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  • 19 mars 2020

    Un saut dans l'inconnu

    Étrange époque que celle-ci. Oui, étrange époque. Qui aurait pu prédire il y a seulement quelques semaines que nous en serions-là ? Qui aurait pu imaginer que tout le pays, et avec lui une part importante de la population mondiale, serait barricadé chez lui, comme nous le faisons depuis lundi ? 

    J'avoue être totalement dérouté par ce qui est en train de se produire. Et mon inquiétude du lendemain est grande. Mon activité professionnelle sera au point mort dans quelques jours. Je n'aurai aucune rentrée financière pendant plusieurs semaines, peut-être plusieurs mois... Heureusement j'ai quelques économies pour tenir et je lis, ici et là, que des aides sont en train d'être mises en place. Mais d'un autre côté, je me rends compte que c'est la même chose pour un très grand nombre d'entre nous et que nous partageons tous les mêmes craintes face à cet océan d'inconnu. Cela ne résout rien mais cela aide à supporter, à lâcher prise et à accepter avec un certain fatalisme ce qu'il est en train de se passer. 

    Relax, nothing is under control, pour reprendre le conseil que m'avait donné un ami blogueur il y a quelques années...

    Car ce qui nous arrive est totalement inédit. Seuls les parents des plus âgés d'entre nous ont, et pour une petite partie d'entre eux seulement, véritablement vécu le confinement et le couvre-feu. Et dans un contexte très différent. Personne ne sait exactement de quoi demain sera fait. Personne ne peut mesurer les conséquences d'un arrêt quasi total de l'activité économique. Les artisans sont désœuvrés, les commerces fermés. Des bus remplis de fantômes sillonnent des villes désertes. Des avions vides se heurtent aux frontières fermées de pays léthargiques. Gel des loyers, gel des charges, chômage partiel... Le panorama est sidérant.

    Régulièrement je souris en pensant que H.G.Wells (dont je publiais avant hier un petit extrait), King et d'autres avaient raison. Contrairement à ce que nous pouvions imaginer, la plus grande menace contemporaine contre l'humanité n'était pas celle que l'on croyait. Nulle menace d'un pays en cours de militarisation. Nul cataclysme climatique. Nulle astéroïde géante se fracassant sur Terre. Non. Il aura suffi d'un virus. Un tout petit virus, pour mettre la planète à l'arrêt. Un "microbe" dont Pagnol raconte que sa mère avait déjà une peur bleue lorsque son père revenait de chez l'antiquaire avec l'un de ces objets rares dont il avait le secret : 

    (...)
    Chaque mois, lorsqu'il revenait de « toucher son mandat » à la mairie, il rapportait quelques merveilles : une muselière crevée (0 fr. 50), un compas diviseur épointé (1 fr. 50), un archet de contrebasse (1 fr.), une scie de chirurgien (2 fr.), une longue-vue de marine où l'on voyait tout à l'envers (3 fr.), un couteau à scalper (2 fr.), un cor de chasse un peu ovalisé, avec une embouchure de trombone (3 fr.), sans parler d'objets mystérieux, dont personne n'avait jamais pu trouver l'usage, et qui traînaient un peu partout dans la maison. Ces arrivages mensuels étaient, pour Paul et pour moi, une véritable fête. Ma mère ne partageait pas notre enthousiasme. Elle regardait, stupéfaite, l'arc des îles Fidji, ou l'altimètre de précision, dont l'aiguille, montée un jour à 4 000 mètres (à la suite d'une ascension du mont Blanc, ou d'une chute dans un escalier) n'en voulut jamais redescendre. Alors, elle disait avec force : « Surtout, que les enfants ne touchent pas à ça ! »
    Elle courait à la cuisine, et revenait avec de l'alcool, de l'eau de Javel, des cristaux de soude, et elle frottait longuement ces épaves.
    Il faut dire qu'à cette époque, les microbes étaient tout neufs, puisque le grand Pasteur venait à peine de les inventer, et elle les imaginait comme de très petits tigres, prêts à nous dévorer par l'intérieur.
    Tout en secouant le cor de chasse, qu'elle avait rempli d'eau de Javel, elle disait, d'un air navré : « Je me demande, mon pauvre Joseph, ce que tu veux faire de cette saleté ! »
    Le pauvre Joseph, triomphant, répondait simplement : « Trois francs ! » 
    (...)
    M. Pagnol, La gloire de mon père

    Depuis quelques jours, je ne peux m'empêcher de penser à cette scène du duel entre Merlin et Madame Mim. Le premier piège celle-là, devenue dragon, en se métamorphosant  en virus de la grippe, hu hu hu...



    Lorsque nous serons passé à travers, que restera-t-il de tout cela ? Serons-nous plus sage ? Saurons nous changer de logiciel et remettre notre mode de fonctionnement en cause ?

    A la suite de Jean-Louis Aubert, Ydikoi rêve d'un nouveau monde. Je suis pour ma part beaucoup plus réservé et pense que rien ne va changer. J'espère me tromper lourdement en écrivant cela. Mais je n'ai aucun espoir d'un monde meilleur. Parce que je doute que les grands levier du capitalisme aient la moindre volonté de renoncer à ce qui leur confère leur position oligarchique.

