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  • 8 janvier 2010

    Intermède musical

    Il y a un peu plus de vingt ans que je débutais par le plus grand des hasards l'étude du piano, bien que  n'ayant aucune prédisposition naturelle ni familiale à cela. En effet, quoique ma mère ait toujours fait partie de chorales amateurs depuis sa tendre enfance et mon père su vaguement jouer de la clarinette lorsqu'il était ado, le climat modeste de la maison Tambour Major n'avait rien d'un panthéon de la musique. Lorsqu'un beau jour débarqua dans mon école primaire un professeur de piano qui proposait ses services aux élèves intéressés. Je me souviens qu'à ma mère qui me demandait si cela me plairait, je répondis que je préfèrerais apprendre la trompette plutôt que le piano parce qu'une trompette c'est plus facile à transporter. En réalité je n'avais jamais réfléchi à la question ni à aucun instrument que ce fut mais toujours est-il que quelques semaines plus tard je me retrouvais assis pendant la récréation de midi, devant le clavier d'ivoire et d'ébène du vieux piano droit de l'école, relégué dans une salle oubliée.

    Je n'ai pas de souvenir particulier de ce premier professeur qui eut pourtant le mérite de m'initier aux premières gammes et sous la férule duquel je fis mes débuts en solfège. La pédagogie n'était pas son atout majeur et je me revois encore étouffant des baillements étourdissants tandis qu'il m'exposait l'enchevêtrement des tétracordes auxquels je feignais de porter un intérêt passionné. Cet épisode fut d'assez courte durée, puisque à la rentrée suivante la petite salle de musique demeura porte close et le piano muet. Mes parents se mirent alors en quête d'un remplaçant que nous trouvâmes dans notre village et chez qui je me rendis pendant de longues années.

    Si elle n'était pas une grande virtuose du piano, cette remplaçante sut en revanche transmettre avec humanité et passion le feu sacré de la musique. Je passais chez elle des heures somptueuses, souvent à discuter beaucoup plus qu'à "faire" de la musique. Nous parlions de ses années au conservatoire, de ses professeurs, de compositeurs que je commençais à découvrir et à apprécier. Elle n'hésitait pas à sortir de ses placards des monticules de partitions qu'elle étalait sur le piano et que nous lisions ensemble ou dont elle me jouait de courts fragments. Car elle savait que le musicien n'est pas tant celui qui sait jouer que celui qui sait  tout autant aimer avec curiosité. L'envie d'aimer, l'envie d'apprendre le beau, d'en être envelopper jusqu'à l'écoeurement... pour mieux cacher ma laideur.

    A cette même époque, voyant que la musique commençait à devenir une maitresse exigeante pour laquelle je montrais une passion dévorante, ma mère se mit à acheter chaque semaine une collection de CD "avec son fascicule"  Les Génies du Classique. Le plus drôle c'est qu'à l'époque nous n'avions même pas de lecteur CD à la maison ! Mais elle disait que cela me servirait peut être plus tard si je décidais de continuer dans la musique et de faire des études dans ce domaine, question brûlante que je devais me poser quelques mois avant  de passer mon bac. Finalement à la musicologie j'ai préféré le droit, histoire de m'assurer un avenir professionnel plus certain.

    Anthologie de la musique classique au sens le plus large du terme, cette collection - qui s'est étalée sur plusieurs années, proposait la découverte des grands noms de la musique classique par périodes, avec quelques unes des oeuvres les plus représentatives des compositeurs marquants chacune d'elles - me procura mes premières armes, me permit de me forger une oreille et d'affirmer mes premiers goûts musicaux. C'est ainsi que progressivement je découvris notamment Bach, Scarlatti, Haendel, les sonates pour piano de Beethoven dont je rêvais de jouer un jour les oeuvres, puis Chopin qui fut longtemps mon préféré. Chopin... j'ai passé tellement d'heures à écouter ses Mazurkas, Nocturnes et Valses... J'aimais en lui cette liberté, la fluidité de sa musique dictée par l'ivresse, les harmonies chaudes et sa douce mélancolie à laquelle je m'abandonnais aveuglément. Il me suffisait de m'allonger sur le lit, de fermer les yeux et de me laisser aller, emporté par le balancement des couleurs, pour que je sois transporté en des univers lointains et voluptueux dont le retour était chaque fois un déchirement.

    Quelques temps plus tard je fis l'expérience décisive du Prélude à l'après midi d'un Faune, de Debussy, première rencontre me semble-t-il avec l'école française dont les affinités ne se firent que croissantes.  De  la musique pour piano  de Debussy je retiens le coté immatériel, transparent, parfois totalement évanescent...  de la musique sans mélodie. C'était une vraie nouveauté pour moi. De la musique "pure" détachée de toute contrainte formelle apparente. Et ses harmonies scintillantes, ses rythmes...



