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  • 25 avril 2016

    Brûlé

    15 commentaires
    On croit toujours que certaines choses n'arrivent qu'aux autres, que l'on est et sera plus forts. Que certains maux ne sont qu'un effet de mode, une tendance hype pour cadres dynamiques connectés entre Berlin, Los Angeles et New-York. On se croit intouchable, en bonne petite fourmi laborieuse. Et c'est bien là le piège. 

    Cela commence par ce petit verre de vin du vendredi soir, une fois en passant, qui t'aide à déconnecter. Une bonne bouteille, pas de la piquette à trois Euros. Tu bois par plaisir. Dans un premier temps. Par nécessité, ensuite. Quelques gorgées, quelques verres et tes idées se délient enfin. Ton cerveau s'apaise. Tu lâches prise. Cela te fait du bien. Non, tu n'as pas de problème avec l'alcool. C'est seulement une passade, dis-tu. Les semaines passent, les bouteilles vides s'entassent. Jusqu'à deux par weekend, à toi tout seul...

    A ces quelques verres bienfaiteurs s'ajoutent les bières que tu t'enfiles pendant la semaine. Une, le jeudi soir. Parfois deux avec celle du mercredi. Rarement plus de trois, le même soir. D'occasionnelles, elles deviennent quotidiennes. Au moins tu dors, et tu oublies cette boule au ventre qui peu à peu a pris racine en toi et qui ne te quitte pas. Elle est là depuis si longtemps que tu ne sais même plus à quel moment elle est apparue pour la première fois. Elle fait partie de toi. Elle ronge tes jours comme la vermine ronge le bois qui tombe en poussière. Tes nuits sont ponctuées de réveils en sursaut, de rêves tourmentés et de lampe allumée à quatre heure du matin en quête d'un sommeil qui s'en est allé.

    Oui, tu aurais besoin de vacances. Probablement. Mais tu n'en n'as pas le temps ni la possibilité. Ton bureau qui croule sous les dossiers, tous plus urgents les uns que les autres, et ton patron qui te presse, te l'interdisent. 

    Il y aura ce matin étrange où, réveillé aux aurores, tu te forceras à avaler ta tartine en refrénant une nausée violente et soudaine. Ce sera la première. Elle aussi tu feindras de n'y rien voir d'alarmant même si tu n'as jamais été dégoûté à ce point par de la nourriture. Evidemment tu te poseras des questions. Mais la boule au ventre est là pour te rappeler la montagne écrasante de travail qui n'attend que toi. 

    Pourtant tu résisteras. Tu endureras encore longtemps ces nuits horribles, ces rêves atroces, cet estomac noué, cette envie de vomir dès le réveil et cette sensation de courbatures lancinantes dans les jambes. Car tu n'es pas de ceux qui s'avouent vaincus à la première épreuve. T'es un dur, un vrai, un bosseur. Pas une mauviette qui s'adonne à de puériles jérémiades parce que tu travailles trop. T'es au-dessus de ça. Tu fonces tête baissée, droit dans l'arène mortifère que tu feins de ne pas voir.  

    Il en faudra des seaux d'eau pour enfin réussir à faire déborder le vase. Tu en auras entendu des personnes bienveillantes et conscientes de la réalité de la situation, dans un contexte professionnel particulièrement dégueulasse, pour que tu ailles enfin voir ton médecin et te mettre en arrêt maladie. Putain oui...!

    Sur le coup tu n'as pas bien réalisé ce que ces deux mots anglais apposés en bas de la feuille d'arrêt signifiaient vraiment, ni mesuré la conséquence et les enjeux de la médication. Depuis une semaine tu passes le plus clair de ton temps à dormir. Tu te sens vide, épuisé, anéanti, passablement à fleur de peau.

    Tout à l'heure ton boss a appelé sur ton téléphone portable. Il s'inquiète. Non pas pour toi, mais pour le boulot qui s'accumule sur ton bureau, encore et toujours. Tu es Sisyphe, voici ton rocher ! Evidemment tu n'as pas répondu et aussitôt effacé le message laissé sur le répondeur sans même avoir pris la peine de l'écouter. Sa voix, elle aussi, te file la nausée. Mais le simple fait d'avoir lu son nom s'afficher sur l'écran t'a replongé dans ce tourbillon de stress, d'angoisse et de nausée. Une agression. Oui, tu as vécu cela comme une agression. 

    Ce soir, alors que tu n'as pratiquement rien fait de la journée hormis deux petites heures de marche au grand air, tu te sens complètement épuisé et tu te retiens de pleurer pour rien. Tu es vide. Exténué. Brûlé.

