• A propos
  • M'écrire
  • Facebook
  • Instagram
  • Lutte Nuptiale
  • Premières fois
  • Identités Singulières
  • Twitter
  • 19 février 2010

    Plaisir d'offrir

    14 commentairess
    Cela peut paraître égoïste mais je ne ramène que très peu de cadeaux de voyages. La première raison est que je voyage assez peu, même si lorsque cela m'arrive je voyage assez loin. Les occasions de revenir les bras chargés de babioles ne sont par conséquent pas légion. La seconde raison est que je n'aime guère les souvenirs de voyage. Qui a déjà rêvé de recevoir un chien en coquillages, un tshirt "I Love Melun" totalement immétable, un décapsuleur tour-Eiffel, un pin's du Taj Mahal ou une reproduction au 1/500° de la Statue de la liberté qui clignote ? Le plus souvent on ne sait pas quoi en faire, on le pose juste pour faire plaisir sur le buffet dans le salon avant de s'en débarrasser plus ou moins définitivement par une chute fatale dont on essaie de se convaincre du caractère purement fortuit. Néanmoins, et par bonne conscience, je m'astreins autant que possible à rapporter deux ou trois bricoles à mes proches en mettant un point d'honneur à taper dans le produit local, made-in-le-village-d'à-coté ou représentatif de mes pérégrinations lointaines, tel que de l'artisanat un peu roots, ou une bonne bouteille de gnôle du coin.

    Il y a quinze jours c'était à mes parents de prendre la poudre d'escampette à destination de la Sardaigne. Et comme de coutume ma mère est revenue une semaine plus tard les valises pleines de jolis souvenirs... Le plaisir d'offrir que voulez-vous !

    J'ai déjà nommé un certain nombre de ce que j'estime relever des cadeaux les plus nases de la planète. Il y en a d'autres, je vous épargnerai une litanie qui pourrait vous rappeler de mauvais souvenirs, soit que vous ayez reçu personnellement l'un d'eux, soit que vous vous aperceviez soudain en avoir offert un par inadvertance par le passé, comprenant du coup la drôle de tête du gratifié à l'instant où il découvrait, horrifié, le contenu du paquet que vous lui aviez remis avec toute la fierté dont vous êtes capables. Mais là, j'avoue... mon imagination n'avait pas osé franchir certaines limites pourtant bien repoussées.

    Car une fois que ma mère nous ait remis à chacun notre dû,  elle aussi arborant alors une certaine forme de fierté, j'eus le plaisir (feint) de découvrir, après avoir déballé l'épaisse couche de papier-bulle enveloppant la chose, je vous le donne en mile :

    Un superbe repose cuillère............ jaune ...
    - C'est de la porcelaine Sarde ! Et peinte à la main !
    lança fièrement ma mère, le regard triomphant de cette belle trouvaille, comme s'il s'était agit de porcelaine de Sèvres.
    Me forçant à esquisser un sourire vaguement crispé, je la remerciai pour ce présent magnifique  (un repose cuillère ! gmwarpf...) et me demandais in peto ce que j'allais bien pouvoir faire de ce bidule aussi utile que l'est un fer à repasser à un cheval.

    Un repose cuillère............. jaune...!

    De retour chez moi, je pose machinalement l'objet à coté de ma plaque vitro et contemple sur le seuil de la porte la faute de goût irrattrapable que provoque l'intrus et sa jaunitude coupable. Moi qui m'étais promis de n'en jamais posséder un !

    Et puis vint ce soir...
    Le drame.
     
    Ce soir je préparais à dîner des légumes à l'étouffée avec un peu d'agneau grillé. Cuisiner sans sortir au moins deux fourchettes et une spatule, désolé, je ne sais pas faire. Oui, ça fait de la vaisselle en plus à nettoyer, mais comme j'ai une machine qui s'occupe de la basse besogne à ma place, ces questions là l'entrent pas en considération lorsque je me mets aux fourneaux.
    Mes légumes arrivaient au point de cuisson idéal (encore croquants mais cuits), la viande présentait des faces brunies à souhait d'où perlaient de délicates goutes de sang juste rosé, mes papilles frétillaient déjà d'impatience, lorsque je posai machinalement mon doigt sur la surface tactile pour stopper la cuisson. Mon regard accompagnant mon geste j'eus la surprise, que dis-je, la stupeur de constater que mes fourchettes et spatules sales avaient élu domicile provisoire sur le reposoir en porcelaine... Aaaaargh... A cet instant l'horreur de la situation atteignit son paroxysme : j'étais déjà conditionné, à l'insu de mon plein gré !!! Je m'étais servi du repose-cuillère-jaune-peint-à-la-main-en -porcelaine-Sarde...

    Je suis maudit, irrécupérable...
    Vite, passez moi une enveloppe que j'en finisse !

    Boarf...
    Finalement, c'est bien pratique ce bidule. smileys Forum

    17 février 2010

    Epopée Brésilienne - Episode 6 : Iguaçu

    5 commentairess
    Après avoir brillamment survécu à la douche de la mort et terminé notre excursion au milieu des champs, nous nous envoyons à nouveau en l'air pour quelques heures, le temps de faire escale à Sao Polo pour gagner la ville de Iguaçu, frontalière de l'Argentine et du Paraguay, à la découverte de l'une des merveilles de la nature : les chutes d'Iguaçu, où nous resterons 2 jours.

    Couchés à 1 heure du matin, c'est à peine quatre heures plus tard que le réveil nous tire du sommeil. On avale vite fait un café et une tartine, et zou nous filons à l'aéroport. Décollage à 6h30, escale à Sao Polo pour arriver à destination en tout début d'après midi.
    Vous aussi vous vous demandez pourquoi on n'a pas pris un vol direct hein ? Nan passke Sao Polo c'est pas tout à fait la même direction que Iguaçu... Hé bien ma chère Simone, pour gagner du temps ! Oui. On vole plus longtemps, certes, mais on arrive plus tôt. Question d'horaires, et de timing serré.

    Il est environ 14h, nous nous posons à l'aéroport de Foz De Iguaçu et grimpons aussitôt dans le bus, accueillis par notre nouvelle guide, tonique, péchue et cultivée à souhait, et prenons sans tarder la direction du parc naturel de Iguaçu. On est là pour visiter, et pas une seconde n'est épargnée : au pas de charge !!

    Quand on parle de chutes monumentales, on pense tout de suite à celles du Niagara. Mais très peu à Iguaçu. Et pourtant...
    Les chutes d'Iguaçu sont situées en plein coeur d'un immense parc national s'étendant sur des dizaines de milliers d'hectares partagés entre le Brésil et l'Argentine classé patrimoine mondial de l'UNESCO dans les années 1980. En réalité il ne s'agit pas d'une simple chute d'eau mais de dizaines et dizaines de cascades qui se mêlent les unes aux autres pour former un ensemble proprement ahurissant. Si l'essentiel d'entre elles sont situées en territoire Brésilien, le coté Argentin offre un spectacle non-moins féérique.