    Puis , filiation assez évidente, de Debussy à Ravel il n'y eut qu'un pas. Bien entendu j'entendis tout d'abord l'oeuvre à laquelle on associe trop souvent Maurice Ravel : son inoxydable Boléro, qui demeure aujourd'hui l'une des pièces les plus jouées au monde. Et pourtant, je trouve cette oeuvre tellement peu représentative de la musique de Ravel ! Comme si Paris se résumait à la Tour Eiffel ! Ravel est lui-même assez clair sur le son contenu  :

    « Je souhaite vivement qu’il n’y ait pas de malentendu au sujet de cette œuvre. Elle représente une expérience dans une direction très spéciale et limitée, et il ne faut pas penser qu’elle cherche à atteindre plus ou autre chose qu’elle n’atteint vraiment. Avant la première exécution, j’avais fait paraître un avertissement disant que j’avais écrit une pièce qui durait dix-sept minutes et consistant entièrement en un tissu orchestral sans musique – en un long crescendo très progressif. Il n’y a pas de contraste et pratiquement pas d’invention à l’exception du plan et du mode d’exécution. Les thèmes sont dans l’ensemble impersonnels – des mélodies populaires de type arabo-espagnol habituel. Et (quoiqu’on ait pu prétendre le contraire) l’écriture orchestrale est simple et directe tout du long, sans la moindre tentative de virtuosité. […] C’est peut-être en raison de ces singularités que pas un seul compositeur n’aime le Boléro — et de leur point de vue ils ont tout à fait raison. J’ai fait exactement ce que je voulais faire, et pour les auditeurs c’est à prendre ou à laisser. »
     Entretien accordé par Maurice Ravel au London’s Daily Telegraph,
    11 juillet 1931, repris dans Ravel 1989, p. 365


    Je ne sais plus comment s'est faite ma première rencontre avec la musique pour piano de Maurice Ravel mais elle fut l'un des chocs esthétiques les plus puissants que j'ai connu à ce jour. Elle fait partie des rares musiques, avec celle de Poulenc, capable de m'émouvoir aux larmes alors même que je suis heureux. Je ne me risquerai pas à une tentative de description voué à l'échec mais me contenterais de quelques extraits plus ou moins connus du grand public, dont l'inventivité et la poésie extraordinaire n'ont de cesse de me faire voyager, loin, loin, loin...

    Un peu de poèsie subtilement médiévalisante :


    Quelques instants de virtuosité débridée :


    Le sublime à l'état pur :


    A moins que ce ne soit ça :


    Et le meilleur pour la fin :


    L'ensemble ne brille peut être pas par son coté transcendantalement joyeux, je le reconnais. Ce sont néanmoins des harmonies qui m'accompagnent toujours, parce que la beauté n'est ni joyeuse, ni triste... elle est par elle même, dans toute sa subjectivité.

    6 commentaires:

    1. Moi je voulais du piano, et finalement le violon l'a emporté. Très tard: j'étais déjà une vieille pousse quand je me suis mis à l'étude du crin-crin. Au moins ça se trimbalait comme je voulais, et j'avais le droit de le désaccorder comme ça me plaisait (ô insondable joie).

      Et puis, si je me suis jeté sur ce machin à quatre cordes, c'est la faute à Bartòk (sa fichue sonate pour violon seul) et à Chostakovitch (son fichu premier concerto), qui me donnaient envie de lancer mes propres grincements.

      Six mois de cours ça ne fait pas un virtuose, hélas je n'avais pas les moyens de poursuivre. Mais je suis toujours capable de donner la migraine à n'importe quel auditeur.
      Idéal pour lutter contre les voisinages bruyants.

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    2. @ JC Heckers : Il n'y a pas de menus plaisirs ! Faire mine de jouer du violon préalablement "accordé" aléatoirement de façon virtuose, voilà qui aurait pu figurer dans mon petit Bréviaire antimondain...

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    3. Noooooon pas la trompette ! Huit ans de trompette: huit ans à devoir souffler comme un âne, plus fort, plus virilement, s'affirmer comme un homme, un vrai.

      Puis vint la flûte à bec (pas celle du collège, hein, la vraie en bois)... Une vielle salle cachée, une prof vieille fille, des partitions désuètes. Un plaisir caché, sensuel, efféminé.

      La flûte est une amie dont je ne me passe plus qui m'a amené à découvrir la musique "classique" en remontant depuis 1600 jusqu'à nos jours.

      Très bel article, comme spontané. Chaque rencontre avec la musique est unique et tu relates la tienne de façon très personnelle. :-)

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    4. Que dire de l'orgue, toi qui trouve la trompette virile et la flûte efféminée ? Un instrument masculin quand il est tout seul, et féminin quand il y en a plusieurs...
      Avec des hommes qui se baladent en robe dans les édifices... et un fétichisme certain pour les chaussures.
      M'est avis que les organistes sont pas très clairs... et je suis bien placé pour en parler.

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    5. En passant, une petite invitation pianistique...

      CATcerto

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    6. @ Kynseker : Finalement je me demande si je n'aurais pas aimé apprendre le violoncelle pour le velouté du son proche de celui de la voix humaine. Dans une autre vie ?

      @ KingLuther : Plus que les messieurs en robe ou de fantasmer sur les godasses, je préfère les gros tuyaux... mais chacun son truc hein ! :D

      @ JC Heckers : Chat alors !

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