    On croit toujours que ça n'arrive qu'aux autres.

    15 avril 2016

    La photo du mois : La nature en macro

    17 commentaires
    Nous sommes le 15 Avril, c'est donc le jour de notre rendez-vous mensuel avec La photo du mois.

    Je vous rappelle le principe : chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

    Pour cette quatrième édition de l'année, il revenait à Laurelinea de choisir le thème du mois et qui nous proposait : La nature en macro. 

    Elle nous donnait les indications suivantes :
    Allô allô !! Alors pour fêter le printemps qui arrive, le thème pour avril sera : LA NATURE EN MACRO.
    Il me semble qu'aucun thème ne s'y rapproche, et je ne crois pas qu'il y ait besoin de plus d'explications (enfin n'hésitez pas au cas où).
    Maître-mot : sim-pli-ci-té.
    Enjoy !
    J'ai donc saisi ma photo du mois lors d'une promenade le lundi de Pâques dans la campagne audoise, à Rennes-Le-Château, un petit havre de paix qui, au-delà du mythe autour de l'Abbé Saunière et de toute chasse au trésor, mérite de détour.

    Et c'est précisément au détour d'un champ en friches que j'ai pris sur le fait cette jolie coccinelle en train de se faire dorer la pilule. Et même que, juste après, elle dansé une cucaracha endiablée mais ça ne passe pas très bien à l'image...

    La photo du mois continue sur les blogs des autres participants : AF News, Akaieric,Alban, Alexinparis,Angélique, Aude, Autour de Cia, BiGBuGS, Blogoth67, Brindille, Calamonique, Cara, Carole en Australie, Champagne, Chat bleu, Chiffons and Co, Chloé, Christophe, Claire's Blog, Cocazzz, Cécile, CécileP, Céline in Paris, Danièle.B, DelphineF, Dom-Aufildesvues, E, El Padawan, Estelle, Eurydice, Eva INside-EXpat, François le Niçois, Frédéric, Gilsoub, Giselle 43, Guillaume, Homeos-tasie, J'habite à Waterford, Josette, Julie, KK-huète En Bretannie, Koalisa, Krn, La Fille de l'Air, Lau* des montagnes, Laulinea, Laurent Nicolas, Lavandine, Lavandine83, Les Bazos en Goguette, Loulou, Luckasetmoi, Lyonelk, magda627, Mamysoren, Marie, MauriceMonAmour, Milla la galerie, Mimireliton, Mireille, Mirovinben, Mon Album Photo, Morgane Byloos Photography, MyLittleRoad, Nanouk, Nicky, Noz & 'Lo, Pat, Philae, Philisine Cave, Pilisi, Pixeline, Renepaulhenry, Rythme Indigo, Sinuaisons, Sous mon arbre, Testinaute, Thalie, Tuxana, Voyager en photo, Woocares, Xoliv'.

    8 avril 2016

    Les dernières heures

    7 commentaires

    Voici mes derniers jours,
    Mes dernières heures dans ces murs.

    Je le sais.
    Je suis prêt.

    Prêt à partir, à lui dire merde,
    Prêt à prendre sur moi les infamies
    Et les derniers coups bas.
    J'ai la tête ailleurs, je n'y suis plus.
    Plus envie de m'investir, plus envie de bosser, Plus envie de rien du tout.

    Quelque chose s'est fané, depuis longtemps.

    Dans le silence du soir je regarde ces lieux
    Avec une pointe de nostalgie, déjà,
    Avant même d'en être parti,
    Bientôt.

    Comme une relation amoureuse qui s'éteint,
    On se regarde de loin en loin,
    Les yeux vides de tout désir
    Et le cœur absent de tout espoir.

    On se croise mais on ne se voit plus,
    On se parle mais on ne s'entend plus,
    On se frôle mais on ne se comprend plus.

    Le temps est venu de tourner cette page, de faire mes cartons.
    De préparer mon départ.

    Ils sont longs et épuisants,
    Les derniers jours,
    Les dernières heures.

    6 avril 2016

    Lettre ouverte à Monseigneur Stanislas Lalanne, évêque de Pontoise

    16 commentaires

    Carcassonne le 06 avril 2016

    Monseigneur,

    C'est la troisième fois en tout et pour tout que je m'adresse épistolairement à ce jour à un évêque. La première fois c'était pour ma confirmation, en 1994 ou 1993, je ne sais plus exactement. Ce fut une jolie fête en Eglise dont je me souviens assez précisément. Car oui, je suis chrétien et ai grandi dans les valeurs chrétiennes qui nous sont chères. Des valeurs somme toute assez simples, mais fortes et qui tendent à l'universalité. Des valeurs tellement hautes qu'elles innervent encore les fondements même de notre droit positif ainsi que les soubassements de notre société, chose que l'on a tendance à oublier. 