    Après avoir pénétré la réserve naturelle sur les premiers kilomètres en car, nous progressons désormais à pied le long d'un sentier aménagé, au milieu des arbres immenses sur les troncs desquels poussent des orchidées sauvages, tandis que de grands papillons multicolores se posent sur nous, attirés par le sel de notre transpiration. Le soleil cogne très fort tandis qu'au loin gronde le tonnerre des eaux déchainées.

    Nous faisons également connaissance avec les coatis, petits animaux sauvages de la même famille que le raton laveur, mais à poil raz. Le coati est à Iguaçu ce que les pigeons sont à Paris, en moins laid : ça bouffe tout et surtout n'importe quoi, il y en a partout, mais c'est tout mignon et voleur !  En revanche gare aux quenottes qui ont l'air bien pointues... Les panneaux sont formels qui nous déconseillent de leur donner à manger ou de les caresser et les gardes forestiers qui passent de temps en temps les chassent en claquant des mains. Elles sont marrantes ces bestioles. On a envie de leur faire un rô câlin tellement elles sont mimi...


    Peu à peu, à travers la brousse, les premières cascade font leur apparition. Puis la vue se dégage... Un spectacle de carte postale !  Devant nous se déploient des chutes gigantesque dans un fracas apocalyptique. Les chutes ne se dévoilent pas du premier coup mais se découvrent et se redécouvrent sous un jour nouveau au fur et à mesure que nous marchons. Si le paradis existe, il doit ressembler à cela...


    Le site très bien fait permet par une série de passerelles de venir quasiment au pied des chutes où la force de l'eau produit un courant d'air puissant mêlé d'embruns. Nous sommes trempés de la tête aux pieds mais la chaleur aura tôt fait de nous sécher avant d'embarquer en hélicoptère pour découvrir le spectacle vu du ciel. Oué, on ne se refuse rien !

    Le lendemain, c'est du coté Argentin que nous passons. Là encore la féérie opère de façon décuplée. L'itinéraire est très long car comme je l'indiquais au début de ce billet, les chutes sont principalement situées en territoire brésilien ce qui fait de la rive opposée, située en territoire Argentin, le point d'observation  parfait.

    Le coté argentin est sans conteste le plus beau. Sur des kilomètres le spectacle se renouvelle, les vues sont féériques, le temps n'existe plus, la force débridée de la nature dans tout ce qu'elle a de plus brutal. J'ai oublié de le préciser mais au moment où nous étions sur place, le débit estimé s'élevait à 4 millions de mètres cubes d'eau par seconde... Herculéen ! Là encore des passerelles du circuit supérieur permettent d'accéder à la "Garganta del diablo" c'est à dire la partie supérieure des chutes qui offrent une perspective vertigineuse sur le contrebas. 


    L'après midi, séquence frissons : l'approche des chutes en bateau ! Armés de notre gilet de sauvetage, un puissant hors-bord s'élance aux pieds des tumultueux géants, au beau milieu des remous, écrasés par le bruit et inondés d'embruns. Vraiment impressionnant ! Je vous le recommande vivement car ce sont des émotions d'une rare intensité et un spectacle assez unique.

    La journée touche déjà à sa fin. Mais quelle journée !
    De retour à l'hôtel, nous nous changeons pour sortir dîner et reprendre des forces. Le voyage continue : demain Rio nous attend !


    Episodes précédents : Départ, Autour de Salvador, Salvador, Goiania, la ville où l'on ne va pas, Welcome to Hotel Acreuna. 

    14 février 2010

    Epopée Brésilienne - Episode 5 : Welcome to Hotel Acreuna...

    10 commentairess
    De retour de la garden party sur le coup de une heure du matin (voir l'épisode précédent) nous gagnons non pas l'hôtel de Goiania mais un autre situé à proximité dans le village de Acreuna, Goiania étant situé à plus d'une heure et demi de route.

    Acreuna, personne - à part les brésiliens qui vivent là - ne sait que ce village existe. Personne n'y va, personne ne s'y arrête, sauf par erreur ou obligation professionnelle. Il n'y a rien à y voir ni rien à y faire. Ca tombait bien, nous n'étions là qu'en transit, pour une seule nuit.



    A vrai dire nous étions déjà passé par là le matin pour déposer nos bagages sans avoir pris le temps de visiter nos chambres. Mais une pointe d'inquiétude avait tout de même gagné le groupe habitué à un certain degré de luxe confort : qu'est-ce qu'un bled paumé en plein milieu de nulle part comme Acreunia, qui plus est dans un pays émergeant, pouvait offrir comme niveau de prestation hôtelière ?
    Ce qui nous attendait allait dépasser de très loin nos espérances les plus folles.

    Une illustration valant souvent mieux qu'un grand discours, je cède la place aux images que je commenterai au fur et à mesure.

    La première surprise fut en premier lieu la taille de la chambre. Fini les suites de 40m² au 17° étage avec vue panoramique sur la ville, literie hyper-king-size et les 130 chaines de l'écran plasma... Ici la fonctionnalité est réduite à ses fondamentaux : dormir. Deux lits jumeaux séparés par un intervalle qui permet à peine de poser les pieds par terre. Une télévision "dernier cri" dont nous n'avons pas réussi à comprendre le fonctionnement (pure curiosité intellectuelle, on était trop crevés pour la regarder) et une climatisation "mécanique" ultra-silencieuse que nous avons du éteindre pour pouvoir dormir, la chaleur étant préférable aux vrombissements. Point de superflu, tout juste le strict minimum, voire un tout petit peux moins.


    Vous apprécierez le goût exquis de la décoration et le très beau vert à peu prés coordonné de la litterie et du magnifique noeud papillon hyper tendance. Le noeud papillon est réalisé avec les serviettes éponge. Mais cela n'était finalement rien par rapport à la salle de bain que je n'avais tout d'abord pas vue. Normal, elle était masquée par la porte d'entrée restée ouverte...

    Là encore, point de salle de bain en marbre ou hyper design, point de baignoire d'angle ou de douche géante, point de sèche cheveux intégré... juste le strict nécessaire réuni dans l'espace minimum, soit environ 2m² ! Normal que je ne l'aie pas vue en entrant. Quoique spartiate et d'une hygiène acceptable (je n'ai pas vu un seul cafard vivant), cette salle d'eau / wc offrait pourtant tout ce dont on peut avoir besoin pour ses ablutions quotidiennes. Bon d'accord, quand on va pisser tout le monde entend, et en cas de grosse commission il était impossible de s'isoler. La convivialité brésilienne que voulez-vous ! Mais au final ce n'était pas le pire.
    Le pire c'était la douche.