    Parce que changer de modèle suppose de lourds renoncements dont je doute que nous soyons tous réellement prêts à subir.  L'impréparation totale de notre pays pour faire face à ce genre de crise, le manque criant de moyens à tous les niveaux, pour une épidémie passagère, alors que nous devons faire face à des bouleversements encore plus colossaux engendrés par le réchauffement climatique, ne m'incitent pas à l'optimisme. Et j'entends déjà nos responsables se féliciter de notre réussite collective avec si peu de moyens, preuve que faire plus n'est pas nécessaire. Nous verrons bien. J'espère néanmoins que nous aurons assez de mémoire pour nous souvenir de ce qu'il s'est passé et en tirer collectivement des leçons.

    Pour l'instant, je m'escrime à essayer de vivre au jour de le jour dans mon appartement toulousain, reclus avec les chats-minous qui me supportent avec une patience qui force l'admiration. Faute de véritable vie sociale, demeurer en contact avec mes amis et mes proches me fait du bien. Leur parler, leur écrire, avoir de leurs nouvelles, rire un peu... Oui, cela aide à ne pas perdre la boule en pensant à l'avenir dont personne ne sait de quoi il sera fait.

    Parallèlement, pour ne pas sombrer dans l'angoisse la plus totale, je limite les réseaux sociaux qui ont tendance à devenir terriblement anxiogènes. De même, je limite la télévision au strict minimum et me contente de la radio publique qui a l'avantage de pouvoir être écoutée dans être prostré dans le canapé.

    Et il y a les blogs, aussi, qui permettent de garder un autre œil sur la planète. Je signale au passage celui de Laurent alias Des fraises et de la tendresse qui a eu la bonne idée de commencer un journal de bord. Hé oui, comme le relève Matoo, la vie fourmille à nouveau sur les blogs. Et puis en regardant dans ma liste de blogs, je vois qu'un certain nombre s'est pris à l'exercice du journal quotidien : Estef, Renépaulhenri...  La vie sociale se virtualise pour mieux lutter ensemble et nous faire mieux sentir que, malgré la distance, nous voguons à l'unisson d'un même frêle esquif à destination de demain.

    10 commentairess:

    1. On est forcément tous un peu désemparé et stupéfait, c'est normal. Il faut attendre quelques jours qu'on s'y fasse, et aussi que la presse soit assez en boucle pour qu'on commence enfin à parler d'autre chose, tout en étant sagement confiné. (Cela annule tout de même mon déplacement à Toulouse pendant lequel je comptais bien dîner avec toi, ça c'est la tristitude même !!!)

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      1. Etonnamment je vis assez bien cette première semaine à ma petite échelle. J'ai encore un peu de boulot, je sais m'occuper et la solitude n'est pas un terrain de jeu inconnu. Ce sont plutôt les perspectives qui me donnent le vertige.
        Range ta tristitude dans un tiroir : j'ai plein de belles adresse où aller dîner lorsque tu viendras dans la **Ville Râse** :))
        Prends bien soin de toi en attendant !

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    2. Quotidien c’est encore un bien grand mot, un ami m’a envoyé Jn 6,20, je te le partage, n’étant moi-même pas croyant. Prends soin de toi.

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      1. C'est encore un bien grand mot, certes, mais j'ai bien peur qu'il ne faille s'y habituer pour quelques temps encore.
        Merci pour le partage, je ne sais quoi te répondre en retour. Marcher sur l'eau par grand vent par ces temps-ci, quelle drôle d'idée ; il y a de quoi attraper un bon rhume...

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      2. J’ai cru comprendre que surtout il fallait retenir « n’ayez pas peur » !

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      3. Comme quoi, tout n'est souvent qu'une question de perception et d'interprétation !

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    3. Oui... la vie ralentit quelque peu son rythme effréné et les activités et distractions se réduisent, même lorsqu'on n'est pas confiné pour des raisons légales (ici, la météo fait qu'on ne veut pas vraiment trop passer de temps dehors ces derniers jours!). Ça ouvre à l'introspection et au désir de partage... On reblogue (surtout quand on n'a plus de compte sur le Livre de Visages)!

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      1. En effet, cela redessine nos relations aux autres. Et c'est très bien. Livre visage, c'est le Diable... tu as raison de le fuir.
        Vous n'avez pas encore de mesures de confinement ou de réduction de vos allées et venues en Alberta ?

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    4. Jusqu'ici, les mesures visent davantage l'évitement social et on recommande d'éviter les déplacement non essentiels, mais nous ne sommes pas confinés comme ce que je lis de la situation en France. Nous pouvons donc aller librement faire les courses ou prendre l'air, tout en évitant les rassemblements ou les attroupements. Les rassemblements de plus de cinquante personnes sont interdits, ce qui a amené la fermeture des lieux de culte et l'interruption des activités sportives et culturelles, réduisant d'autant les déplacements (et la circulation automobile). L'essence est très peu chère (hier c'était 71,9 cents le litre de régulière) mais personne ne va vraiment nulle part.

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