    La deuxième fois devait se situer une quinzaine d'années plus tard, suite à la fermeture brutale d'une formation que je suivais dans un Institut Catholique et qui me tenait à cœur. "Demandez, et l'on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l'on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l'on ouvre à celui qui frappe" est-il écrit dans St Matthieu, 7 - 7,8. Nous avons donc frappé, nous avons demandé, mais jamais personne ne nous a répondu. La porte est demeuré close, comme celle de la formation qui s'est arrêté pour notre groupe, alors qu'elle n'était pas encore achevée.

    Mais vous vous doutez bien que ce n'est pas de cela dont je veux vous parler aujourd'hui. Non, évidemment. 

    Si je prends la peine de vous écrire aujourd'hui, un peu à brûle pourpoint j'en conviens, c'est par réaction aux propos insupportables que vous avez pu tenir hier mardi 05 avril 2016 sur RCF et dont la presse relaie la teneur. 

    L'Eglise à nouveau en proie aux affres des affaires de pédophilie dont elle a bien du mal à se dépêtrer, vous avez notamment déclaré : 

    "La pédophilie est un mal. Est-ce que c'est de l'ordre du péché ? Ça, je ne saurai pas dire, c'est différent pour chaque personne. (...)

    La difficulté, c'est : "quelle conscience la personne a de ce mal ?" Comment elle s'en sent responsable ? (...) Quand on commet un péché. On a conscience qu'on blesse la relation à l'autre et qu'en blessant la relation à l'autre, on blesse la relation avec Dieu. On est dans l'ordre du péché, mais est-ce que cet homme est pécheur au sens strict du terme ? Je ne peux pas le dire, à chaque fois, on ne peut pas parler de façon générale

    La pédophilie "est un mal et la première chose à faire, c'est de protéger les victimes ou les éventuelles victimes".  

    Je ne peux vous désapprouver concernant la question des victimes que ces actes infâmes ont durablement traumatisées et partiellement détruites. Il suffit d'écouter leurs témoignages pour comprendre l'atrocité et la violence, non seulement physique mais surtout psychique, que constituent les actes de pédophilie et la difficulté pour le jeune adulte qui réalise alors pleinement la gravité des faits dont il a été victime, de se relever de pareille humiliation et dégradation de sa personne. 

    En revanche, je demeure abasourdi par vos doutes sur le reste de la question.

    Comment, en toute intelligence et sans la plus crasse mauvaise foi, peut-on asséner qu'il est impossible de parler de façon générale et d'émettre des doutes sur le fait qu'un acte pédophile puisse être un péché ? COMMENT ?  

    Sauf le respect que je m'efforce de vous témoigner, je me permets de vous rappeler les termes du Catéchisme de l'Eglise Catholique (intégralement consultable en PDF ici) - que je vous sais parfaitement connaître - et qui au chapitre consacré au péché expose ceci en page 294, n°1889-1850 :

    II. La définition du péché  

    1849 Le péché est une faute contre la raison, la vérité, la conscience droite ; il est un manquement à l’amour véritable, envers Dieu et envers le prochain, à cause d’un attachement pervers à certains biens. Il blesse la nature de l’homme et porte atteinte à la solidarité humaine. Il a été défini comme " une parole, un acte ou un désir contraires à la loi éternelle " (S. Augustin, Faust. 22, 27 : PL 42, 418 ; S. Thomas d’A., s. th. 1-2, 71, 6).

    1850 Le péché est une offense de Dieu : " Contre toi, toi seul, j’ai péché. Ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait " (Ps 51, 6). Le péché se dresse contre l’amour de Dieu pour nous et en détourne nos cœurs. Comme le péché premier, il est une désobéissance, une révolte contre Dieu, par la volonté de devenir " comme des dieux ", connaissant et déterminant le bien et le mal (Gn 3, 5). Le péché est ainsi " amour de soi jusqu’au mépris de Dieu " (S. Augustin, civ. 14, 28). Par cette exaltation orgueilleuse de soi, le péché est diamétralement contraire à l’obéissance de Jésus qui accomplit le salut (cf. Ph 2, 6-9). 

    Une faute contre la raison, la vérité, la conscience droite... Comment être plus clair ?