    Les brésiliens sont les rois de la débrouille. Bricoler est une spécialité dans laquelle ils excellent avec d'autant plus de brio que les normes de sécurité semblent être le cadet de leurs soucis. Un exemple ? La douche. Comment obtenir de l'eau chaude à parti d'eau froide ? C'est très simple, il faut la chauffer par un moyen quelconque.
    J'avais déjà croisé un prototype de ce genre en Ecosse voici une quinzaine d'années : il s'agit d'un pommeau de douche avec résistance intégré. Si en écosse le montage était irréprochable, j'avoue avoir un doute sur la sécurité de celui ci.
    Admirez plutôt :
     

    Alors, ce n'est peut être pas très parlant comme ça au premier coup d'oeil, mais voilà ce qu'il faut comprendre : 


    Je l'ai baptisée "Douche Claude François".

    Mon partenaire de chambrée et moi-même avons tout de même longtemps hésité avant de nous lancer, regardant d'un oeil méfiant cette usine à gaz prête à nous griller en moins de temps qu'il ne faut pour le dire... L'idée de mourir électrocutés en pleine pampa brésilienne ne nous emballait pas tellement, ce qui se conçoit aisément ! Mais finalement la chaleur et la transpiration de la journée eurent raison de nos réticences et le lendemain au petit déjeuner nous en riions de bon coeur.
    En attendant que le bus vienne nous récupérer pour nous en retourner au milieu des champs, je prends quelques photos de fleurs magnifiques tandis que le soleil matinal joue à dessiner les  premières ombres sur les murs.

    12 février 2010

    Epopée Brésilienne - Episode 4 : Goiania, la ville où l'on ne va pas...

    2 commentairess
    Enfin, en principe... Car nous, ben, on y est allé !

    Goiania se réduisait il y a 30 ans à une simple rue bordée de quelques rares bâtiments et bornée à chaque extrémité par une station service. Aujourd'hui la ville compte prés de 2 millions d'habitants. Cette croissance exponentielle ne l'a pas épargnée d'un urbanisme aussi galopant que chaotique... La ville ne présente aucun charme, faute d'historicité ou d'un passé quelconque dont elle pourrait se prévaloir. Ce n'est donc pas un hasard si cette ville ne figure au catalogue d'aucune agence de tourisme...
    Le seul (?) point attractif est un gigantesque centre commercial hyper bruyant,  autant que les brésiliens sont capables de l'être, dans lequel s'amasse le soir venu toute la jeunesse désoeuvrée. Quand j'écris "bruyant", je pèse mes mots... Le brésilien aime le bruit. Enfin, il en fait beaucoup. Plus encore que les espagnols pourtant déjà très généreux point de vue décibels. C'est à croire que le chahut les rassures dans l'immensité des steppes sauvages qui les entoure. Car sitôt quittée la ville, la nature reprend ses droits sur des kilomètres carrés à la ronde, à perte de vue.

    Mais alors, que faisions nous au beau milieu de ce no-man's-land me demanderez-vous ? 
    Hé bien chez lecteurs épris d'anxiété devant un suspens aussi haletant, nous étions là pour visiter une exploitation agricole. Haaaaaa !! Ca vous en bouche un coin hein ?
    Hé oui. Le Brésil est l'un des premiers producteurs mondiaux de pas mal de denrées alimentaires dont le soja et la canne à sucre, sur des superficies purement hallucinantes puisque dépassant facilement pour les plus modernes d'entre elles la taille de 5000 hectares. Nous étions donc accueillis par l'un des responsables d'une des coopératives agricoles du coin afin de nous rendre compte des enjeux de l'agriculture mondiale. 
    Alors, si j'ai retenu une chose c'est que en fin de compte, le soja... c'est nase ! Vous croyiez vous faire du bien en éliminant le lait de vache au profit de lait de soja ? Vous pensez que le toffu c'est bon à la santé ? Certes certes... Mais savez vous que la France arrive péniblement à couvrir 5% de ses besoins en soja et importe en conséquence les 95% restants ? Et que les principaux exportateurs mondiaux sont sur le continent Américain, sur lequel les OGM sont rois ? Et saviez vous ensuite que si chez nous le Roundup est interdit sur culture, il ne l'est pas là bas ? Hummm le bon soja OGM au roundup... Voilà qui fait réfléchir. En fait la filière alimentaire est juste pourrie de bout en bout et s'alimenter sainement devient impossible. Ne me parlez pas du Bio, je pourrais vous en dégouter en quelques lignes (dans un prochain article peut-être).

    Autre question : la canne à sucre. Les producteurs se sont rendus compte que faire de l'éthanol rapporte beaucoup plus que le sucre. D'autant que le Gouvernement Lula a conduit une politique énergétique très incitative au profit de ce nouveau carburant qui alimente la majorité des véhicules neufs circulant sur les routes brésiliennes. Certes... Sauf que du coup, il y a moins de sucre sur le marché, ce qui, par un effet de balancier, en fait sensiblement augmenter le prix. Du coup le sucre est en passe de devenir un produit de luxe dans certains des pays les plus défavorisés... M'est d'avis qu'elle tourne pas très rond notre planète !
    Bref, la visite fut néanmoins très instructive.

    La journée fut clôturée par une garden party dans une dépendance de la propriété, une maison de type colonial, entourée d'un jardin paradisiaque : pelouses vertes, bougainvillier géants en fleurs, des nuages de perroquets qui bavardent de branche en branche... Un verre de cahipirinha à la main, la fine pluie du soir sous laquelle je déambule me rafraîchit à peine. Pendant quelques instants je me prends pour Nicole Kidmann dans Australia, parmi le balais des arbres qui ondoient sous l'onde tropicale et les chants de la nuit tombante.

    J'ai un peu la gerbe.

    Depuis la veille au soir de méchantes douleurs me vrillent les intestins qui doivent à présent ressembler à des scoubidous tellement ils doivent avoir été tortillés dans tous les sens. Malgré tout je profite du cocktail apéritif avec appétit, espérant que l'alcool aura des vertus aseptisantes, ce qui s'avéra une erreur regrettable ! 

    Mon mal au bide ne fut hélas pas le pire des maux. Le patron avait cru agréable d'inviter les copains de son fiston afin de doter la soirée d'une ambiance musicale de qualité. Si apocalyptique a un sens, c'est ce mot précis qu'il convient d'utiliser à leur sujet. Une exécution en bonne et due forme, un véritable attentat qui prêtait d'abord à rire, avant qu'il ne prête à pleurer... M'esquivant subrepticement entre deux services de viande grillée, je trouvai finalement refuge à l'arrière de la terrasse où je m'allongeai sur le carrelage tiède, une douce léthargie me gagnant peu à peu.

