ne comprenais la logique. Oui, cela a toujours été un défaut chez moi : ne rien pouvoir retenir que je n'aie pas parfaitement et préalablement compris. La mémoire pour la mémoire - et quoique je l'aie assez bonne - n'a jamais présenté d'intérêt particulier, sauf à permettre de replacer des éléments dans un contexte ou de me permettre de contextualiser certaines choses. Une tête bien faite plutôt qu'une tête bien pleine, en somme.

    La situation s'est ensuite aggravée en première, avant de sombrer définitivement en terminale avec Monsieur D, le prof qui hante encore certains de mes cauchemars. 

    Et là fut le point de non retour. 

    Monsieur D était l'incarnation du personnage antipathique. Froid, le sourire glacial, doté d'un sens de l'humour approximatif et très personnel, je ne l'ai jamais apprécié. Lui s'en foutait royalement et je suis à peu près certain qu'il n'en avait rien à foutre d'être apprécié ou pas, par ses élèves ou par quiconque. 

    A l'obscurité grandissante des dérivées et autres formules aussi opaques qu'une stèle de marbre, s'ajoutait désormais le répulsif Monsieur D qui produisait sur moi un spectaculaire effet contre-productif. Il avait ses têtes, et je n'en faisais pas partie. Je ne reçus donc à cet égard pas le moindre encouragement ni la plus petite bribe de compassion qui m'aurait aidé à sortir peu à peu la tête de l'eau et me refaire une santé. Ma moyenne glissait donc inexorablement, absorbée dans les sables mouvants de la relégation au rang des mauvais élèves, malgré mon envie de réussir. Mais rien n'y faisait. Les interminables interros de maths devenaient des séances de torture, chaque cours était précédé de sa série d'angoisses, chaque exercice me plongeait dès son énoncé dans un abysse de perplexité... J'étais nul. 

    Je terminais ma scolarité en décrochant mon bac avec mention, tout en écopant au passage d'un cinglant 7/20 en mathématiques, et prenais ensuite la route de la faculté de droit, laissant Monsieur D et son lycée dernière moi.

    Il devait pourtant encore hanter mes rêves, Monsieur D. Et il furent nombreux les cauchemars d'interros de maths et autres réminiscences de malaises qui vinrent ponctuer mes nuits et me réveiller en sueur, hagard et bêta. Et dernièrement encore, malgré les bientôt vingt ans qui me séparent maintenant de cet âge qui n'était déjà plus si tendre.

    Tout récemment, et donc de nombreuses années plus tard, par l'un de ces hasards incroyables de la vie, je devais rencontrer au cours d'un agréable repas baigné par la clarté du soir, une personne dont j'apprenais qu'elle avait été un collègue de ce Monsieur D et, qu'à ce titre, elle l'avait bien connu. Naturellement, nous avons discuté de nos années lycée, vécues chacun de notre côté du bureau. 

    Je ne saurais dire s'il existe bel et bien une Justice immanente à la Nature et à l'Univers et je ne saurais davantage dire s'il existe un Destin, ou s'il faut croire aux coïncidences.

    Mais toujours est-il que, ce soir là, c'est avec un plaisir non dissimulé que j'entendis mon interlocuteur déclarer, au détour d'une phrase, que Monsieur D était un sale con.