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  • 17 mars 2020

    Relisons H. G. Wells

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    (...)
    À mi-chemin de la gare de St. John’s Wood, je trouvai soudain les restes d’une machine à mains. D’abord, je crus qu’une maison s’était écroulée en travers de la route, et ce ne fut qu’en escaladant les ruines que j’aperçus, avec un sursaut, le monstre mécanique, avec ses tentacules rompus, tordus, faussés, gisant au milieu des dégâts qu’il avait faits. L’avant-corps était fracassé, comme si la machine s’était heurtée en aveugle contre la maison et qu’elle eût été écrasée par sa chute. Il me vint alors à l’idée que le mécanisme avait dû échapper au contrôle du Martien qui l’habitait. Il y aurait eu quelque danger à grimper sur ces ruines pour l’examiner de près, et le crépuscule était déjà si avancé qu’il me fut difficile même de voir le siège de la machine tout barbouillé du sang et des restes cartilagineux du Martien que les chiens avaient abandonnés.

    Plus surpris que jamais par tous ces spectacles, je continuai mon chemin vers Primrose Hill. Au loin, par une trouée entre les arbres, j’aperçus un second Martien, debout et silencieux, dans le parc, près des Jardins zoologiques. Un peu au-delà des ruines de la machine à mains, je tombai de nouveau au milieu de l’Herbe Rouge, et le canal1 n’était qu’une masse spongieuse de végétaux rouge sombre.

    Soudain, comme je traversais le pont, les lamentables oulla, oulla, oulla, cessèrent, coupés, supprimés d’un seul geste pour ainsi dire, et le silence tomba comme un coup de tonnerre.

    Les hautes maisons, autour de moi, étaient imprécises et vagues ; les arbres du côté du parc s’obscurcissaient. Partout, l’Herbe Rouge envahissait les ruines, se tordant et s’enchevêtrant pour me submerger. La Nuit, mère de la peur et du mystère, m’enveloppait. Tant que j’avais entendu la voix lamentable, la solitude et la désolation avaient été tolérables ; à cause d’elles, Londres avait paru vivre encore, et cette illusion de vie m’avait soutenu. Puis, tout à coup, un changement, le passage de je ne sais quoi, et un silence, une mort qu’on pouvait toucher, et rien autre que cette paix mortelle.

    Toute la ville semblait me regarder avec des yeux de spectre. Les fenêtres des maisons blanches étaient des orbites vides dans des crânes, et mon imagination m’entourait de mille ennemis silencieux. La terreur, l’horreur de ma témérité s’emparèrent de moi. La rue qu’il me fallait suivre devint affreusement noire, comme un flot de goudron, et j’aperçus, au milieu du passage, une forme contorsionnée. Je ne pus me résoudre à m’avancer plus loin. Je tournai par la rue de St. John’s Wood et, à toutes jambes, je m’enfuis vers Kilburn, loin de cette intolérable tranquillité. Je me cachai, pour échapper à l’obscurité et au silence, jusque bien longtemps après minuit, dans le kiosque d’une station de voitures de Harrow Road. Mais avant l’aube, mon courage me revint, et, les étoiles scintillant encore au ciel, je repris le chemin de Regent’s Park. Je me perdis dans la confusion des rues, mais j’aperçus bientôt, au bout d’une longue avenue, la pente de Primrose Hill. Au sommet de la colline, se dressant jusqu’aux étoiles qui pâlissaient, était un troisième Martien, debout et immobile comme les autres.

    Une volonté insensée me poussait. Je voulais en finir, dussé-je y rester, et je voulais même m’épargner la peine de me tuer de ma propre main. Je m’avançai insouciant vers le Titan ; comme j’approchais et que l’aube devenait plus claire, je vis une multitude de corbeaux qui s’attroupaient et volaient en cercles autour du capuchon de la machine. À cette vue, mon coeur bondit et je me mis à courir.

    Je traversai précipitamment un fourré d’Herbe Rouge qui obstruait St. Edmund’s Terrace, barbotai, jusqu’à mi-corps, dans un torrent qui s’échappait des réservoirs de distribution des eaux, et avant que le soleil ne se fût levé, je débouchai sur les pelouses. Au sommet de la colline, d’énormes tas de terre avaient été remués, formant une sorte de formidable redoute : c’était le dernier et le plus grand des camps qu’établirent les Martiens. De derrière ces retranchements, une mince colonne de fumée montait vers le ciel. Contre l’horizon, un chien avide passa et disparut. La pensée qui m’avait frappé devenait réelle, devenait croyable. Je ne ressentais aucune crainte, mais seulement une folle exultation qui me faisait frissonner, tandis que je gravissais, en courant, la colline vers le monstre immobile. Hors du capuchon, pendaient des lambeaux bruns et flasques que les oiseaux carnassiers déchiraient à coups de bec.

    En un instant, j’eus escaladé le rempart de terre, et, debout sur la crête, je pus voir l’intérieur de la redoute ; c’était un vaste espace où gisaient, en désordre, des mécanismes gigantesques, des monceaux énormes de matériaux et des abris d’une étrange sorte. Puis, épars çà et là, quelques-uns dans leurs machines de guerre renversées ou dans les machines à mains, rigides maintenant, et une douzaine d’autres silencieux, roides et alignés, étaient des Martiens – morts – tués par les bacilles des contagions et des putréfactions, contre lesquels leurs systèmes n’étaient pas préparés ; tués comme l’était l’Herbe Rouge, tués, après l’échec de tous les moyens humains de défense, par les infimes créatures que la divinité, dans sa sagesse, a placées sur la Terre.

