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  • 9 septembre 2009

    Parce que des fois, ça suffit !

    Hier soir j'avais le choix entre enfin découvrir Dexter, la fameuse série dont tout le monde parle et dont Éric me vantait les mérites il n'y a pas si longtemps, oubien regarder une émission fort en vogue depuis que nos concitoyens se sont découvert une passion pour la cuisine et que j'avais déjà pamphlétisée en d'autres lieux : Un Dîner Presque Parfait.
    Ma passion pour l'art culinaire - et aussi la grosse flemme de me lever jusqu'au lecteur DVD - m'a naturellement guidé vers la seconde option.

    Habituellement diffusée en fin d'après midi, la programmation en première - puis seconde - partie de soirée était justifiée par une compétition légèrement différente de ce qui se fait d'accoutumée. En effet il s'agissait hier soir d'une émission spéciale région, consacrée au Nord Est, afin d'élire le meilleur hôte de la région parmi les quatre candidats. Le challenge était de taille et le combat au sommet promis fut assez largement au rendez-vous. Mais là n'est pas l'objet de mon agacement.

    Une fois le maillon faible éliminé, restaient seulement 3 candidats dont la départition se ferait aux fourneaux d'un grand établissement de réputation, devant deux chefs professionnels : Georges Blanc, l'illustre trois étoiles au guide Michelin, 17/20 au Gault-Millau, excusez du peu, et le très médiatique Cyril Lignac, légitimement plus connu pour ses émissions que pour ses prouesses gastronomiques...

    Nos deux chefs devaient donc juger sur pièces les exploits culinaires des cordons bleus d'un soir d'abord chargés de réaliser un premier repas en fonction d'un panier donné, puis un second librement composé, dans un timing donné bien entendu.
    Je ne me prononcerai pas sur les talents - réel - des deux finalistes tant tout cela ne présentait guère d'intérêt hormis peut être la course après la montre et le décompte menaçant des minutes chaque fois qu'un plat devait être envoyé pour être expertisé par les papilles averties de Son Altesse Blanc et de  Lignac le turlupin. Présentation, cuisson, température, aspect, odeurs, saveurs, fondant des viandes, assemblage, intégrité de la recette, harmonie de l'ensemble... Tout était passé au crible. S'agissant de juger des amateurs, j'imagine que notre chef étoilé a mis beaucoup d'eau dans son vin. Car c'est là que la soupe s'est faite onctueuse à souhait.