    Comment  dès lors admettre qu'un homme naturellement et normalement doué de raison - je ne parle pas d'intelligence - ne puisse pas entendre que sodomiser un petit garçon ou une petite fille, lui mettre un doigt entre les fesses ou lui demander une fellation - car c'est bien de cela dont il s'agit, ne nous voilons pas la face - n'est pas une faute contre la raison la plus élémentaire ? Car je vous rappelle que, oui, c'est une chose maintenant bien acquise depuis une sombre époque de la fin du XVIIIe siècle, les être humains sont doués de raison. Le clergé dont vous faites partie n'échappe pas à cette règle...

    Qui plus est, j'irai même jusqu'à invoquer là une Loi Naturelle dont vos ouailles ont fait gorges chaudes lorsqu'il s'est agit d'aller défiler dans la rue... Peut-être d'ailleurs en faisiez-vous partie.

    Non, on ne tripote pas les enfants pour satisfaire des pulsions sexuelles, quand bien même seraient elles irrépressibles et irrésistibles.

    Ces actes sont à ce point un abominables, pour reprendre un vocabulaire qui est familier à l'Eglise, et attentatoires à l'ordre social que les articles 222-22 et suivants du Code pénal - Code qui réprime l'homme qui, avili, retrouve la bestialité de son instinct de prédateur animal - prévoient pour ces faits, dont vous ne savez pas dire s'ils sont ou non un péché, des peines de réclusion criminelle allant jusqu'à à la perpétuité...!

    L'argument du degré de conscience de l'auteur des faits, que vous excipez hardiment dans votre interview, est ici totalement irrecevable en plus d'être honteux. Car la gravité et la nature même des faits ne laisse nullement la place au doute. D'une part parce que cela fait des années que ce même genre de scandale éclabousse l'Eglise un peu partout sur la planète à tel point que cette dernière a finalement jugé utile de mettre en place des moyens internes pour y remédier et dont je serais friand de lire le bilan d'activé. D'autre part parce que, rendant à César ce qui est à César, l'Eglise vit, en France, dans un Etat de droit, pourvu de règles que nul n'est censé ignorer, et particulièrement celles relatives à l'interdiction de porter atteinte à l'intégrité physique d'autrui et dont je parlais quelques lignes plus haut.

    Comment dès lors admettre qu'un prêtre ou quiconque d'autre qui se livre à des attouchements sexuels sur un mineur ou sur un majeur non consentant, ne commette pas ipso facto, un péché ? Sur la base de quelle considération, si ce n'est celle de vouloir excuser ou amoindrir la responsabilité de ceux qui commettent ces actes odieux, pouvez-vous douter de la gravité de la faute ainsi commise et mettre en question leur nature intrinsèque de péché ?

    Je ne vous cache pas, Monseigneur, que vos propos m'ont littéralement choqué et scandalisé tellement cette attitude quasi compassionnelle pour les auteurs d'actes pédophile est répugnante, en plus d'être contre productive.
    Peut-être le déclin et le recul du nombre des clercs font-ils justement redouter à l'Eglise d'avoir à se séparer de certains de ses éléments et de l'absence desquels elle ne peut se payer le luxe. C'est là probablement une autre question, grave, qu'elle devra dénouer. Mais ce n'est pas une question qui doit se résoudre sur le dos des victimes passées, présentes et, hélas j'en suis convaincu et le déplore, à venir...

    La seule manière qu'a l'Eglise de sortir la tête haute est d'adopter une attitude responsable en faisant une bonne fois pour toutes le ménage dans ses rangs et en condamnant sans la moindre once d'ambiguïté tout acte de violence ou de pédophilie. Le combat sera long, coûteux, il y aura des pleurs et des grincements de dents mais sans une éthique forte à cet égard ceinturant les pierres de l'édifice, je vous prédis la ruine. 

    Maintenir et réitérer des déclarations semblables aux vôtres hier mènera, hélas, l'Eglise tout droit dans cette dernière direction. 

    Tambour Major

    1 avril 2016

    Dans les jupes de pierre de Dame Carcassonne

    10 commentaires
    La cité médiévale de Carcassonne fait partie de ces endroits où j'aime me rendre régulièrement, en une sorte de petit pèlerinage personnel, à l'instar du Guggenheim à Bilbao, des berges du Canal du Midi, ou d'autres endroits encore dont je n'ai pas parlé ici, et dont certains font l'objet d'une découverte récente..

    Petit je me souviens l'avoir croisée souvent, la cité,  alors que, de Toulouse, nous nous rendions en Savoie visiter ma grand mère et mes cousins. C'était alors une étape incontournable sur le trajet. Une figure intangible au milieu des vignes Audoises et qui, sur le long chemin du retour depuis le pied du Mont Blanc, nous indiquait depuis l'autoroute que l'arrivée n'était plus très loin.