    Un peu plus tard (je ne saurais dire exactement combien de temps, m'étant agréablement assoupi), nous rejoignons l'hôtel, non pas à Goniania, mais dans un petit patelin proche de là où nous nous trouvions. Un petit hôtel formidable dont je vous vanterai tantôt les charmes qui ne manqueront pas de vous faire succomber !


    A suivre...


    Episodes précédents : Départ, Autour de Salvador, Salvador, 

    8 février 2010

    A toi que les autres indiffèrent

    6 commentairess
    A toi que les autres indiffèrent j'adresse ces mots brûlants
    Je ne sais pas pourquoi je m'emballe
    Je ne comprends pas ce qu'il m'arrive
    Pourquoi j'ai la gorge qui se noue lorsque je vois ton visage
    Ton sourire
    Et le coeur qui bat lorsque nous nous discutons
    Cet émoi que je n'avais pas ressenti depuis très longtemps
    La peur de me fourvoyer
    L'imprudence
    Et l'envie de te serrer tout contre moi
    De me sentir bercer

    Toi chaton méfiant
    Moi petit enfant timide
    Tes derniers mots m'ont touché comme rarement
    Et ton image désormais me hante.

    Edition : Adieu !

    5 février 2010

    Brigitte Fontaine au Bikini

    3 commentairess
    Hier soir, la conne de la rue Saint Louis en L'Île conviait son public Toulousain à l'occasion de la sortie de son nouvel album "Prohibition".
    Inutile de présenter l'inoxydable Brigitte Fontaine. Au simple évoquer de son nom, les arbres dansent, les parapluies deviennent rayon de lune, les matous princes charmants.

    Embarqué par Ptitcréole et son loulou à la station de métro la plus proche nous filons vers le Bikini où un public très bariolé s'est donné rendez-vous : filles et garçons, seuls, en couple ou en groupe, d'un peu tous les milieux, d'un peu tous les âges... Un public déjà conquis : on ne vient pas à un concert de Brigitte Fontaine par hasard !

    Brigitte on la connait pour ses sorties psychédéliques sur les plateaux de télévision où chaque interview est une porte ouverte sur le foutage de gueule le plus absolu ; certains journalistes redoutent de l'affronter. Brigitte c'est un peu comme quand on est petit et qu'on joue à l'apprenti sorcier en mélangeant dans une bassine un peu de tous les produit ménagers trouvés sous l'évier : il se passe des choses, ça fume, ça mousse, on n'est pas sûr de comprendre vraiment ce qu'il se passe, mais il est une chose dont on reste ignorant jusqu'à la fin : le résultat ! Donc, voir Miss Fontaine sur scène sentait bon le flirt avec l'inconnu et renouer avec une certaine prise de risque.

    Première très bonne partie assurée par Nicolas Jules. Sous ses airs de dandy bohème aux accents rock, ne vous laissez pas tromper : ce garçon est un barjot lumineux ! Seul sur scène, debout avec sa guitare, doté d'une fort belle voix, fusent quelques saillies de folie à l'état brut et de jolis textes faussement élégants trahissant les failles d'une réelle sensibilité. La filiation revendiquée avec celle dont il ouvre la scène est à l'évidence légitime. Et le garçon a une sacrée gouaille !! Effronté, méprisant, cynique et ironique tant dans ses texte que lors de ses joutes avec le public, ses transitions sont autant de bonbons acidulés. Comme souvent il faut oser se laisser faire et se laisser porter par le personnage qui pique vraiment très fort les premières seconde. Une fois entré dans son jeu, trop tard : on en redemande. La chanson sur la mort : "la mort, sale odeur, c'est pour ça qu'on y met des fleurs" et son univers rose bonbon trash de petits lapins farceurs, bien évidemment morts eux aussi, reste un moment de choix. Un artiste à suivre...

    Un peu plus tard dans la soirée, quatre musiciens investissent la scène dans un halo bleuté : batterie, percu, guitare et basse. Dans une tapisserie sonore magmatique, une silhouette apparait, telle un mobile de Calder, la démarche faussement hésitante, la foule s'embrase. Tout de noir vêtue, le bras droit menotté, Brigitte Fontaine, visiblement très heureuse d'être face à son public, entame son premier titre : prohibition. Quelques problèmes techniques de balance feront que nous ne comprendrons pas grand chose des paroles pendant environ le premier quart d'heure tant les instrument couvraient la voix. Dommage.
    Je redoutais que le concert ne soit consacré qu'à ses derniers titres mais j'eus le plaisir de voir rapidement mes craintes se dissiper. La set list balayait à peu près tout le répertoire des albums précédents, parfois réorchestré pour les besoins de la scène, voire légèrement réécrits pour mieux coller à l'actualité. Ainsi le nougat devint hier soir loukoum... Ma foi ! Mais visiblement Brigitte n'a que peu d'égards (bel euphémisme !) pour la politique menée par notre gouvernement : reconduites massives aux frontières, lois liberticides, bienpensance et politiquement correct sont des sujets qui la taraudent et sur lesquels elle ne se prive pas de réagir, à sa façon, c'est à dire dans l'excès et la provocation, tantôt debout, tantôt affalée dans un vaste fauteuil en rotin, l'oeil vif et le sourire irradiant tandis qu'elle lance son désormais culte "je suis vieille, et je vous encule".
    Court intermède musical par son fidèle Areski Belkacem qui prit le temps de quelques chansons le devant de la scène, tandis que la star devait aller se repoudrer le nez (avec le guitariste) et se changer pour revenir vêtue d'une étrange robe rouge assortie à sa nouvelle paire de menottes en fourrure rose.
    Ptitcréole, ironique, se demandait dans la voiture si elle réussirait à débaucher Grace Jones avec qui elle partage un duo sur son dernier album. Point de Grace Jones hier soir. En revanche ce sont Mouss et Hakim qui vinrent lui donner la réplique. Clin d'oeil sympathique de ces deux artistes Toulousain à l'entrain communicatif.
    Un autre personnage qui était hier soir plein d'entrain : Yann Péchin à la guitare. Plusieurs fois nous avons cru qu'il était perdu et que plus jamais il ne redescendrait sur terre tellement il planait dans un univers parallèle lointain... Le voir s'exciter sur sa guitare (stade freudien dépassé !!) à quelques mètres de nous  avait quelque chose d'un peu inquiétant (sûrement les ravages d'un repoudrage de nez mal dosé ?). D'autant que le résultat sonore pouvait laisser perplexe : tout ça pour... heu... ça ? Ha.... Bref... Lui prenait en revanche un pied degré 12 sur l'échelle de richter. 