    Car tel était le résultat, comme j’aurais pu d’ailleurs, ainsi que bien d’autres, le prévoir, si l’épouvante n’avait pas affolé nos esprits. Les germes des maladies ont, depuis le commencement des choses, prélevé leur tribut sur l’humanité – sur nos ancêtres préhistoriques, dès l’apparition de toute vie. Mais, en vertu de la sélection naturelle, notre espèce a depuis lors développé sa force de résistance ; nous ne succombons à aucun de ces germes, sans une longue lutte, et contre certains autres – ceux, par exemple, qui amènent la putréfaction des matières mortes – notre carcasse vivante jouit de l’immunité. Mais il n’y a pas, dans la planète Mars, la moindre bactérie, et dès que nos envahisseurs Martiens arrivèrent, aussitôt qu’ils absorbèrent de la nourriture, nos alliés microscopiques se mirent à l’œuvre pour leur ruine. Quand je les avais vus et examinés, ils étaient déjà irrévocablement condamnés, mourant et se corrompant, à mesure qu’ils s’agitaient. C’était inévitable. L’homme a payé, au prix de millions et de millions de morts, sa possession héréditaire du globe terrestre : il lui appartient contre tous les intrus, et il serait encore à lui, même si les Martiens étaient dix fois plus puissants. Car l’homme ne vit ni ne meurt en vain.

    Les Martiens, une cinquantaine en tout, étaient là, épars, dans l’immense fosse qu’ils avaient creusée, surpris par une mort qui dut leur sembler absolument incompréhensible. Moi-même, alors, je n’en devinais pas la cause. Tout ce que je savais, c’est que ces êtres, qui avaient été vivants et si terribles pour les hommes, étaient morts. Un instant, je m’imaginai que la destruction de Sennachérib1 s’était reproduite : Dieu s’était repenti, et l’ange de la mort les avait frappés pendant la nuit.

    Je restais là debout, contemplant le gouffre. Soudain, le soleil levant enflamma le monde de ses rayons étincelants, et mon cœur bondit de joie. La fosse était encore obscure ; les formidables engins, d’une puissance et d’une complexité si grandes et si surprenantes, si peu terrestres par leurs formes tortueuses et bizarres, montaient, sinistres, étranges et vagues, hors des ténèbres, vers la lumière. J’entendais une multitude de chiens qui se battaient autour des cadavres, gisant dans l’ombre, au fond de la cavité. Sur l’autre bord, plate, vaste et insolite, était la grande machine volante qu’ils expérimentaient dans notre atmosphère plus dense, quand la maladie et la mort les avaient arrêtés. Et cette mort ne venait pas trop tôt. Un croassement me fit lever la tête, et mes regards rencontrèrent l’immense machine de guerre, qui ne combattrait plus jamais, et les lambeaux de chair rougeâtre qui pendaient des sièges des machines renversées, sur le sommet de Primrose Hill.

    Me tournant vers le bas de la pente, j’aperçus, auréolés de vols de corbeaux, les deux autres géants que j’avais vus la veille, et tels encore que la mort les avait surpris. Celui dont j’avais entendu les cris et les appels était mort. Peut-être fut-il le dernier à mourir, et son gémissement s’était continué sans interruption jusqu’à l’épuisement de la force qui activait sa machine. Maintenant, tripodes inoffensifs de métal brillant, ils étincelaient dans la gloire du soleil levant.
    (...)
    Herbert Georges Wells - La Guerre des mondes - 1899
    Livre second : La Terre au pouvoir des Martiens - VIII : Londres mort

    15 mars 2020

    La photo du mois : Monochrome

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    Précautions Coronavid19

    Conformément aux mesures de confinement sanitaire préconisées par le Gouvernement, nous recommandons de nettoyer méticuleusement votre écran et votre clavier avant la lecture de ce billet. 


    Nous vous remercions pour votre compréhension et votre coopération.


    Bonjour à tous, nous sommes le 15 Mars 2020 et malgré cette période un peu bizarre, c'est bel et bien l'heure de notre habituel rendez-vous avec La photo du mois.

    Nonobstant le vent de panique qui souffle sur l'hexagone et quelques autres pays de plus en plus nombreux, le principe de la photo du mois demeure inchangé : chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées en même temps sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

    Ce mois-ci, Magda627 a choisi de faire plancher le groupe sur le thème : Monochrome ou une seule couleur.

    Le sujet semblait facile de premier abord mais en pratique il s'est révélé coriace. J'avais beaucoup d'idées que je n'ai pas eu le temps de mettre en oeuvre, faute de m'y être pris suffisamment tôt. Et puis il fallait choisir une couleur... Le blanc est-il une couleur ? Quand au noir, Soulages a relativement épuisé la question...

    Je me suis donc rabattu sur une autre couleur, plutôt printanière, avec une photo faite de bric et de broc dans ma cuisine (on sous-estime beaucoup trop la cuisine comme lieu d'inspiration).