    Curieusement, si je me rappelle de chacune de mes visites pour y avoir nourri à chaque reprise de nombreux souvenirs, je n'en conserve aucun de ma première fois à Carcassonne. Je me souviens pourtant très bien de nombre de mes premières fois, mais pas de celle-ci. De fait, je suis incapable de la situer sur une chronologie personnelle. Peut-être parce que ce majestueux monument est, par lui-même, hors du temps.

    Visiter la cité de Carcassonne, c'est toute une expérience. Le mieux est d'arriver à pied, d'un peu loin, pour la voir se dévoiler progressivement, en distinguer les contours et les formes, apercevoir peu à peu les créneaux, la texture des pierres et d'imaginer le petit monde habitant à l'intérieur.

    Passé le pont-levis, nous voilà aussitôt projetés dans un ailleurs, un autre temps, un autre espace, un autre rythme. Nul besoin d'être un grand érudit pour trouver son bonheur. Il suffit de se balader dans les ruelles, de flâner d'échoppe en échoppe dont la rue principale est infestée, de rêver le long des remparts qui offrent une vue imprenable sur les alentours, d'écouter le murmure des pierres et les sifflements du vent, d'imaginer mille histoires fantastiques... J'aime m'y perdre à loisir pour faire le vide, m'évader de mon quotidien et raviver mon âme d'enfant un peu maltraitée en ce moment.

    Contrairement à ce que l'on pense, ce n'est peut-être pas le jour qu'il faut voir Dame Carcassonne, mais la nuit. Car la nuit, la cité se trouve alors littéralement "transfigurée" pour pasticher Schoenberg. Délivrée du tumulte des flots de touristes, plongée dans le silence qui lui donne des airs de ville abandonnée, arpenter ces rues de vieilles pierres devient alors une expérience véritablement exaltante tout autant qu'étourdissante. Je vous invite vivement à essayer par vous-même.

    Ouverte aux quatre vents été comme hiver, ma promenade préférée est sans conteste celle qui fait le tour des remparts par les lices, librement accessibles à pied. Si par chance le temps est clair et que l'on peut du fond de cet abîme admirer un ciel constellé d'étoiles, le spectacle s'en trouve démultiplié.

    J'aime à m'arrêter au pied d'une haute tour dont la base est épaisse de plusieurs mètres puis, levant la tête, m'imaginer quelques siècles en arrière dans la peau d'un éventuel assaillant pour ressentir le vertige glaçant d'une confrontation impossible. Comment ébranler pareil édifice, moi petit homme avec ma lance de fer et de bois ? 

    Ce doit être pour cela que j'aime autant la cité médiévale de Carcassonne. Monument grandiose, elle inspire au visiteur un sentiment de puissante majesté comme, d'ailleurs, tout ce qui est beau et qui parle à l'âme bien avant que de s'adresser à la raison. 

    Aussi, c'est avec une immense tristesse que j'apprenais l'autre jour qu'aux termes d'âpres négociations, cédant aux appels des Marchants du Temples (et probablement d'une inattendue manne financière...!), les Conservateurs de ce lieu unique au monde avaient donné leur feu vert à l'installation en janvier 2017 dans l'une  des tours de la superbe Porte Narbonnaise, d'un néfaste-food ayant eu longtemps pour effigie un clown prénommée Ronald ...

    Selon la presse locale la plus avertie, un sandwich idoine et exclusif - le "Mc Cathare" - aurait même été labellisé en partenariat avec des producteurs locaux. Il se murmure en outre secrètement dans les milieux autorisés qu'il pourrait être servi avec une portion de cassoulet en lieu et place des traditionnelles frites et autres potatoes. Voilà qui n'est pas sans faire tache d'encre au royaume de Loulou et de ses calamars ! 

    Espérons au moins qu'ils serviront du Filet-O-Fish...

    15 mars 2016

    La photo du mois de Mars : Un défi ou challenge personnel

    31 commentaires
    Nous sommes le 15 Mars, c'est donc le jour de notre rendez-vous mensuel avec La photo du mois.

    Je vous rappelle le principe : chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

    Le troisième thème de l'année nous a été proposé par Chat Bleu et il s'agit de : Un défi ou challenge personnel.