    Ce fut au final un très agréable concert qui m'a donné une image un peu différente de cette artiste emblématique dont l'opinion publique ne retient souvent qu'une caricature, sans oser écouter vraiment la musique ou lire les textes de ce qui ne passe pas à la radio. Car, contrairement à la chanson, Brigitte Fontaine sur scène ça n'est pas exactement "comme à la radio". Si elle se joue des médias, elle ne se joue pas de son public, mais joue avec lui, entre malice et tendresse, derrière le masque de l'excentricité.
    Salam Brigitte !

    2 février 2010

    Militant ?

    7 commentairess
    J'étais hier après midi au cocktail de lancement du 3° Festival du film LGBT de Toulouse Des images aux mots qui se tient dans la Ville Rose jusqu'au 7 février. Durant les discours des différentes autorités invitées à prendre la parole, plusieurs fois le verbe militer, ses substantifs et synonymes ont été utilisés : militer pour plus de tolérance, militer contre l'homophobie, militer pour l'égalité des droits, militer pour le mariage homo...

    Un peu plus tard c'est Nad, que j'accompagnais, qui me pose la question de mon éventuel engagement dans une association LGBT au vu de mes faits d'armes. En effet, j'ai eu le plaisir de faire parti de la très dynamique équipe de modération d'un important forum gay pendant environ un an jusqu'en septembre dernier et tente de contribuer à ma très modeste mesure à la pédé-sphère cybernétique par le présent blog ainsi que diverses autres petites choses ici ou là.

    Une coupe de champagne à la main cette fois, le sujet s'invite dans la discussion que j'entretenais avec une personne rencontrée à l'occasion alors que nous papotions blogage.

    Ce matin, comme un fait exprès, c'est Matoo dans son dernier billet qui à son tour exhorte au militantisme...

    Quand je lis certains articles de presse et les réactions haineuse de lecteurs, quand je lis la relation de certains faits divers de pédés qui se font casser la gueule juste parce qu'ils sont pédés, oui, ça me met  furieusement hors de moi, me donne envie de me lever et taper très fort du poing sur la table. Mais je ne le fais pas.  Je reste sagement assis sur ma chaise, la gorge nouée, espérant que cela ne m'arrivera jamais.

    Je n'ai jamais été activiste, prosélyte, à distribuer des flyers ou à prendre publiquement la parole à visage découvert sur ces sujets là, en pleine lumière. Je préfère pour l'instant rester dans l'ombre. Par ailleurs, je ne me reconnais pas pleinement dans la multitude des revendications émanant des diverses associations et autre groupements politiques oeuvrant en faveur de la "cause" Gay. Il est certains combats en lesquels je ne crois pas, ou pas encore, parcequ'il me semble que la question n'est pas aussi simple qu'il n'y parait et que l'on galvaude la réalité du sujet en gesticulant à tout va.

    Pourtant chaque fois monte en moi cette question : Qu'est-ce que moi, petit Tambour Major qui se cache peureusement derrière son pseudonyme, je fais pour tout cela change ? 

    Pas grand chose...

    Mon homosexualité n'est pas publique, seuls mes amis le savent, mais ni ma famille ni mes collègues, et je ne ressens pas le besoin d'en faire étalage. Ce n'est pas un mensonge ou une tromperie ; juste que je refuse d'être réduit à mon orientation sexuelle, qui ne regarde que moi, tout comme mes parties de jambes en l'air dont je ne fait jamais état. Le détail de ma vie privée n'a pas vocation à être étalé au grand jour. Dès lors, je ne me revendique pas publiquement comme homosexuel, pas plus que je me revendique de quoi que ce soit à quelque niveau que cela puisse être.

    Je suis ce que je suis, tente de vivre ma vie trépidante le plus paisiblement possible sans emmerder personne tout en essayant de ne pas pourrir celle des autres et en vivant pleinement les valeurs d'humanité, de respect et d'amour du prochain en lesquelles je crois profondément.

    Lorsque j'étais modo sur le forum que j'évoquais in limine, ma première préoccupation était de veiller à la bonne entente de tous, rendre les pages chaleureuses (non pas qu'elles ne le fussent point auparavant), accueillir et rester à l'écoute des nouveaux venus souvent en profonde détresse affective. Là j'étais bon. Être Gay dans une grande ville n'est pas toujours évident, alors lorsque l'on habite un petit hameau en rase campagne, l'enfer est souvent au coin de la rue. Ainsi ai-je oeuvré pendant environ un an et je pense y avoir plutôt bien réussi.

    Mon blog n'est ni un lieu de revendication ni de militantisme. Il n'est qu'une fenêtre ouverte sur certains aspects de ma vie, vie qui encore une fois ne se rapporte par systématiquement à ma sexualité. Je parle de moi, de ce qu'il m'arrive, de mes voyages, de mes coups de gueule, de la vie presque (ordinaire) d'un mec presque (quelconque) en somme. Arborer les armoiries des pédéblogueurs n'est pas non plus acte de militantisme. Que je sache, nous ne sommes pas un groupement, ni une association, plus ou moins un réseau  spontané de blogueurs ayant pour point commun leur homosexualité. Il s'agit d'un identifiant, d'un point de repère pour le lecteur qui se trouve ainsi averti de ce qu'il est susceptible de lire ici.

    Je n'ai surtout pas la prétention de m'ériger en une quelconque forme d'exemple.  Mais si la lecture de mes billets peut en rassurer quelques uns sur ce que signifie être Gay, montrer qu'ils ne sont pas obligés de se tortiller comme Zaza Napoli, que les Gays ne sont pas tous des grandes folles aiment se faire déchirer le fion, qu'ils n'ont pas à avoir honte d'être ce Dame Nature a fait d'eux, qu'au fond on peut vivre cela très bien, que l'on se pose tous à un moment donné les mêmes questions existentielles, que l'on est tous dans la même soupe, qu'on peut vivre ensemble sans se tirer perpétuellement dans les pattes...  S'il s'en trouvent qui puisent en ce lieu quelques bribes de réconfort et d'encouragement dans leur démarche d'acceptation comme j'ai pu en trouver ailleurs à moment de ma vie où j'en avais cruellement besoin, même si ce n'est pas ma vocation première, alors je dis tant mieux.

    Mutatis mutandis, si je peux contribuer auprès d'autres personnes à donner une image des Gays autre que celles dont les médias de bas étage (beaucoup en somme) font leur miel à grand renfort de plumes, strass et paillettes, alors là encore ce sera tant mieux.

    Au fond, est-ce peut être là ma façon de militer ?

    31 janvier 2010

    Le boulet

    5 commentairess
    Un boulet me direz-vous ?

    On en a tous un... si si si... cherchez un peu. Je suis même certain qu'à la simple évocation du mot "boulet", rejaillit instantanément de votre inconscient le nom d'une au moins de vos connaissances, voire - pire encore -  de l'un de vos amis.