    Et hop ! Je pense être dans le thème.

    Avec l'aimable participation de Picou le cactus qui s'est docilement prêté au jeu, contrairement aux chats-minous beaucoup trop affairés à chasser le moucheron sauvage. Et puis, à l'instar de l'effet gyroscopique, les chats-minous ne monochromisent pas du tout. Bon...

    Profitez du confinement pour aller vois les réalisation des copains qui participent aussi à la Photo du mois: Akaieric, Betty, Blogoth67, Brindille, Christophe, Cynthia, Danièle.B, El Padawan, Escribouillages, Eurydice, FerdyPainD'épice, Frédéric, Gilsoub, Gine, Giselle 43, J'habite à Waterford, Jakline, Josette, Julia, La Tribu de Chacha, Laurent Nicolas, Lavandine, Lilousoleil, magda627, Marie-Paule, Marlabis, Mirovinben, Morgane Byloos Photography, Nicky, Philisine Cave, Pilisi, Pink Turtle, Renepaulhenry, Sous mon arbre, USofParis, Who cares?, Xoliv', écri'turbulente.

    28 février 2020

    Vendredi 28 février

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    Comme beaucoup d'autres, ce vendredi est arrivé sans crier gare. Lundi était à peine achevé que nous étions déjà mercredi soir. Et il aura suffi d'un rapide clignement des yeux pour que la semaine soit écoulée. Déjà.  

    Tant mieux, ou tant pis. J'aurais en effet une multitude de petites choses à faire, à terminer, à avancer. Mais la journée fut tellement dense, notamment la matinée passée à gérer et anticiper les urgences de lundi ainsi qu'une compression assez folle de mon agenda, que je me réjouis que s'annonce le weekend salvateur.

    Demain j'avais prévu d'aller faire une belle randonnée en montagne avec un ami, histoire de prendre l'air. Toutefois la météo peu clémente que l'on nous annonce ne donne guère envie de s'exposer aux éléments. Alors j'irai quand même à la montagne, prendre un bain de vapeur aux sources sulfurées d'une station où j'ai mes habitudes de vieux garçon. Cela me fera aussi le plus grand bien et relâcher la pression.

    Cette semaine j'ai croisé pour la première fois depuis que je lui ai claqué la porte au nez, ma connasse de boss. Cette femme détestable qui m'a fait tant de mal. A la faveur d'un déplacement professionnel, nous nous sommes trouvés dans le même couloir. En me voyant, elle a écarquillé les yeux, avec le sourire, quelque part entre curiosité, étonnement de me voir là, comme si nous étions en bons termes. Nos regards se sont croisés une fraction de seconde. Aussitôt une sorte de malaise m'a saisi, en même temps qu'une certaine colère attisée par toute la rancune et le mépris que cette méchante femme m'inspire.

    Elle m'a lancé un "bonjour". Passant à côté d'elle, j'ai adressé à la cantonade un "bonjour" terne et glacial sans même la regarder. Elle n'a pas cherché à m'approcher ni à me parler. J'ai en revanche discuté ostensiblement avec tous les connaissances croisées qui venaient spontanément à ma rencontre. Elle est partie une fois qu'elle eut terminé ce qu'elle était venu faire, en se gardant bien de m'adresser un regard. Je n'ai pas cherché à croiser à nouveau le sien.

    Mon mépris. Ma revanche.
    Froid.
    Implacable. 

    Cela m'a fait du bien.
    Beaucoup.

    Semaine dense, donc, entre semi-urgences, repas avec des amis, règlement de comptes, sport et ronrons des chats-minous toujours au sommet de leur forme. Je crois qu'il leur tarde que les beaux jours reviennent pour pouvoir se dorer la pilule sur le balcon.

    Le weekend commence ce soir et, avec lui, quarante-huit courtes heures de repos et de farniente. Mon agenda me prédit que la semaine prochaine sera éprouvante. Alors profitons vite.

    Ma vie presque ordinaire.

    18 février 2020

    Relisons Jean Cocteau

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    (...)
    Dans le temps, on se voyait. On pouvait perdre la tête, oublier ses promesses, risquer l’impossible, convaincre ceux qu’on adorait en les embrassant, en s’accrochant à eux. Un regard pouvait changer tout. Mais avec cet appareil, ce qui est fini est fini… Sois tranquille. On ne se suicide pas deux fois… Je ne saurais pas acheter un revolver… Tu ne me vois pas achetant un revolver… Où trouverais-je la force de combiner un mensonge, mon pauvre adoré ?… Aucune… J’aurais dû avoir du courage. Il y a des circonstances où le mensonge est utile. Toi, si tu me mentais pour rendre la séparation moins pénible… Je ne dis pas que tu mentes. Je dis : Si tu mentais et que je le sache. Si, par exemple, tu n’étais pas chez toi, et que tu me dises… Non, non, mon chéri ! Écoute… Je te crois… Si, tu prends une voix méchante. Je disais simplement que, si tu me trompais par bonté d’âme et que je m’en aperçoive, je n’en aurais que plus de tendresse pour toi… Allô ! … allô…
    (...)