    Pour expliquer le thème :
    "Il est des envies qui fourmillent dans notre tête. L'une d'elles peut devenir un but, un challenge, le moyen de se dépasser. Alors, que feriez-vous pour y parvenir et le réaliser. Illustrez votre challenge afin de concrétiser votre rêve. Étonnez-nous avec vos photos. Vous avez un mois."
    N'étant pas quelqu'un qui fonctionne par défi ou challenge - des notions qui sont tellement étrangères à ma façon de fonctionner et de vivre - il m'est bien difficile de dire laquelle des innombrables idées qui fourmillent incessamment dans ma tête pourrait devenir le challenge de mes rêves.

    Non pas que je n'ai aucun idéal ni aucun désir, bien au contraire, mais le concept de dépassement permanent de soi renvoie à une manière d'aborder la vie que je fuis car elle renvoie à cette idée épuisante que la vie serait une éternelle compétition. Au secours...

    Aussi je botterai un peu en touche avec ma photo. Lorsque l'on se lance des défis, ne dit-on pas que l'on vise la lune ?  Cela tombe bien, ce sera ma manière d'illustrer ce thème.
    Ma photo a été prise en janvier dernier, alors que la lune était assez basse sur l'horizon, avec un mon appareil numérique et le zoom poussé presque à fond, d'où une image qui manque de définition. Mais le plaisir de photographier la lune et de voir apparaître de si belles images était réellement fabuleux...

    La photo du mois continue sur les autres blogs participants :
    AF News, Akaieric, Alban, Alexinparis, Angélique, Aude, Autour de Cia, BiGBuGS, Blogoth67, Brindille, Calamonique, Cara, Champagne, Chat bleu, Chiffons and Co, Chloé, Christophe, Cocazzz, Cécile, CécileP, Céline in Paris, Dame Skarlette, Danièle.B, DelphineF, Dom-Aufildesvues, E, El Padawan, Estelle, Eva INside-EXpat, François le Niçois, Frédéric, Gilsoub, Giselle 43, Guillaume, Homeos-tasie, J'habite à Waterford, Josette, Julie, Kenza, KK-huète En Bretannie, Koalisa, Krn, La Fille de l'Air, Lau* des montagnes, Laulinea, Laurent Nicolas, Lavandine, Lavandine83, Loulou, Luckasetmoi, magda627, Mamysoren, Marie, MauriceMonAmour, Milla la galerie, Mimireliton, Mireille, Mirovinben, Mon Album Photo, Morgane Byloos Photography, MyLittleRoad, Nanouk, Nicky, Noz & 'Lo, Pat, Philae, Pilisi, Pixeline, Renepaulhenry, Rythme Indigo, Sinuaisons, Sous mon arbre, Suki, Testinaute, Thalie, Tuxana, Voyager en photo, Woocares, Xoliv'.

    9 mars 2016

    Lire le futur dans un tas de merde

    4 commentaires
    Nous y sommes. La tempête qui s'annonçait le mois dernier est là. En plein. Un vrai merdier digne des plus grands épisodes de Dallas. 

    Aller bosser devient un supplice.  Tout le monde est rongé par le stress et l'inquiétude du lendemain. Au quotidien c'est une horreur. Et encore, nous n'en sommes qu'aux prémices d'un cataclysme bien plus destructeur.

    Dur de supporter tout cela et d'encaisser lorsque l'on est une éponge à émotions.

    Des voix autour de moi me conseillent de penser à moi,  de prendre la poudre d'escampette et d'aller vite voir ailleurs, là où l'herbe ne pourra pas être moins verte. C'est d'autant plus tentant qu'un poste se libère à quelques rues d'ici et que j'y ai mes entrées... Tout n'y est pas rose non plus et il faudra probablement négocier un peu sur les conditions financières. Toujours est-il qu'une porte est ouverte.

    D'un autre côté, j'hésite. J'hésite par couardise de sortir d'une sorte de confort pépère que me procurent mes habitudes et ma connaissance des dossiers. Mais j'hésite peut-être et surtout en raison de la terreur d'avoir à affronter la fureur du Big Boss qui voit ses troupes se décomposer et lui tourner le dos jour après jour. Lui dire que je me casse ne sera pas pour lui plaire, c'est certain.

    Que vaut-il mieux : prendre quelques giclées de lisier en pleine face maintenant et pendant le temps de mon préavis ? Ou risquer de peut-être tomber, dans quelques semaines ou quelques mois, à pieds joints dans la fosse à purin ? 

    Ce n'est pas simple d'affronter la vérité en face et de lire le futur dans un tas de merde.

    3 mars 2016

    La morsure du soleil

    6 commentaires
    "Pas si vite ! Tu vas tomber !" invectiva ma mère alors que je dévalais le talus à grandes enjambées. De ma panière de linge frais tenue à bout de bras s'échappait une manche de t-shirt blanc qui semblait vouloir prendre son envol. C'est que j'aimais cela moi, courir  comme un fou et me laisser porter par la pente enherbée qui bordait notre maison, mes grandes jambes s'articulant alors selon un processus automatique qui faisait en sorte qu'elles trouvaient toutes seules leur parfait point d'équilibre.