    Ainsi, à l'arrivée de chaque plat soigneusement paré de sa cloche reluisante, l'Empereur Blanc, droit sur sa chaise et visiblement concentré sur son rôle, se montre rigoureux et très professionnel. En face - ou plus exactement à sa gauche - un Lignac grand dadet, qui nous a asséné quelques grands élans de virtuosité étourdissante.
    Tout d'abord, lorsqu'il s'est agit de porter un jugement sur un tartare de saumon visiblement coupé à la hache (c'est à dire en très gros morceaux....) notre gâte sauce s'enjoue de sa voix enrouée : 
    "Hé bé, oui, c'est vrai que d'habitude on les coupe tout fins, mais bon, après tout, on a bien la texture du poisson"  
    ce à quoi Blanc rétorque impassiblement que le principe du tartare c'est justement de couper la chair en petits morceaux afin que la cuisson par acidité soit efficace... Je ne sais plus exactement comment il a tourné sa phrase mais l'on pouvait sentir nettement le fond de sa pensée : 
    "Pfffff... Mwoui, bon, si tu veux... mais quand même, c'est n'importe quoi !".
     Un peu plus tard, il s'agit cette fois de goûter un plat de poisson cuit à la poêle. Visiblement ébranlé par le premier désaccord, Lignac mange d'abord un bout et, avant de donner son propre avis, demande le sien au Maître : 
    "La cuisson du poisson est remarquable, c'est maitrisé, c'est bien".
    Et Lignac de caresser dans le sens du poil : 
    "Ho oui, la cuisson est parfaite (cong) !"
    Le "con" est ici sous-entendu. Oui,  Lignac fait efforts aussi démesurés que vains pour cacher un accent du Sud par trop prononcé. Originaire de Villefranche de Rouergue dans l'Aveyron, le naturel paysan ressurgit parfois inopinément au galop, ce qui le conduit à surjouer un accent parisien totalement étranger. D'où parfois des phrases qui sonnent un singulièrement : 
    "Il faut monger des légumes (cong)"
    Autre grand moment de solitude pour le gâte sauces : le supplice du dessert aux fraises. 
    Un des candidats avait en effet réalisé un dessert à base de brioche caramélisée, de chantilly et de fraises fraîches. Tandis que Blanc dissèque le met dans ses moindres recoins, Lignac dévore son plat avec l'élégance d'un sanglier en rut et assène, le plus sérieusement du monde : 
    "Ha oué (putaing), ça "sang" bien la fraise (cong)"
    ce qui est la moindre des choses pour un dessert à la fraise. S'il nous avait dit qu'il y avait un arrière parfum de boudin noir, là on aurait appris quelque chose... Mais, revigoré par cet apport de glucose, maître patelin nous livre une seconde pensée profonde, la bouche encore pleine de nourriture : 
    "(Enculé cong), c'est vrai qu'on a pas l'habitude de servir les fraises entières au lieu de les couper en morceaux"
    Ce à quoi le Roi Blanc impassible - et visiblement hermétique aux jérémiades insignifiantes de son  compagnon, rétorque tout en jouant avec sa petite cuillère en argent : 
    "Oui, mais c'est joli l'intérieur d'une fraise"
    Simple, élégant, efficace, coupant court à la discussion, le raffinement contre la vulgarité... le combat fut inégal et la défaite inévitable.
    Le dernier trait de virtuosité dont nous a gratifié le petit marmiton des grandes cuisines fut tout simplement magistral.  Blanc, immuablement impérial dans la superbe de son habit immaculé servie par l’acuité d'un regard pétillant d'intelligence, conclut la dégustation par quelques mots simples, pesés et sentis : 
    "C'était un beau moment" 
    tandis que Lignac, réarrangeant sa frange rebelle d'un coquet coup de nuque comme il en a vu faire dans une pub Pantène, la bouche encore pleine et débordant de toutes parts, se fait poète à son tour : 
    "Ho oué (cong), j'ai même fini mon assiette (enculé)"
    A l'issue de la soirée, j'ai vraiment eu la dérangeante impression que s'il y avait bien quelqu'un qui n'était pas à sa place dans cette émission au demeurant fort sympathique, ce n'étaient pas les candidats, sans lesquels le programme disparait, ni Blanc, seule véritable autorité gastronomique susceptible de donner un semblant de crédibilité à toute cette gesticulade ; mais bien le mièvre Lignac dont le leitmotiv "en cuisine c'est comme on aime" est totalement antinomique avec la précision, la rigueur et la méticulosité que requiert l'Art dont il se revendique et dans lequel ses confrères étoilés sont passés maîtres. Et ce n'est pas chérinou - que je le revois encore me menacer, brandissant un crochet de boucher rouillé au dessus de ma tête alors que je pesais 90g de farine pour faire un roux - qui me contredira.

    Inutile de compter les points tant le score final de l'un confine au ridicule face à la majesté de l 'autre, qui balaie d'un regard la connaissance pure. Lignac est mort par KO. A vouloir jouer dans la cour des grands et s'approcher trop près du soleil, on finit par se brûler les ailes. Icare nous l'avait appris. Cyril Lignac nous le rappelle... malgré lui.  

    3 commentaires:

    1. Chérinou n'a pas l'air très facile...
      Pour rebondir sur le principal sujet, je ne pense pas que Lignac, celui que Le Chef nomme le pleurnichard, mérite autant d'attention! Mais vue la tournure de ton billet, Le Chef est plutôt satisfait^^!

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    2. Dans le genre encyclopédie de lieux communs, Cyril Lignac se pose un peu là... Il a peut-être quelques dispositions pour la cuisine, mais manque singulièrement de classe, et tout le reste n'est qu'une mayonnaise médiatique.

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    3. Pas le temps (ni l'envie d'ailleurs) de suivre ces émissions hautement culturelles ... Heureusement Tambour Major est là, fidèle à lui même : un condensé au vitriol sûrement plus drôle que l'original ^_^

      'tain cong cé vré qu'il a un accent curieux ... je ne l'écouterai plus de la même manière dorénavant !

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    Bonjour, vous êtes bien chez Tambour Major.

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