    Jean Cocteau, La voix humaine (1929)
    Ed. Stock

    15 février 2020

    La photo du mois : Mes bonnes résolutions pour 2020

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    Bonjour à tous, nous sommes le 15 Février 2020. C'est l'heure de notre habituel rendez-vous avec La photo du mois.

    Le principe demeure inchangé : chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées en même temps sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

    Ce mois-ci, c'était à mon tour de choisir le thème pour le groupe : Mes bonnes résolutions pour 2020.

    Mes indications étaient les suivantes :
    Quelles sont vos bonnes résolutions pour la nouvelle année ? Montrez-le-nous en image.
    Pour ma photo de ce mois-ci, j'ai sorti de ma caisse à outils mon plus beau marteau à paillettes (jugez par vous-mêmes).

    En effet mes bonnes résolutions de l'année sont de faire des travaux dans mon appartement qui a besoin d'un petit rafraîchissement. En particulier j'ai décidé d'ouvrir la cloison entre la cuisine et le salon pour y installer une verrière et gagner ainsi en luminosité. On voit d'ailleurs un bout du résultat sur la photo.

    Évidemment les chats-minous sont de la partie. Après être sortis du placard où ils s'étaient réfugiés le temps que les ouvriers cassent tout, ils n'en n'ont pas cru leurs moustaches et sont restés un moment à regarder "à travers" le mur, comme s'ils avaient soudain été investis de super-pouvoirs chatminoutesques. Pistache en est encore toute émoustillée.

    Les connaisseurs de Miyazaki reconnaîtront certainement le petit personnage sur la caisse à outils. Pourquoi est-il là ? À vrai dire, je l'ai installé à la dernière minute. Parce que j'en avais envie. Et parce que c'est un personnage bienveillant et malicieux qui m'inspire joie et bonheur.

    Et qu'au delà des travaux dans mon appartement, je crois surtout que j'ai pris la résolution d'être heureux cette année.

    Les bonne résolutions continuent sur les autres blogs participants : Akaieric, Betty, Blogoth67, Chris M, Christophe, Cynthia, Danièle.B, El Padawan, Eurydice, FerdyPainD'épice, Frédéric, Gilsoub, Gine, Giselle 43, J'habite à Waterford, Jakline, Josette, Julia, La Tribu de Chacha, Laurent Nicolas, Lavandine, Lilousoleil, magda627, Marie-Paule, Marlabis, Mirovinben, Morgane Byloos Photography, Nicky, Philisine Cave, Pilisi, Pink Turtle, Renepaulhenry, Shandara, Sous mon arbre, USofParis, Who cares?, Xoliv', écri'turbulente.

    14 février 2020

    Love can damage your health

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    Il m'arrive régulièrement de faire de très belles rencontres mais j'ignorais qu'en dépit de son jeune âge ce garçon ferait partie de celles-là.

    Nous nous sommes vus pour la première fois il y a un an et demi dans un pub de Toulouse. Un rencard pour prendre un verre, discuter et faire connaissance. Un très beau garçon, bien bâti. Un magnifique ourson. Souriant, l’œil malicieux, le rire franc et clair, j'ai aussitôt été séduit par sa fougue juvénile et son intelligence aiguë. Ce soir-là nous nous quittâmes fort tard, non sans avoir échangé un baiser en pleine rue. Emporté par l'instant, je goûtais alors la douceur de sa barbe et la caresse de ses mains sur mon visage. Indubitablement cette première fois en appellerait d'autres. 

    Nous devions nous revoir quelques semaines plus tard et finirons comme deux adolescents à nous embrasser au milieu de la nuit sous le porche d'une bibliothèque municipale, par une pluie battante. S'ensuivirent un certain nombre, où nous nous vîmes de manière plus intime. Et malgré quelques temps morts, lui absorbé par ses études et moi par mon travail, nous devions toujours rester en contact, notre complicité allant crescendo, toujours avec une facilité désarmante.

    Voici quelques semaines, il me disait qu'il n'était pas bien et qu'il déprimait un peu. Afin de lui remonter le moral, et parce j'avais très envie de le revoir, je débarquais chez lui un soir et lui apportais une demi-douzaine de plaquettes de chocolat de toutes sortes, à la manière de ce que je faisais, autrefois, dans une autre vie, avec cette fille que je croyais pouvoir aimer... Nous passâmes une longue soirée à discuter et à nous faire des câlins dans le secret de sa chambre. Il me parlait de ses cousines, de son weekend en famille à venir, de ses parents qui connaissent mon existence et de sa mère en particulier qui lui demande parfois de mes nouvelles... C'était il y a trois semaines.

    De manière totalement imprévue, les choses devaient s'accélérer ces jours-ci. En effet tous les deux allons assister tantôt au même concert, chacun de son côté. Alors que je lui demandais quelle était son numéro de place afin que j'en réserve une à proximité, il me révélait qu'il devait y aller avec un "date". Et ce "date" n'était pas moi... 

    La nouvelle m'a fait l'effet d'un uppercut. J'étais sonné.  Sentant poindre le malaise, il s'est excusé de la situation et de son caractère étrange. Pour ne pas l'accabler, je lui répondis que ce n'était pas grave, que cela ne m'empêcherait pas de profiter du spectacle. Inutile de préciser qu'intérieurement j'étais dévasté. Je comprenais alors que ce garçon était bien plus important à mes yeux que je ne l'avais cru. 