    Courir comme un dératé et m’arrêter tout au bord du vide, comme pour conjurer la peur. Et tout en bas, par delà la forêt de ronciers et d’acacias aux épines acérés, au loin, il y avait cet océan gris de béton et de flammes d'où émergeaient de temps à autres des bruits inquiétants nous rappelant incessamment que nous étions en guerre.

    Nous habitions alors dans un coin de campagne un peu reculé, à l'abri, sur les hauteurs du Nord, loin des zones de combat. Juchée à flanc de colline, protégée de la vue par une frondaison de châtaigniers sauvages, la bâtisse offrait une vue imprenable sur la vallée et la ville. La ville, et ce qu'il en restait...

    C'est mon père qui avait repéré ce vieux corps de ferme à colombages partiellement effondré qui nous servait de maison depuis maintenant deux ans. Sur sa façade blanche courrait une énorme glycine dont les hampes opulentes n'allaient plus tarder à éclore en grappes de fleurs délicieusement sucrées. La toiture de tuiles rouges avait dû subir maintes réparations de fortune mais opérait son office de nous protéger de la pluie et du vent particulièrement mauvais lorsqu'il venait de l'Est. C'était là, notre chez-nous.

    Ici, loin des raffineries et des puantes usines à viande hors sol placées sous haute surveillance, les milices ne venaient pas et nous avions pour ainsi dire échappé à l'essentiel des bombardements. Une fois, un obus était venu s'écraser sous nos yeux, tuant le chien et une vieille jument estropiée qui paissait là depuis plusieurs mois au milieu d'une ruine dans laquelle elle avait trouvé refuge. Nos fenêtres avaient évidemment explosé sous le coup de la déflagration mais nous en étions sortis indemnes. 

    Chargée de sa panière elle aussi remplie de linge propre, ma mère me rejoignit sur le rebord de talus où je m'étais arrêté quelques secondes plus tôt. Inspirant et expirant bruyamment sous le coup de l'effort, elle se mit à regarder avec moi ce spectacle effroyable de ruines et de fumerolles noirâtres. C'était cela, notre quotidien depuis que la guerre avait commencé alors que je n'avais pas trois ans. Silencieuse, elle observait au loin, les yeux fixés sur l'horizon, les mâchoires crispées, vaguement inquiète, comme à son habitude.

    Elle m'avait raconté, plusieurs fois, la guerre, les armes, les explosions, les cris et l'odeur du sang. Le bruit des machines et le vrombissement des drones. Les cris et les hurlements. La brûlure des balles et la peur de mourir. Et autant de rêves noirs qui hantaient ses nuits blanches.

    Mon père parlait peu en général et de la guerre en particulier, comme pour nous protéger. Il partait souvent dans la nuit pour revenir au petit matin et s'effondrer en pleurs sur la terrasse de la maison. Parfois ses sanglots me réveillaient. Alors je sortais de mon lit et allais le rejoindre dans la pénombre sur le seuil de la porte. "Papa, qu'est ce qu'il y a ?" - Rien me répondait-il invariablement en me prenant dans ses bras, mes joues essuyant les larmes qui perlaient sur les siennes. Rien". Je savais qu'il mentait mais je faisais semblant de le croire. Et lui faisait semblant de croire que je ne me doutais de rien.

    Ces derniers temps les échappées nocturnes de mon père s'étaient intensifiées et il rentrait souvent passé midi dans un état lamentable d'épuisement. Il portait toujours une arme et, depuis peu, d'un genre que je n'avais encore jamais vu. "Ne touche pas à ça !" avait-il sèchement tonné la première fois que j'avais voulu la prendre dans mes mains. 

    Le vent doux caressant mon visage portait à mes narines des odeurs âcres et métalliques. De loin en loin, l'on percevait de faibles détonations se répondant en échos. Là-bas, quelque part, on se battait. À mes pieds les herbes folles s'agitaient mollement et me fouettaient les mollets. Tout était d'apparence si calme...

    Soudain une ombre noire fendit le ciel qu'elle traversa en un éclair et fit vibrer l'air d'un coup sec, agitant le feuillage des arbres d'un bruissement squelettique. Puis vint un sifflement, long, puissant, croissant, perçant à travers les nuages. Quelque chose était en train de tomber. Lentement. Lourdement.