    A quoi reconnait-on un boulet ?

    Quelques rappels lexicographiques tout d'abord ; loin de m'engager dans une étude approfondie du sujet, je m'en tiendrai au strict élémentaire.

    Au sens premier, le boulet désigne le "projectile sphérique d'artillerie, en pierre ou en métal, utilisé avant l'invention de l'obus". Ces premiers éléments - à prendre dans notre cas au figuré - permettent une approche du boulet non pas par sa nature, mais par ses effets : ceux désastreux sur notre moral qui en ressort aussi déstabilisé qu'une maison de paille après que le grand méchant loup a soufflé dessus. Cette définition n'est pourtant pas suffisante. Continuons notre enquête.

    Dans un sens figuré ensuite, le boulet désigne la "peine infligée aux forçats condamnés à traîner un lourd boulet attaché à leurs pieds par une chaîne". Nous y voici ! Vous le sentez vous aussi ce poids à la cheville qui oscille entre le simple point de côté et l'envie de vous scier le tibia fut-ce avec un couteau en plastique ?

    Dans un sens métaphysique enfin, le boulet désigne une "contrainte, obligation pesante empêchant l'épanouissement de l'être". De plus en plus intéressant n'est-ce pas ?

    Après avoir tenté d'appréhender le boulet par son coté théorique, passons maintenant à l'aspect pratique.
    Pour les besoins de notre étude nous ferons appel au très compétent Léon, mon boulet officiel, qui a l'insigne honneur de me connaître depuis de (trop) longues années et qui n'a toujours pas compris le caractère unilatéral de la relation qu'il s'évertue à entretenir.

    Maintenant que les présentations sont faites, abordons in concreto quelques uns des divers éléments qui permettent d'identifier notre boulet.

    Le premier consiste en sa faculté hors du commun à vous saouler en un temps record par une conversation brillante qui tourne souvent à l'insipide et dont vous n'avez probablement rien à cirer. Pèle-mêle, et en ce qui concerne celui dont je m'affuble périodiquement par pure bonne conscience judéo-chrétienne, il s'agit invariablement (dans le désordre) de son salaire/de son augmentation, de ses RTT et de ses week-end avec pôpa môman dans le Gers à tailler les rosiers (NDLR : notre boulet est trentenaire, encore puceau, sa vie sexuelle est un électroencéphalogramme plat...), de son prochain week-end dans le Périgord chez son arrière grand cousine par alliance au 8° degré qui cultive des renoncules jaunes sous serres, de la "petite" - comprenez sa nièce qui a je-ne-sais-plus-quel-âge-et-dont-je-me-fous-éperdument, que je n'ai jamais vue sinon en photos dont je me fous comme de ma première couche - et enfin des derniers potins du PS sur l'UMP à moins que ce ne soit l'inverse. Oui parce que le boulet est féru de politique, surtout quand les arguments lui tombent tout cru du ciel (enfin, des sbires du Parti) et qu'il n'est pas besoin d'esprit critique pour se forger sa propre opinion des choses - notre boulet souffre de myopie intellectuelle.
    Autre sujet de prédilection du boulet (enfin, surtout du mien) la hausse des taux d'intérêt du Livret A (dont  il connait tous les indices de variation par coeur depuis sa création en 1818), ou la baisse de la valeur de son porte-feuille EDF qui lui fait perdre 4,68% des plus-values non indexables sur les 4 derniers mois...

    Tout l'art du combat dans ce genre de situation tient en une endurance hors du commun et une capacité d'abnégation digne d'une béatification immédiate. Toute rencontre avec notre boulet recèle conséquemment des vertus expiatoires redoutables, tellement puissantes que même l'Eglise Catholique s'est refusée à les employer contre les hérétiques et relapses qui ont jalonné l'histoire de la chrétienté dès l'aube des premiers siècles. En principe, tout contact avec  la bête vous conduit tout droit vers une humiliation publique qui justifierait à elle seule un changement de sexe pour raison thérapeutique ou une demande d'asile politique au Liberia. Soudain vous considérez que broyer un bloc de granit d'une tonne à l'aide d'un cure dent est finalement une activité follement distrayante.

    Autre caractéristique de notre boulet : ses goûts de chiottes. Je ne prétends pas détenir les clés de l'esthétisme absolu, loin de là, mais revendique une certaine conception du bon goût. Je me souviens il y a quelques temps déjà, de passage dans l'appart de mon boulet, avoir discuté déco quelques (trop longs) instants... et mon boulet de me dire :
    "Ah oué, j'adôôôre le mobilier contemporain ! Comme ma table basse.. J'adôôôre !" 
    Alors, pour vous situer le contexte, ladite table basse en fer forgé cérusé  vert et plateau en verre fumé, est aussi contemporaine que peut l'être du mobilier régence. En fait, je pense après réflexion que, dans son esprit, est contemporain tout ce qui a  été réalisé après le XVIII° siècle... N'envisagez même pas de lui suggérer que le mobilier d'un LeCorbusier est maintenant somme toute classique, ou encore de lui faire découvrir  l'école de Bauhaus et ses dérivés. Quant à lui montrer des photos du Guggenheim de Bilbao...  son cerveau n'est pas encore prêt, sauf à le tuer net (LA solution me direz vous ?).

    Autre argument plaidant en sa défaveur artistique, son inconsistance musicale totale...  Confondre Cécilia Bartholy et Arielle Dombasle vous y croyez ? Non hein ? Et pourtant... Connaissant mes goûts musicaux et notamment pour la musique classique, Léon me sortit un beau jour :
    "Houlà, j'ai acheté un CD hier à la FNAC, c'est génial ! Faut absolument que je te fasse écouter !! Je pense que ça va te plaire"
    Je lui demandais, vaguement inquiet :
    "Heu... c'est quoi ?" 
    Lui, avec son enthousiasme de gamin de 5 ans, arborant le sourire difforme dont il détient le secret et articulant son cou tordu entre ses épaules osseuses, me répondit :
    "C'est du classique. Tu verras. Mais je suis sûr que ça va te plaire !"
    Le lendemain, il débarque à la Fac avec son baladeur CD et entre deux cours insiste pour me faire écouter la chose. Il me passe les écouteurs et lance sa piste favorite. Aussitôt mes tympans sont agressés par une cohorte de meuglements stridents aussi insoutenables les uns que les autres, auxquels se mêlent des rythmes aux accents techno honteusement commerciaux... pour vous donner une idée, on aurait dit un son de scie circulaire remixé par un DJ de Skyrock.
    Mais oreilles n'en pouvant plus, je m'empare du lecteur et m'empresse de cliquer sur "suivant"... Le répit ne fut que de courte durée (en fait le silence entre 2 plages). Je parcourus le CD en sautant de plage en plage, n'écoutant à chaque fois que les toutes premières secondes du massacre perpétré par un bourreau sans coeur ni voix (quant à parler de talent... je n'aurais pas cette hardiesse). Mon boulet, qui ne m'avait pas quitté des yeux une seconde, et toujours ce même rictus grimaçant aux lèvres, me demande, le regard pétillant :
    "Alors ..?" 
    espérant sûrement que j'abonde dans le sens de ce qu'il concevait comme l'aboutissement suprême de ce dont le génie humain était capable.
    Ma réponse fut, je le crains, un brin cynique, voire ironique (le lecteur de ces lignes n'en sera qu'à moitié étonné) et je pus lire dans ses yeux, non sans délectation, la déception qu'éprouve un petit enfant lorsque son grand cousin plus âgé lui révèle par pure méchanceté que le père noël n'existe pas...