    Le lendemain nous avons discuté de ce que nous nous étions dit la veille. Nous avons essayé de mettre un peu de clarté dans une situation spontanée et irréfléchie. Je lui ai dit certaines choses et cru en comprendre d'autres, assez bouleversantes. La situation semblait progresser dans le bon sens. Plus tard dans la journée, nous nous croiserons en ville par le plus grand des hasards  et échangerons  un baiser rapide après qu'il m'a pris dans ses bras. Je ne vous raconte pas l'ascenseur émotionnel que j'ai vécu ! 

    Pourtant, mille questions m'assaillaient. Au-delà du baiser qu'il m'avait volé dans la rue mardi, quel était le dénominateur commun à toute cette histoire ? Fallait-il y voir le commencement d'un "nous"? Regardions-nous dans la même direction ? Ou bien cette impression n'était elle que le fruit d'un emportement contre lequel je croyais pourtant avoir appris à lutter ? 

    Par chance, il était prévu de longue lune qu'il vienne manger à la maison hier soir. Ce qui fut fait. L'occasion parfaite de pouvoir se dire des choses. 

    Je l'ai attendu avec excitation et une certaine anxiété. J'avais pour l'occasion pris plaisir à cuisiner pour lui, comme j'ai plaisir à cuisiner pour les gens que j'aime en général. Et j'avais préparé son dessert préféré, de la mousse au chocolat. 

    Vautrés dans le canapé, blottis l'un contre l'autre comme deux gros chats, nous nous sommes laissés aller à une effusion de câlins avec beaucoup tendresse. Car au delà de l'attirance physique et sexuelle, nous éprouvons une infinie tendresse l'un envers l'autre. Se levant soudain il s’exclamât : "J'ai un cadeau pour toi", en me tendant un petit paquet. Un livre. Joanne Harris, Chocolat. "C'est pour te remercier de tes bons soins" rétorqua-t-il. J'étais évidemment très touché par cette délicate attention.

    Nous avons ensuite beaucoup discuté, à cœur ouvert, sans tabou ni retenue. Je crois que j'ai rarement eu de discussion de la nature de celle de ce soir. Lorsque la parole est libre et que l'on sait que l'on ne sera pas jugé. Lorsque les enjeux dépassent la simple mise au point mais relèvent, de part et d'autre, de l'expression des sentiments les plus profonds.

    La discussion a évolué sur tout un tas sujets, comme à chaque fois. Ses angoisses, ses besoins, ses envies, ses doutes. Puis des choses plus essentielles, comme son impossible engagement ferme dans une relation unique, m'exposant notamment son besoin de pouvoir continuer à papillonner. Chose qui m'est insupportable. Je le lui ai dit. C'est un point sur lequel nous sommes inconciliables. 

    Nous sommes revenus ensuite sur ce que nous nous étions dit dans la semaine et sur notre embryonnaire relation, qui est bien au-delà du stade de la simple amitié. Au milieu de la soirée, il m'a dit que l'on verrait bien comment tout cela évoluerait. Oui, nous verrons bien. Même si mon opinion est claire. 

    Je me faisais une joie de me dire que j'avais probablement rencontré quelqu'un avec qui je pourrais envisager de construire un chemin à deux, partager et former des projets. Néanmoins, fort de mon expérience et sûr de ce que je ne veux pas, je sais déjà, nonobstant l'affection sans limite que je lui porte, que je ne peux ni ne dois rien attendre de lui.

    Love can damage your health.


    6 février 2020

    Ça - Chapitre 2

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    Réalisé par Andy Muschietti.

    Avec : Bill Skarsgård,  Bill Skarsgård, James McAvoy, Jessica Chastain, Jaeden Lieberher, Finn Wolfhard...

    Genre : Freddy Krueger à la fête foraine.

    Durée : Long.

    Synopsis :  Telle une poussée d'herpès génital, Pennywise refait brutalement irruption dans la vie de Bill, Beverly, Richie et toute la bande du Club des Cinq.

    Après que ces derniers ont découvert les joies du libéralisme et quitté la charmante ville de Derry, chacun s'en est allé vivre sa vie d'adulte épanoui de bibliothécaire raté, de femme battue ou de comique névrosé. Le rêve à l'américaine quoi. Et depuis 27 ans, la marmaille a bien grandi et certains des laiderons d'autrefois sont devenu ma foi très "sehr graou".

    Car Pennywise le clown farceur qui s'ennuyait un peu trop tout seul au fond des égouts, a toute une nouvelle collection de ballons qui flottent à distribuer à tous les ch'tites n'enfants du quartier. Succès garanti. 

    Dis, tu veux un ballon ? Hein, dis, tu veux un ballon ?
    Ils floooOoootent...

    Extraits (attention, divulgâchage...) :

    ♪♫ On s'était donné rendez-vous dans dix ans...♪♫
    - Tu VeUx Un BalLoOooOon ?
    [Cronch !]
    ♪♫ Qu'est-ce que tu fais pour les vacances ? ♫♫
    - BOUH !
    [Cronch !]
    ♫ Moi je n'ai pas changé d'adresse...♪♫
    - Affreux jojo va !
    - Ouééééé on a gagné !