    Le temps suspendu à cette chute interminable semblait tout entier happé par cet objet dont nous devinions la présence mais que le soleil déjà haut dérobait à notre vue. Ma mère eut un mouvement de recul et me prit par le bras. Elle avait l'air terrorisée, scrutant en vain le ciel, auscultant la ville dont les ruines décharnées ne trahissaient pourtant rien d'autre d'anormal qu'un inhabituel et brutal silence. Je pensais à mon père qui n'était pas encore rentré et au chat que je n'avais pas revu depuis la veille... J'ignorais à cet instant que je ne les reverrais jamais.

    Un flash aveugle foudroya le ciel. Puis un disque lumineux d'une intensité prodigieuse apparut au dessus de l'horizon avant de l'engloutir complètement, comme un soleil géant. Fasciné, je ne pouvais plus décrocher mon regard de ce spectacle ahurissant qui dépassait tout ce que j'avais pu voir et imaginer jusque là. Le soleil dont j'aimais à me repaître était à présent là, devant  moi, boursouflé, dévorant tout sur son passage. Je pouvais presque le toucher. Dans un instant je pourrai le prendre dans mes bras.

    L'air se faisait de plus en plus chaud. À mes pieds l'herbe naguère encore verte commençait à se recroqueviller.

    "Viens ! hurlait ma mère derrière moi, Viens !"

    Mes jambes pourtant si promptes à réagir, refusèrent d'obéir. Lâchant mon panier de linge, il tomba au sol et se consuma instantanément. Je fermai les paupières. Il était déjà trop tard.

    J'étais ivre.
    Ivre de la morsure du soleil.

    19 février 2016

    Petit bout de printemps

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    Quelques taches blanches sur la pelouse
    Petites étoiles au cœur jaune
    Aux fins pétales rangés en corolle
    Comme autant de sourires offerts

    Quelques marguerites posées ça et là
    Parsemant l'herbe verte
    Abandonnées à toute leur langueur
    Entre deux rayons de soleil

    Prélude au printemps qui s'en vient

    Pas grand chose
    Trois fois rien
    Les petits bonheurs
    D'une vie presque ordinaire

    15 février 2016

    La photo du mois : "En chantant"

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    Nous sommes le 15 Février, c'est donc le jour de notre rendez-vous mensuel avec La photo du mois.

    Je vous rappelle le principe : chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

     Le thème de février a été choisi par Thalie qui nous propose : "En chantant" et nous donne la consigne suivante :
    Comme le dit la chanson : "quand j'étais petit garçon je repassais mes leçons en chantant ; et bien des années plus tard je chassais mes idées noires en chantant [...] la vie c'est plus marrant c'est moins désespérant en chantant". Votre photo devra donc représenter une chanson dont le titre sera à deviner par le reste du groupe.

    A vos appareils, prêts, photographiez ... en chantant ! 
    Ma photo fut prise voici quelques semaines seulement, à Toulouse, non-loin de la Halle aux Grains :


    Alors, quelle est la chanson illustrée par cette photo ? Attention, il y a un petit piège...

    Le petit jeu des devinettes continue sur les autres blogs participants à La Photo du Mois :

    A'icha, AF News, Akaieric, Alban, Alexinparis, Angélique, Aude, Autour de Cia, BiGBuGS, Blogoth67, Brindille, Calamonique, Cara, Carole en Australie, Champagne, Chat bleu, Chiffons and Co, Chloé, Christophe, Cocazzz, Cricriyom from Paris, Cécile, CécileP, Céline in Paris, Dame Skarlette, Danièle.B, DelphineF, Dom-Aufildesvues, Dr. CaSo, E, El Padawan, Estelle, Eva INside-EXpat, François le Niçois, Frédéric, Galéa, Gilsoub, Giselle 43, Guillaume, Homeos-tasie, J'habite à Waterford, Josette, Julie, KK-huète En Bretannie, Koalisa, Krn, La Fille de l'Air, Lau* des montagnes, Laulinea, Laurent Nicolas, Lavandine, Lavandine83, Les bonheurs d'Anne & Alex, Loulou, Luckasetmoi, Lyonelk, magda627, Mamysoren, Marie, MauriceMonAmour, Milla la galerie, Mimireliton, Mireille, Mirovinben, Mon Album Photo, Morgane Byloos Photography, MyLittleRoad, Nanouk, Nicky, Noz & 'Lo, Pat, Philisine Cave, Pilisi, Pixeline, Renepaulhenry, Rythme Indigo, Sinuaisons, Sous mon arbre, Suki, Testinaute, Thalie, Tuxana, Voyager en photo, Woocares, Xoliv'.