    Alors, reste une dernière question : comment se débarrasser d'un boulet ?

    Méthode n°1/ Certains ont mis au point une technique simple à base d'essence ou d'allume barbecue liquide (vous pouvez toujours lui faire bouffer les tablettes d'alcool solidifié si ça vous fait plaisir mais les résultats ne sont pas garantis) : imbibez le boulet puis proposez lui une clope... Très pratique en hiver - ou en été si vous faites des grillades, veillez toutefois à réaliser loin des espace boisés comprenant des conifères (risques d'incendies de forêts).

    Méthode n°2/ La noyade. Toujours efficace. Compter 0,5 Kg de lest par Kg de poids de corps. Le point d'eau doit être assez profond (2 mètres au moins).

    Méthode n°3/ Le petit coup derrière la nuque... rapide, indolore. Un grand classique.

    Méthode n°4/ Le "je préfère-pas", communément adoptée par un ami radiologue. Consiste à décourager passivement l'adversaire par un refus systématique de toute rencontre. Présente l'inconvénient majeur de ne pas éviter les coups de téléphone inutilement rasoirs.

    Méthode n°5/ Bob, tueur à gage réputé de la Ville Rose. Fait payer néanmoins assez cher ses prestations. Discrétion assurée.

    Méthode n°6/ L'affrontement direct : lui dire frontalement ses 4 vérités... Inconvénient : demande une certaine dose de courage et de cruauté.

    Pour conclure, il est une question à laquelle je n'ai toujours pas de réponse : pourquoi s'accroche-t-il ? Que se passe-t-il dans la tête d'un boulet pour qu'il s'obstine à ce point à nous pourrir la vie avec la meilleure volonté du monde et le plus grand désintéressement ? J'avoue mon impuissance face à cette énigme insondable de l'esprit humain... Je ne me perdrai pas en conjonctures. A l'impossible nul n'est tenu !


    Ce billet, largement retravaillé, fut publié sur mon premier Blog le  2 novembre 2007

    29 janvier 2010

    Crucified in Silence

    6 commentairess
    Séquence souvenirs aujourd'hui alors que je farfouillais dans les profils Facebook de quelques amis. L'un en particulier s'avéra une madeleine de Proust inattendue qui me replongea dans mes années adolescentes par la redécouverte de musiques qui me font toujours aussi vibrer. C'est bête la mémoire, comme on oublie ce qu'on a pu aimer.

    Dès mes 8 - 10 ans, imitant mes cousines plus âgées, j'écoutais un peu tout ce qui passait sur les ondes sans trop de discernement : Prince, Mickael Jackson, WAM puis Georges Michael, Boy Georges, Madonna, Cindy Lopers, Bananarama et leur clip (alors torridissime) Venus, et pléthore d'autres dont j'ai oublié le nom et dont l'univers ne se rappelle même pas l'existence. Cet éclectisme  précoce, à un âge où je me nourrissais encore de Dorothée et de Chantal Goya,  peut paraître étonnant mais m'a permis néanmoins de me forger assez  tôt, en ce qui concerne la variété - ma passion pour le classique a suivi d'autres voies - des goûts musicaux assez affirmé dont je m'aperçois aujourd'hui qu'ils n'ont par tellement varié.

    Un peu plus tard, ce devait être vers mes 12 ans,  quoiqu'étant tout gaminot, je fus profondément ému, ou plutôt dirais-je troublé, par certaines choses que j'entendis alors, et dont le trouble reste aujourd'hui intact. Le genre d'émotion dont je parle ne se cantonne pas au manichéen j'aime / j'aime pas qui présente au moins le mérite de permettre un premier tri par exclusion. Non. Là je parle du genre d'émotion qui vous prend durablement aux tripes, qui vous fascine jusqu'à l'hypnose, de quelque chose qui vous fait du bien sans que vous ne sachiez vraiment pourquoi et qui agit en vous comme de puissantes bouffées enivrantes de mélancolie. Car oui, je le suis à mes heures.

    Aussi loin que je me souvienne, ma première véritable expérience de ce type me fut procurée par le clip "Enjoy the silence" du groupe Depech Mode.


    Je ne sais pas vraiment ce qui me fascinait le plus. J'aimais beaucoup le clip ( dont l'original ne semble être disponible que sur sur cette page du site officiel du groupe) avec ce roi  vêtu de son manteau et de sa couronne, qui erre solitaire, au milieu de la nature immense et vide, à la recherche d'un absolu qu'il ne trouve pas. La musique avait à elle seule cet effet hypnotisant sûrement provoqué par le riff lancinant de la basse, ses rythmes syncopé des accords de guitare, et les sonorités aujourd'hui presque datées des synthés qui révolutionnaient alors la façon de faire de la musique, sonorités pourtant étonnamment riches,  puissamment chaleureuses, pleine de charme . Et la voix...
    Quant cet après midi je suis tombé par hasard chez mon pote sur la vidéo ci-dessus, j'ai bloqué, et l'ai écouté 4 ou 5 fois de suite, envoûté... C'est bon de retrouver la douceur d'émotions passées.

    Cette première bouffé de souvenirs m'a aussitôt fait penser à une autre chanson d'un tout autre genre, (quoique...), dont je m'étais abreuvé en son temps lorsque le clip passait en boucle à la télé, mais dont le titre persistait à m'échapper. Je songeais tout d'abord à un tube de Dave Stewart & The Spiritual Cowboys dont je me souviens parfaitement m'être entraîné, non sans difficulté, à retenir par coeur le nom étrange, alors que je ne balbutiais seulement quelques mots d'anglais. En fouillant un peu je tombe sur le titre très joli Jack's Talking qui m'est effectivement familier. Mais non, quoique mes souvenirs remontent de façon certaine à une période toute proche, voire la même période, ce n'est pas ça.