    L'avis de la rédaction : Après un premier opus prometteur (voir notre très brillante critique ici), l'attente était grande - et tout particulièrement de la part de l'auteur de ces lignes - quand à ce second et dernier volet de l'adaptation du roman éponyme signé Stephen King, alias le maître l'horreur.

    Hélas, le ballon prétendument horrifique de Ça - Chapitre 2 fait pchhiiit comme une meringue mal cuite, à l'image du scenario mal ficelé de cette guignolade rapidement décevante. 

    Indéniablement le réalisateur se fait plaisir et il fait plaisir à ses acteurs - qui jouent d'ailleurs bien, ce n'est pas tellement le problème. Mais la fesse s'ennuie douloureusement sur son fauteuil (indice de Maloku 19 sur 12) au gré des longueurs qui jonchent la fête foraine.

    On reconnaîtra néanmoins à Ça - Chapitre 2 le mérite de donner - enfin ! - une explication un peu plus intéressante (quoique assez ridicule) à la fin de l'histoire, en tout cas meilleure que ne l'avait fait la mini-série de référence que tout le monde connaît. A cet égard le spectateur ne pourra s'empêcher de se remémorer "La résistible ascension d'Arturo Ui" et les paroles que Bertolt Brecht met dans la bouche de son personnage Ernesto Roma : 
    Le jour viendra où ceux que tu as fait abattre
    Se dresseront, Arthur, et ceux que tu feras
    Abattre à l'avenir. Un peuple surgira,
    Et tous ils marcheront contre toi, une armée
    Sanglante, haine au cœur, et, seul, tu chercheras
    Une aide en vain des yeux, l'aide que j'ai cherchée.
    Alors menace, implore, et maudits et promets !
    Nul ne t'écoutera ! Nul ne m'a écouté !
    Nul doute que le réalisateur est un fin connaisseur de l’œuvre du dramaturge Bavarois. En revanche l'Histoire ne dit pas si Brecht lisait King... Hélas, quelques silences gardés ne permettent pourtant pas au spectateur de tout comprendre sur l'origine et la nature du fléau, sans avoir lu l’œuvre originale, en trois tomes s'il vous plaît et qui a judicieusement bénéficié d'une nouvelle édition pour l'occasion. Comme quoi, tout ne flotte pas pour tout le monde ici-bas.
    Enfin et surtout, si vous cherchez le grand frisson, lisez plutôt le programme politique du RN aux prochaines élections municipales ou le projet social de LREM pour la fin du quinquennat. Chair de poule garantie !

    Bref, si vous tenez absolument à voir Ça - Chapitre 2 programmez vous une soirée avec des potes, de la pizza et de la bière et regardez autre chose.

    Note finale : Boite à meuh qui fait "coin".

    31 janvier 2020

    Dix petites choses que je n'ai pas faites depuis longtemps

    7 commentairess
    1/ Manger une crêpe au Nutella. Je mange rarement du Nutella. Je mange rarement des crêpes. Le croisement des deux est la conjonction de deux raretés. Et c'est si bon !

    2/ Passer une soirée entière à lire. Sans que la télé, divertissement facile, ne soit allumée. Une soirée canapé avec un fond de radio, probablement emmitouflé dans un plaid, les chats-minous blottis contre moi. J'ai entrepris au commencement de mes vacances, la lecture d'un ouvrage fabuleux que m'avait conseillé un ami il y a quelques années. La part de l'autre, qui raconte en un récit croisé, la vie de Adolf Hitler telle que nous la connaissons et telle qu'elle aurait pu être s'il avait été reçu au Beaux Arts. Je recommande.

    3/ Aller rendre visite à la citée médiévale de Carcassonne. La vieille dame de pierres. J'aime me promener le long de ses remparts en imaginant les batailles auxquelles ils ont pu assister et dont les livres d'histoire ont oublié le nom.

    4/ Organiser un dîner à la maison. Cela fait un sacré bout de temps que je n'ai pas passé un après-midi entier aux fourneaux pour des convives. Bien que cela soit épuisant, expectative du plaisir forme toujours de jolis moments.

    5/ Aller marcher dans la neige. Toulouse est bien avare en flocons. Si je suis un grand amateur de la montagne, je ne suis pas un grand amateur des sports d'hivers. Le ski, la foule des pistes et l'attente aux remontées mécaniques, me barbent au plus haut point. Fidèle à mes amours premières et à mes besoins contemplatifs, c'est à pied, dans la solitude d'un sentier se déroulant sous mes pas qu'elle m'est la plus agréable. Cela est également valable avec des raquettes aux pieds. 

    6/ Rendre visite aux copains lyonnais. Et il y en a beaucoup, que je vois trop rarement à mon goût.

    7/ Cuisiner un coq au vin. Cela fait des années que je n'en ai pas préparé. C'était l'un des plats préférés de mon grand père. Mets de fête idéal pour les grands repas familiaux de la Toussaint et souvent de mise aux alentours de Noël, c'était un des plats que ma grand-mère cuisinait toute une journée sur son fourneau à bois. J'en garde des souvenirs formidables. Une idée qui va de pair avec la n°4...

    8/ Prendre un bain avec des huiles essentielles. Certes ce n'est pas écolo du tout. Mais... c'est tellement agréable.

    9/ Manger une coupelle de chantilly fraîche. C'est l'un de mes plaisir coupables les plus régressifs. J'adore la chantilly, faite maison, avec de la crème entière à 35% ou 40% et juste une pointe de sucre. Ne me demandez pas pourquoi. C'est comme ça. Et si, avant de la battre, vous ajoutez de la pâte de pistache à votre crème, l'orgasme culinaire est à portée de petite cuillère.

    10/ Frotter le museau d'un cheval. J'aime beaucoup les animaux en général (pas seulement cuits) et j'aime beaucoup les chevaux en particulier. Les chawals. Je crois que j'aime leur intelligence et leur sensibilité en même temps que leur folie chawalesque. C'est parfois un peu fifou un cheval. Et très malin. Lorsqu'en me promenant j'en croise un dans un pré, je m'approche toujours de la clôture pour voir s'il vient vers moi puis essayer de lui frotter le museau et de lui donner une poignée d'herbe fraîche à brouter. Tiens, j'avais déjà écrit sur ce sujet en 2010. Le dernier vu dans ce cas de figure l'été dernier, ne s'était, hélas, pas montré très coopératif... 

    Et vous, quel est ce petit plaisir que vous vous êtes refusé depuis longtemps ?

    29 janvier 2020

    Et bonne année quand même

    1 commentaires
    Si à l'instar d'un certain nombre, vous me demandiez comment je vais en ce début d'année, je vous répondrais "Je vais". Non pas que cela aille mal, mais parce que cela ne va pas nécessairement "très bien" ni "bien". Je vais. Et ce n'est déjà pas si mal. 

    Je pensais pourtant que mes deux semaines de vacances à la Réunion m'aideraient à avoir une patate d'enfer à mon retour. Raté. Ou du moins, pas vraiment réussi. Est-ce que j'ai profité de mes vacances à la Réunion pour me reposer, déconnecter totalement, changer d'air ? Oui, indéniablement. Est-ce que j'ai aimé mes vacances à la Réunion ? Évitons d'être manichéens. Disons que je n'y ai pas trouvé ce que je pensais pouvoir venir y chercher. 

    Oui c'est beau. Oui c'est vert. Oui c'est dépaysant.  Oui il y a de jolies randonnées. Mais... J'ai commencé par essuyer les dernières salves d'une tempête tropicale qui sévissait sur l'île Maurice. De la pluie donc. Pas quelques gouttes. La mousson. Un rideau d'eau qui se fracasse sur les maisons, les arbres, les voitures. Les ruisseaux deviennent torrents. Les rivières s'invitent sur les routes. Les roches s'effondrent et barrent parfois le passage, ce qui est très embêtant lorsque, comme cela est assez fréquent dès que l'on dépasse une certaine altitude, il n'y a qu'une seule route. 

    Quand il pleut à la Réunion, il n'y a rien à faire. Il faut attendre que cela passe. Et cela peut durer des jours. En cumulé, un tiers de mon séjour s'est déroulé sous une pluie battante. Un autre bout sous une grisaille terne. Le reste, cinq jours, sous un beau soleil. C'est maigre.

    Une fois que la pluie a cessé, que la boue a un peu séché et que les cours d'eau sortis de leur lit ont cessé de rendre leurs abords dangereux, on peut s'aventurer sur les sentiers dans les cirques. En partant tôt le matin, vers six heures ou sept heures, pour ne pas suffoquer sous la canicule qui s'installe dès dix heures en cette période d'été.

    Alors, oui on voit de belles choses : des plantes dont l'envergure dépasse, de plusieurs mètres, le court périmètre du pot dans lequel elles sont confinées sous nos latitudes ; des reliefs abrupts déchirés par les mains de quelque géant ; des paysages étonnants ; parfois au loin, entre deux sommets, un coin d'océan perdu. 

    Mais jamais je n'ai été pris aux tripes par l'étourdissement du grandiose. Jamais je n'ai ressenti l'ivresse grisante de l'immensité pittoresque. Celle-là même que je ressens pourtant à chaque fois que je vais me balader sur le premier sentier de randonnée dans les Pyrénées, non-loin de Toulouse. Car à la Réunion, le regard ne porte pas plus loin qu'à une poignée de kilomètres. La vue est immédiatement coupée par le relief volcanique. À moins de regarder vers l'océan et son horizon désespérément vide lequel, pas plus ici que là-bas, ne suscite chez moi aucune émotion particulière.

    La randonnée sur le volcan du Piton de la Fournaise ne m'aura pas davantage laissé de souvenir impérissable. Oui, c'est "joli". On a l'impression d'être arrivé sur la lune. Mais c'est rapidement répétitif. L'accès en voiture par une piste cahoteuse, devient vite extrêmement pénible. Il faut rouler au pas afin de ne pas casser un essieu. On tangue violement des pieds à la tête plusieurs fois par mètre. Cette partie du trajet, à l'allée comme au retour, m'a paru interminable. Une fois garé, le sac  rempli de flotte arnaché sur le dos, les membres et le visage tartinés de crème solaire indice maximum ultra haute protection, une longue marche débute. Passé le folklore des premières minutes, le paysage est rapidement monotone : sous nos pieds, de la lave antique forme un relief constamment irrégulier et désagréable ; au loin, et ce sera ma destination, la masse uniformément noire du cône volcanique, semblable à un terril, qu'il faudra gravir pas après pas, gagner mètre après mètre, en cherchant sans cesse sa route. Et tout du long,il n'y a rien à voir, aucun panorama, aucun paysage. De l'abnégation, de l'endurance et le plaisir de l'effort doivent l'emporter.