    J'avais en tête des images du  clip assez précises : ducs et duchesses, des beaux habits un peu baroques, et des gens qui marchent dans des couloirs en chantant, des éventails... En revanche je n'avais plus aucune idée de la mélodie, ci ce n'est des réminiscences d'un rythme plutôt entraînant qui avait du faire se trémousser les foules sur les dance floors.
    Et puis et puis, tout d'un coup, un mot refait surface perdu au milieu de quelques notes : crucified...  Je me précipite sur mon clavier et soudain le nom m'apparait enfin : il s'agit du titre Crucified du groupe improbable  Army Of Lovers. Nous sommes en 1991, j'avais 12/13 ans.

    Alors, soyons francs, j'ai kiffé, amusé autant qu'ému de cette retrouvaille. Mais disons qu'après l'avoir revu, je me rends compte avec le recul que je n'avais pas à l'époque,  que ce clip est plutôt .... heu... disons... carrément Queer ! 

    Jugez plutôt, beaucoup plus léger de Depech Mode, cela vous rappellera sûrement des choses à vous aussi :


    Mein Gott !!

    En fait, je trouve ce clip vraiment drôle, totalement excessif et décalé.  Je suis à chaque fois mort de rire par la séquence de la baignoire de 1:17 à 1:20 , que l'on revoit un peu plus loin.  C'est tellement... trop ! Et quoique la zique ne soit pas ce que l'on a fait de mieux dans l'histoire, bah je lui trouve un petit goût de reviens-y tout à fait plaisant.
    Totalement Gay quoi....
    12 / 13 ans... et déjà !
    Aaaaaaaillmeu crwooouuussifaaaaaïd, 
    crwooouuussifaaaaaïd...


    27 janvier 2010

    Epopée Brésilienne - Episode 3 : Salvador de Bahia

    2 commentairess
    Après avoir fait nos premières armes dans la brousse, nous nous attaquons le lendemain au centre de Salvador que  nous avions soigneusement évité jusque là.

    Salvador, première capitale historique de l'empire Portugais, fondée en 1548, se trouve immergée au coeur du Brésil occidental. Sale, mal entretenue, corrompue, bruyante (très) et pauvre, cette ville qui compte parmi les plus importantes du pays, est entourée des mêmes ghettos, les "favelas" que ses grandes soeurs Rio, Sao Polo et Brasilia.

    Quittant l'hôtel nous longeons tout d'abord le littoral est assez joli : la plage s'étire sur des kilomètres, façon coté carte postale, rythmée par la silhouette élancée des palmiers. Déjà la municipalité installe le long de la côte les échafaudages qui supporteront les tribunes d'où la foule viendra saluer les défilés du Carnaval tout proche. Plus qu'ailleurs au monde, Carnaval est ici une véritable institution mobilisant tout le pays à un point difficilement imaginable. Nous en aurons d'ailleurs une illustration étonnante à Rio, notre dernière villégiature.

    Las du sable blanc, nous prenons la direction de la haute ville dans laquelle nous allons bientôt nous perdre.

    L'alternance de bâtiments anciens et de buildings beaucoup plus modernes fait de Salvador une ville étonnante d'un point de vue urbanistique. Les constructions paraissent avoir poussé anarchiquement, un peu là où elles avaient la place, la seule contrainte étant de respecter le volume destiné à la voirie routière.

    Le bus nous laisse non loin de l'Elevador Lacerda, l'ascenseur de Salvador qui relie la ville haute (le Pelourinho) et la ville basse en surplombant la baie de tous les Saints. A perte de vue de vilains immeubles cubiques encrassés dressent leur imposante stature, dissimulant ça et là des reliques coloniales étouffées par l'ombre massive des géants de béton. Au loin d'immenses navires de fret ponctuent le bleu de l'océan dont le point d'horizon de confond avec le ciel.

    Nous nous engageons dans la vielle ville. Le changement de décors est radical ! Le bitume laisse place aux rues pavées, l'espace s'aère par de grandes places et esplanades largement ouvertes aux piétons, bordées par de très beaux ensembles coloniaux. La lumière vive dessine en contre-jour les pointes noires des clochers attestant de la présence de nombreuses églises, signe extérieur d'une richesse antérieure indubitable. Elle n'est pas si mal que ça finalement cette ville...

    Plus nous avançons, plus nous plongeons dans le passé colonial : les façades se colorent, les azulejos font leur apparition, l'encadrement des fenêtres s'orne de volutes baroques, et l'ondulation des rues qui suivent la courbe d'un relief collinaire offre régulièrement des points de vue époustouflants. J'aurais beaucoup aimé passer plus de temps à explorer Salvador, errer sans but précis, juste pour savourer les couleurs, les sons, respirer la lumière, me noyer jusqu'à l'écoeurement dans ses méandres pastichés et m'imprégner de l'ambiance locale.Car à l'instar de beaucoup d'endroits, Salvador est certainement une ville qu'il faut découvrir par une immersion totale plus que par le prisme du tourisme express auquel nous nous livrons par la force des choses, sous la houlette de notre guide.

    Elle était marrante notre guide... Doté d'un sens aigu des affaires, elle ne nous a épargné aucun des attrape-touristes de Salvador vers lesquels elle nous trainait insensiblement à coup de grands sourires et où mes coreligionnaires se faisaient extirper insensiblement quelques Réals à chaque passage. C'est la loi du genre ! Par contre le fond fut un peu plus léger... impossible d'aborder des questions un peu plus sérieuses sans qu'elle botte en touche par un habile tour de passe-passe dont j'ai du me satisfaire. Mais le plus insupportable était certainement sa façon très étrange d'accentuer certains mots ou syllabes un peu à la façon de Jean-Claude Van Damme... Au début cela lui donnait un coté exotique qui fut rapidement supplanté par une légère migraine de fort mauvais aloi !

    Le soir nous clôturons la journée et notre (courte) escale de deux jours à Salvador par un spectacle Capoeira vraiment impressionnant, tant par la gracieuse virtuosité des athlètes que par leur plastique affolante (gasps ...!). S'en est suivi un copieux et délicieux repas dans un restaurant du centre ville où nous avons pu goûter quelques spécialités de la région.

    Il est presque minuit lorsque nous regagnons l'hôtel après un petit tour panoramique by night au cours duquel nous apprendrons que les feux rouges deviennent facultatifs passé dix heures du soir afin d'éviter les risques de car-jacking aux carrefours ! Bien entendu les autorités ont tenté de faire marche arrière et d'imposer à nouveau le respect du code de la route à toute heure du jour et de la nuit,  mais il est difficile d'abroger un tel privilège ...

    La nuit qui suivra sera symbolique car nous devrons nous lever fort tôt pour prendre l'avion en direction de Goiana où nous attend la seconde étape de notre périple Brésilien.



    A suivre...


    Episodes précédents : Départ, Autour de Salvador