    Alors, si, tout de même, au bout du compte l'on finit par arriver au bord du cratère qui nous confronte au gigantisme d'un volcan. Mais si ce n'est le besoin de recharger un peu les batteries, j'aurais pu faire le chemin du retour sitôt arrivé. J'ai un peu honte de l'écrire mais j'ai pris sur moi pour attendre et trouver un intérêt à être là... Je ne regrette pas de l'avoir fait car j'ai la satisfaction d'être allé au bout pour moi. Mais je n'en ai retiré aucun réel plaisir. Ce fut un joli challenge, dénué réel attrait. Je suis probablement beaucoup trop mal habituée avec mes Pyrénées qui m'offrent tout ce dont j'ai besoin et même davantage. 

    Un autre élément qui a peut-être contribué à ce médiocre résultat global, est d'avoir été logé chez de la famille qui habite en hauteur, à trois quart d'heure du littoral. Au calme le plus total, certes, dans un cirque très prisé et au cœur d'un site naturel exceptionnel, certes encore. Mais loin de tout. Chaque déplacement passait invariablement par l'interminable succession de virages d'une très pénible route de montagne. Probablement trop peu d'intimité rélle aussi, contraint par le carcan familial, et dans une zone de l'île sujette aux pluies. En contrepartie, j'ai vécu et mangé "comme là-bas" pendant quinze jours pour presque rien, et découvert plein de choses sur la vie locale inaccessibles au touriste lambda. Encore une fois, le bilan est sur ce point en demi-teinte. 

    Je suis parti sans savoir ce que j'allais trouver. Je sais désormais de quoi j'ai besoin et ce qu'il me faut aller chercher pour revenir les yeux pleins d'étoiles. Lorsque je repartirai. Car mon bonheur - simple - est en réalité à portée de main lorsqu'il s'agit de nature et de paysages. Mais l'envie de voyager est toujours là.

    Cela fait maintenant un peu plus de quinze jours que je suis rentré mais déjà je me sens bouffé par mon quotidien. Un contexte social et professionnel particulièrement anxiogènes ; un avenir professionnel loin d'être serein ; un stress quotidien de nouveau détestable ; un plaisir au boulot perfectible. L'année ne commence pas de la meilleure des manières. Loin de me contenter, j'essaie au moins de m'en satisfaire en m'efforçant de voir le verre à moitié plein, plutôt qu'à moitié vide.

    J'aurais parfois envie de tout plaquer, de tout arrêter, d'avoir un boulot qui ne serait que plaisir et qui n'exposerait pas au conflit permanent. Un boulot satisfaisant intellectuellement mais peut-être avant tout satisfaisant humainement. Gagner une somme importante à la loterie et ne plus en avoir rien à foutre de rien. Pouvoir être odieux avec les emmerdeurs, sans craindre quoi que ce soit. S'il ne résout pas tout, l'argent en abondance permet une certaine forme d'impunité. Une certaine forme d'insouciance, au-delà des strictes limites matérielles.

    Alors vous comprendrez pourquoi, lorsque l'on me demande comment cela va en ce moment, je réponds "je vais". Ce n'est pas bien terrible. Mais c'est déjà pas mal, tout de même. 

    Et tant qu'il est encore temps, puisque je ne l'ai pas encore fait ici : bonne année à tous et à chacun, quand même !

    15 janvier 2020

    La photo du mois : Perspective

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    Bonjour à tous, nous sommes le 15 Janvier 2020. Bonne année à tous et à chacun ! C'est l'heure de notre habituel rendez-vous avec La photo du mois.

    Le principe demeure inchangé : chaque mois les blogueurs participants publient une photo en fonction d'un thème donné à l'avance. Toutes les photos sont publiées en même temps sur les blogs respectifs des participants, le 15 de chaque mois, à midi, heure de Paris.

    Ce mois-ci, nous devions traiter le thème Perspective, proposé par Frédéric et qui nous donnait les indications suivantes :
    « Technique de représentation de l'espace et de ce qu'il contient en fonction de lignes de fuite (généralement convergentes). » Plus simplement, prenez deux lignes (voire davantage) qui partent vers une même direction. Elle peuvent aussi se rejoindre en un point (telle une route). Astuce : prendre une photo en positionnant son appareil photo au plus près du sol accentuera la perspective du sujet (que vous avez choisi de photographier).
    J'aurais aimé utiliser une photo prise lors de mes dernières vacances au soleil mais aucune ne correspond au thème. J'ai donc dû fouilller dans mes archives. 


    La photo que je présente a été prise en Ariège, à la fin de l'été dernier, au départ d'une très jolie randonnée vers les lacs de Fontargente. 

    Un endroit au bout du monde, d'un calme absolu et aux paysages grandioses, comme le sont les espaces pyrénéens. Cette randonnée m'a tellement plu que je l'ai faite deux weekends d'affilée.